dimanche
8
décembre 2019

A l'encontre

La Brèche

France. Se débarrasser des grimoires programmatiques?

Publié par Alencontre le 15 - janvier - 2019

Congrès de Tour, 1920

Par Frédéric Says

Où est passé le clivage gauche-droite? Serait-il comme le franc, la télévision hertzienne ou la vignette automobile, une sorte de vague souvenir? N’allons pas trop vite: ce clivage continue à structurer en partie la vie politique française. Sur des thématiques comme le rapport à l’immigration ou à l’impôt, il reste assez pertinent. Mais les forces politiques en dynamique ces dernières années réfutent catégoriquement ce clivage.

En Marche l’a emporté avec un discours qui voulait le transcender («le mouvement ne sera pas à gauche, pas à droite»). Emmanuel Macron professe une autre séparation, entre les démocraties libérales et illibérales.

Le Rassemblement national, lui, préfère depuis longtemps se dire «ni de droite ni de gauche», ni bien sûr d’extrême-droite… Marine Le Pen décrit désormais un écosystème où s’opposeraient les «patriotes» aux «mondialistes».

[Sur la présence des identitaires au sein du Rassemblement national, le documentaire suivant doit être visionné et assimilé politiquement: première partie https://www.youtube.com/watch?v=Il2GbD4mrrk, deuxième partie: https://www.youtube.com/watch?v=_kEgufjqlio; complément: https://www.youtube.com/watch?v=6B1VD-MWlIQ]

Jean-Luc Mélenchon n’utilise plus le mot «gauche». On le voit d’ailleurs dans le changement de bannière entre la présidentielle de 2012 et celle de 2017. Le Front de gauche a laissé la place à la France insoumise. Rien d’anodin. Ce changement est théorisé.

«Stratégie populiste»

L’idée n’est plus d’incarner la gauche mais le peuple. Selon Jean-Luc Mélenchon, le mot «gauche» ne parle plus à grand monde. En particulier, dit-il, parce qu’il a été «Sali» par François Hollande. Il y a quelques jours sur Twitter, l’avocate Raquel Garrido, membre de la France insoumise, assumait ce changement de doctrine:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle était interpellée sur le réseau social par un militant France Insoumise un peu déboussolé, un peu troublé, aussi, de voir des responsables de son parti accorder des interviews à Valeurs actuelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Résultat : si vous écoutez les interviews des cadres de la France insoumise, il n’y a pas ou plus le mot «gauche». Le terme est remplacé par des périphrases plus ou moins explicites comme «notre famille politique» ou bien «les forces de progrès».

Voilà donc comment les partis qui ont émergé ces dernières années ont jeté à la poubelle cette distinction gauche-droite qui date de la Révolution. René Rémond [1918-2007], qui classifiait les 3 droites (orléaniste, bonapartiste, légitimiste), y retrouverait-il ses petits?

«Pas socialiste»

Cela dit, la prise de distance de Jean-Luc Mélenchon n’est pas nouvelle. Plusieurs candidats ont ainsi tenté de décoller l’étiquette partisane. Pour parler au-delà du cercle des militants, des sympathisants, s’adresser à tous les électeurs, y compris à ceux qui ne se retrouvent pas dans la distinction droite-gauche. C’est ce qu’avait fait Lionel Jospin au moment de la campagne de 2002 :

« Je suis socialiste d’inspiration, mais le projet que je propose au pays n’est pas un projet socialiste ». (France 2)

Cette phrase n’a pas vraiment porté chance à son auteur, mais sans doute y avait-il bien d’autres causes à l’échec.

En réalité, remiser l’axe gauche-droite au rayon des vieilleries et prétendre parler au nom du peuple, c’est s’octroyer une plus grande souplesse idéologique. Dès lors, vous n’êtes plus tenu à la fidélité envers une histoire politique, envers des valeurs reçues en héritage.

Autrement dit, sur la longue route de la politique, vous voyagez plus léger. Sans les bagages théoriques et les grimoires programmatiques.

Le risque est aussi celui d’une politique sans mémoire et sans corpus intellectuel. Car «représenter le peuple», ce n’est un marqueur politique singulier. N’est-ce pas, en démocratie, la moindre des choses. (Le billet politique, 8h15, France Culture, 15 janvier 2019)

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«C’est un véritable mouvement révolutionnaire social de grande ampleur, explique Loulouwa al-Rachid dans un entretien avec Orient XXI, contre une classe dirigeante qui gouverne dans un mépris total de la population et dans le seul souci de préserver sa part de prébendes et d’accéder à la rente pétrolière pour entretenir des clientèles dans le pays.» Et ceci alors que, depuis l’invasion de 2003 par les Etats-Unis, le pays souffre du délitement de ses infrastructures. Bien qu’essentiellement chiite, le mouvement bénéficie de la sympathie de toute une population, qui met aussi en cause l’influence iranienne.

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