mercredi
20
novembre 2019

A l'encontre

La Brèche

Par Frédéric Says

Pour la première fois, les électeurs français risquent de devoir se munir d’un stylo avant d’aller au bureau de vote. Le 26 mai prochain, en même temps que les élections européennes, le président Macron envisage d’organiser un référendum. Un référendum à questions multiples, c’est le Journal du dimanche (JDD) qui nous l’apprend. La décision est quasiment prise, écrit l’hebdomadaire.

Emmanuel Macron, sceptique sur le RIC (Référendum d’initiative citoyenne), aurait donc opté pour un RIP (Référendum d’initiative présidentielle). Ce qui, dans notre Ve République, n’est pas loin de la tautologie.

Sur le bulletin de vote, plusieurs questions: réduction du nombre de parlementaires, non-cumul des mandats dans le temps, et pourquoi pas des propositions économiques et sociales, suggère un proche du président. Chaque électeur cocherait «oui», «non» ou «abstention» pour chacune des propositions.

Triple avantage pour l’Exécutif

Cette solution comporterait un triple avantage pour l’Exécutif.

1° Elle permettrait d’abord d’offrir un débouché politique au grand débat qui prendra fin à la mi-mars. Sans des décisions fortes, éventuellement ratifiées par les urnes, ce grand débat passerait pour une grande diversion, comme on met les enfants devant un écran pour avoir la paix.

2° Deuxième avantage: ce référendum pourrait valider des réformes populaires, déjà portées par Emmanuel Macron. On pense par exemple à la réduction du nombre de parlementaires, plébiscitée dans tous les sondages.

3° Et puis Emmanuel Macron n’a pas oublié ceci : le discours du Général de Gaulle, deux jours avant le référendum en 1969. Un référendum qui tourne au plébiscite, pour ou contre le président. Il fut perdu [exil en Irlande pour le Général].

Avec une consultation à choix multiples, cette fois-ci, la pluralité des thèmes permet d’éviter une réponse en un bloc.

Dit comme ça, ça a l’air simple… 

Sans doute trop simple. D’abord, parce qu’Emmanuel Macron ne peut pas poser des questions sur n’importe quel sujet.

• En particulier, si cela concerne une modification de la constitution, alors le président ne peut pas la soumettre au référendum. Ou plus précisément, il doit d’abord obtenir un vote conforme de l’Assemblée et du Sénat. C’est une sorte de sécurité contre les tentations plébiscitaires, comme on les a connues au XIXe siècle.

Or, le Sénat étant à droite, et assez remonté contre Emmanuel Macron, il est peu probable qu’il fasse ce cadeau au président.

• Autre difficulté: lors de ce référendum, l’attention se portera sur les questions posées, bien sûr, mais aussi sur les questions… absentes. Et chacun a déjà sa propre liste. Écoutez par exemple le patron de la CGT, Philippe Martinez, dans l’émission «Dimanche en politique» sur France 3:

«Qu’il fasse un référendum pour demander s’il faut augmenter le SMIC, s’il faut rétablir l’impôt sur la fortune… On peut même l’aider à trouver les questions!»

Ce référendum en mode QCM, question à choix multiples, peut donc être perçu comme un mauvais piège du président. Une manœuvre destinée à se relégitimer; à laver l’affront de la rue dans les urnes. 

• Enfin, dernière difficulté: le référendum risque d’éclipser totalement les élections européennes. Un paradoxe fâcheux, pour ce président qui a fait de la défense de l’intégration européenne l’un de ses marqueurs politiques. (Billet politique sur France Culture, le 4 février 2019, à 8h 16)

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