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La Brèche

France. Les électeurs ont de la mémoire

Publié par Alencontre le 24 - avril - 2012

Par Hubert Huertas

Les électeurs ont de la mémoire. Dix ans après, ils nous repassent les plats, exactement les mêmes, mais en ajoutant le dessert: le duel qui n’a pas eu lieu en 2002 se déroulera dans deux dimanches.

• Regardez les chiffres… Avant-hier, Nicolas Sarkozy et François Hollande, les deux qualifiés du premier tour, oscillaient entre 27 et 29%.

• En 2002, quand on additionne Chirac, Saint Josse le chasseur, Madelin le libéral, Boutin la Chrétienne, et Lepage l’écologiste, alors alliée à la droite, on obtient 29,8 %.

• Côté gauche parlementaire, Jospin, Mamère le Vert, Hue le communiste, Taubira la radicale de gauche, Chevènement le souverainiste, totalisaient 29,7%… Un petit point de plus que Hollande.

• L’extrême gauche était au-dessus de 11%, à peine plus que Mélenchon.

• Bayrou était à presque 7%, à peine moins que le 9% de cette année.

• Et le Front national était à 16,8% contre 17,9% cette année.

• Le retour d’Hibernatus.

Les divisions de l’époque avaient empêché le duel prévu. Le vote utile de 2012 y conduit au contraire, dans une espèce de session de rattrapage.

• Un duel dominé par la peur ambiante, comme en 2002, même si l’insécurité d’alors était à celle des délinquants, et que celle d’aujourd’hui est de nature économique, avec l’angoisse du chômage et du déclassement.

• A l’époque, juste après la réélection de Chirac, un homme était monté en lice, au ministère de l’Intérieur. Il s’appelait Sarkozy. Il allait tout changer. Il allait réduire l’insécurité des gentils en mettant les méchants en prison. En 2007, son style, ses discours, sa culture du résultat, comme il disait alors, allait armer le karcher qui déblaierait son chemin vers l’Elysée, à défaut du malaise des cités. Et de fait, cette année-là, le Front national avait cédé du terrain.

• Cinq ans plus tard, et 10 ans après 2002, le même homme, dans le même style, a tenté de se déployer sur le mode protecteur, version capitaine courage, avant d’en revenir au ton du nettoyeur, en désignant des ennemis emblématiques à la vindicte, cette semaine par exemple, c’est le faux travailleur, à l’occasion du 1er mai.

• En 2002, il allait en finir, en 2012 il entend continuer, mais il doit en passer par la force politique qui avait empêché la finale Jospin-Chirac.

• Il avait juré d’en venir à bout, en la triangulant, c’est-à-dire en la mimant, mais en dix ans, le Front national n’a été ni dissous ni contourné. Il est là, il a fait sa mue, il a pris du galon, même Hollande est obligé de cajoler ses électeurs ce matin, à la Une du quotidien Libération [1].

En 2002, Le Pen père était un paria, écrasé au second tour par l’Union nationale. En 2012 l’héritière a pris les clés du coffre et elle rigole à la télé. A l’entendre, elle serait même un recours.

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[1] Libération, qui soutient François Hollande, titrait sa Une avec une phrase du candidat: «A moi de convaincre les électeurs du Front». En page 2 «Evénement», entretien avec Hollande, le titre est «Le vote FN est avant tout une colère sociale».

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Hubert Huertas a donné ce billet (de trois minutes) à 7h36 sur France Culture, le mardi 24 avril 2012.

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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