mardi
22
août 2017

A l'encontre

La Brèche

France. L’EI et l’islamophobie

Publié par Alencontre le 28 - septembre - 2014

des-nouvelles-de-l-islamophobie-en-france-actu189Par Hanane Karimi, Thomas Vescovi,
Nadia Henni-Moulai et Fatima Khemilat

Pas en mon nom, ou #notinmyname, lit-on sur Twitter. La formule lancée, le 10 septembre, par l’Active Change Foundation, basée en Grande-Bretagne, cherche à répondre aux crimes de l’Etat islamique (EI). Le succès est immédiat. Mais, après l’ignoble assassinat d’Hervé Gourdel par un groupuscule lié à cette organisation, une partie de la presse s’emballe. Le Figaro n’a pas hésité à lancer sur son site un sondage dont la question était: «Assassinat d’Hervé Gourdel: estimez-vous suffisante la condamnation des musulmans de France?»

Invités à s’exprimer pour se désolidariser

Pour démontrer leur indignation, les musulmans sont donc (fermement) invités à s’exprimer pour se désolidariser de cet islam barbare. L’initiative britannique est sans doute louable, mais la lecture journalistique qui en est faite révèle les mécanismes d’assignation identitaire qui sont à l’œuvre dans nos sociétés. Pourtant, le 27 août, l’Union mondiale des oulémas, spécialisés dans l’exégèse religieuse, rejoignait les voix d’autres érudits musulmans à travers le monde pour condamner les actes «criminels» de l’Etat islamique en Syrie et en Irak. Un positionnement clair, mais qui a échappé à de nombreux médias.

En France, la mobilisation est au rendez-vous, avec, d’une part, l’Appel de Paris, signé le 9 septembre par des hauts responsables musulmans en solidarité avec les chrétiens d’Orient, et l’Appel des musulmans de France, publié le 25 septembre par un collectif sur le site du Figaro pour dire leur émotion après la mort d’Hervé Gourdel. Pour autant, chaque musulman doit-il rappeler explicitement son rejet de crimes dont il n’est ni responsable ni solidaire? Ne soyons pas dupes. Cette injonction sous-entend qu’il existerait bel et bien un lien entre l’EI et les musulmans. Ainsi, les musulmans absents du rassemblement organisé par la Mosquée de Paris, le 26 septembre, sont-ils complices?

Racisme insidieux

Non, sauf à postuler que tout musulman est coupable a priori. Son individualité serait alors niée au profit du collectif «musulman». Nous assistons à une banalisation d’une culpabilité ontologique qui exprime un racisme insidieux et décomplexé. Tout comme «l’antisémitisme combat la supposée perversité radicale et raciale des juifs» comme le dit Edgar Morin, l’islamophobie combat la prétendue barbarie radicale et raciale des musulmans.

Le pamphlet d’Edouard Drumont La France juive, écrit en 1886, dénonçait le danger que les juifs représentaient pour la société française. Aujourd’hui, dans notre pays, le juif a été remplacé par le musulman. Il ne s’agit pas d’introduire une concurrence nauséabonde entre minorités. Mais plutôt de tirer les leçons d’un passé qui ne passe pas.

#Notinmyname vient paradoxalement apporter une caution morale aux actions actuelles et passées commises ça et là par les puissances coalisées. On ne retient que la dimension religieuse de ce conflit, et l’on ignore les autres causes à l’œuvre, qu’elles soient économiques, géographiques, démographiques, voire impérialistes. Les musulmans se doivent de montrer qu’ils ont intégré les principes civilisationnels occidentaux.

Cette campagne s’inscrit dans ce rapport inégal, où l’un est dit «civilisé» tandis que l’autre doit dissoudre le soupçon qui pèse sur lui. A l’heure où la parole et les actes islamophobes connaissent une rapide croissance en France, les Français musulmans seraient responsables de leur propre sort. Ce n’est plus aux racistes qu’il revient de lutter contre les catégorisations et les raccourcis qu’ils opèrent, mais aux «racisés» eux-mêmes de montrer plus que jamais «patte blanche».  (Pour information, Le Monde, p. 19, 28-29 septembre 2014)

Hanane Karimi, doctorante en sociologie du fait religieux; Thomas Vescovi, étudiant-chercheur en Histoire; Nadia Henni-Moulai, journaliste; Fatima Khemilat, doctorante.

Vous pouvez écrire un commentaire, ou utiliser un rétrolien depuis votre site.

Ecrire un commentaire





FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

Recent Comments

Le site alencontre.org existe depuis plus de 12 ans. Il vient de changer d’aspect. De manière significative. Mais il n’a pas modifié ses objectifs : informer, analyser, afin de faciliter une compréhension des réalités économiques, sociales, politiques à l’échelle internationale. Dans ce sens, ce site valorise la liaison qui peut s’établir entre comprendre et agir, dans une perspective socialiste et démocratique. Ce «lifting» a été effectué pour répondre aux exigences d’un nombre croissant de lectrices et lecteurs. Nous espérons que celui-ci entrera en résonance avec les attentes des visiteurs de A l’Encontre et de La Brèche. Il leur appartiendra, aussi, de s’en approprier le contenu et de le commenter. Vous pouvez nous contacter sur redaction@alencontre.org