mardi
25
avril 2017

A l'encontre

La Brèche

imagesRédaction A l’Encontre
et déclaration de l’Union syndicale Solidaires

SUD-Rail en coordination avec la CGT mène une difficile bataille: celle d’une grève reconductible, depuis 10 jours. L’ensemble des médias, avec une agressivité redoublée, mène campagne contre les grévistes, contre les cheminot·e·s. Du quotidien Le Monde au président normal François Hollande, en chœur, ils reprennent la célèbre formule de Maurice Thorez (secrétaire général du PCF) du 11 juin 1936: «Il faut savoir terminer une grève (dès que satisfaction est obtenue).»

A cela s’ajoutent le flot d’affirmations sur le «statut privilégié» des cheminot·e·s. On se demande si certains commentateurs du TJ tiendraient une semaine dans la cabine d’un train de banlieue. Sous-jacente à ces allégations concernant les «privilèges» réside la construction d’une nouvelle norme sociale: «si vous n’êtes pas un·e salarié·e avec un contrat à durée déterminée et avec un salaire au maximum à hauteur du SMIC (salaire minimum qui est de 1445,38 euros pour 151,67h de travail), vous êtes un·e privilégié·e». Les économistes parlent, eux, de «dévaluation interne»… afin d’assurer la «compétitivité».

L’actuelle «réforme ferroviaire» en France s’effectue sous l’impératif d’assurer l’indépendance de la firme qui gère l’infrastructure, car à l’échéance de 2019, le transport de voyageur sera «ouvert à la concurrence» et donc «il ne faut pas de distorsion de concurrence» selon le dogme libéral de l’Union européenne. Les distorsions d’investissement, de desserte, d’entretien… ne posent pas de problèmes!

Pour obéir à ces exigences, tout en essayant de faire plier les cheminot·e·s, le gouvernement Hollande a donc créé trois EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial): SNCF Réseau, gestionnaire de réseau; SNCF Mobilité, opérateur de transport; les deux coiffés par un autre EPIC: la SNCF.

Sous le mot d’ordre «Remettre le service public sur les rails», la fédération SUD-Rail s’est de suite opposée à la constitution de trois EPIC. En effet, cet éclatement impliquerait que la quasi-totalité des 150’000 cheminot·e·s serait «mise à disposition», par la SCNCF, d’une autre entreprise: soit la SNCF Réseau, soit la SNCF Mobilité. Aucune de ces deux entreprises ne serait donc leur employeur. Dès lors, Sud-Rail et la fédération CGT exigent la réintégration de l’ensemble du système ferroviaire dans une seule entreprise.

D’ailleurs, pouer ce qui a trait au maintien d’un service public effectif sur tout le territoire de France, un bilan désastreux peut être établi suite à la «réforme» introduite en 1997. La césure entre le Réseau Ferré de France (RFF), qui prenait des décisions d’investissement (souvent de non-investissement) dont l’application était effectuée par la SNCF Infrastructure, a démontré sa déficience fonctionnelle.

Enfin, SUD-Rail demande l’annulation de la dette imposée depuis longtemps au service public ferroviaire. Cette dette de plus de 40 milliards – dont les origines pourraient être décortiquées, par exemple suite à la construction à crédit, dès les années 1980, du réseau à grande vitesse sur ordre de l’Etat – sert de carcan pour ne pas effectuer des travaux de régénération du réseau ou alors seulement lorsqu’ils sont considérés comme «utiles». Il en découle: laisser en l’état 3000 kilomètres de voie touchée par la vétusté; fermer des lignes régionales; imposer des «normes de productivité» qui détruisent la vie des cheminot·e·s, etc.

Toutes les analyses sérieuses démontrent qu’un véritable réseau ferroviaire public – sans même aborder les choix effectués en faveur des firmes de gros œuvres et de la privatisation des autoroutes – ne peut être fonctionner sans subventions publiques. Sans quoi les firmes obéissant à une logique de rentabilité réintroduisent des discriminations et sélections sociales à tous les niveaux. On ne revient pas aux trois classes d’antan, mais à 6 ou 7 classes.

Sur les modalités de gestion de la grève, dans un tract daté du 20 juin, SUD-Rail réaffirme une approche qui devrait être au centre d’une recomposition d’un syndicalisme de lutte en Europe et ailleurs: «Les médias, le gouvernement, la Gauche, la Droite, la direction SNCF et même un responsable syndical national mettaient en avant dès hier matin [jeudi 19 juin] un amendement voté à l’Assemblée Nationale pour justifier une possible fin de la grève que mènent les cheminot·e·s. La fédération SUD-Rail a aussitôt réaffirmé que les seul·e·s qui ont à décider de la suite de la grève, ce sont les grévistes! Les Assemblées Générales (AG) représentatives des grévistes ont cette légitimité. Ce n’est pas sur les bancs, quasi déserts, de l’Assemblée que le conflit social se règle. Il faut que le gouvernement et la direction SNCF d’autre part négocient avec les fédérations syndicales CGT et SUD-Rail, sur les revendications des grévistes.»

C’est cet esprit d’un «syndicalisme de combat» qui ressort aussi du bilan du VIe Congrès de l’Union syndicale Solidaires que nous publions ci-dessous. (Rédaction A l’Encontre)

*****

Déclaration du 6e congrès de l’Union syndicale Solidaires

Le sixième congrès de l’Union syndicale Solidaires s’est tenu du 2 au 5 juin 2014, dans une période où, en France mais aussi sur l’ensemble de la planète, les capitalistes s’enrichissent toujours plus, les ressources naturelles sont pillées, l’environnement est mis en péril, les inégalités explosent, les discriminations demeurent.

Faire ce constat lucide, ce n’est pas s’en satisfaire. Au contraire, c’est en analysant la situation, en faisant des bilans, en en tirant des enseignements, que nous progressons, que nous nous renforçons, que nous prenons les moyens de renverser le rapport de forces.

L’unité d’action syndicale est un élément important pour gagner. L’Union syndicale Solidaires en fait une de ses priorités. Elle doit notamment rassembler dans la durée les organisations syndicales qui, avec leurs différences et leurs divergences parfois, ont comme point commun de se réclamer du syndicalisme de luttes et d’agir pour la transformation sociale, quand d’autres s’inscrivent pleinement dans le cadre du libéralisme.

Les débats de notre congrès pointent des éléments essentiels dans la perspective d’un changement profond de société:
• La redistribution des richesses, la construction d’une société fondée sur des rapports sociaux égalitaires. L’égalité entre les femmes et les hommes.
• Le maintien et le développement de la protection sociale.
• La défense, l’extension et la démocratisation d es services publics La prise en compte de la santé au travail.
• La socialisation des moyens de production, l’autogestion.
• Le renforcement de notre outil syndical.

Les textes adoptés lors de ce sixième congrès complètent, actualisent et enrichissent nos acquis collectifs. Prolongeant ces réflexions et décisions, nous dégageons des priorités pour les mois qui viennent.

Les enjeux écologiques sont au cœur de notre activité. L’Union syndicale Solidaires prend toute sa place dans la préparation du rassemblement de Notre-Dame-des-Landes les 5 et 6 juillet ; il faut en finir avec ces « grands projets inutiles » qui dilapident l’argent public, sont très lucratifs pour quelques grandes entreprises privées et détruisent l’environnement. C’est dans cette même logique que nous participons aux Alternatiba sur tout le territoire dans la perspective de la mobilisation de nombreux mouvements sociaux au moment de la Conférence Paris Climat 2015 (COP 21) pour, au contraire des Etats, mettre en évidence les enjeux de justice climatique, de transition écologique et sociale et de solidarité internationale.

lien_bon_bNous combattons vigoureusement l’extrême-droite. Pour cela, nous poursuivons notre travail de formation et d’information. Cela est indispensable mais non suffisant; le syndicalisme doit reconquérir des terrains et populations. La politique d’austérité du gouvernement qui aggrave la situation des salarié-es, expulse les sans-papiers, stigmatise les Roms, fait le jeu de l’extrême-droite. Décomplexée, celle-ci use de la violence la plus extrême, comme en témoigne le meurtre de notre camarade Clément Méric il y a un an. La riposte unitaire est possible; le collectif «l’extrême-droite tue, ensemble combattons-la», les manifestations du 7 juin, le travail intersyndical avec la CGT et la FSU, les formations avec VISA, en sont des exemples.

Démontrons que le syndicalisme peut être porteur d’un projet de transformation sociale, que l’unité et la maîtrise des luttes par les salarié-es sont une force! Alors nous ferons reculer le Front National, l’extrême-droite qui ne sont jamais à l’aise en période de fort mouvement social… Par contre, chaque défaite du mouvement social, comme chaque lutte non menée leur ramènent de nouveaux électeurs-trices. Leurs avancées sont faites de nos reculs!

Le capitalisme domine le monde et a besoin d’institutions pleinement à son service; l’Union européenne en est une illustration avec la Banque Centrale Européenne, la Commission européenne, et les Etats qui participent des mêmes logiques. En lien avec les organisations syndicales, associatives et politiques de l’Alter-summit, Solidaires participera aux manifestations Blockupy à Francfort, mi-novembre, contre l’Europe du fric.

Les négociations confidentielles sur l’accord de libre-échange (Transatlantic Free Trade Agreement-TAFTA), entamées depuis l’été 2013 entre la Commission européenne et les Etats-Unis, sont menées avec et pour les multinationales. Ce projet est une grave menace pour nos droits sociaux, écologiques et démocratiques, car il donnerait aux grands groupes privés des prérogatives extravagantes pour exploiter les peuples et la nature. Nous appelons à renforcer les comités unitaires anti-TAFTA, pour mettre fin aux négociations et imposer l’abandon de cet accord.

Le capitalisme règne sur l’ensemble des secteurs de la société; l’actualité de la Coupe du monde de football au Brésil nous le rappelle, avec son cortège de répression, d’interdiction des grèves, d’expulsions de populations pauvres, de pillage des biens publics pour le profit d’une minorité… mais aussi de résistances que nous soutenons à travers le collectif unitaire La Coupe est pleine. Au-delà, l’internationalisme demeure un engagement majeur de notre syndicalisme;  l’extension et la solidification du Réseau syndical international de solidarité et de luttes demeure une de nos priorités.

Les capitalistes nous coûtent cher! Ce constat est aussi le thème d’une campagne centrale de l’Union syndicale Solidaires; nous la poursuivons, avec une double ambition: la mener en commun avec d’autres forces syndicales, notamment celles qui ont aussi décidé d’agir sur ce terrain; la renforcer, afin qu’elle trouve son débouché politique par la construction d’un mouvement social interprofessionnel fort qui renverse cette dynamique mortifère.

L’affrontement avec le patronat est inhérent à notre syndicalisme. Il prend des formes différentes selon les contextes, les rapports de forces, les sujets en débat, etc. Des accords sanctionnant l’état du rapport de forces à un moment donné peuvent être partie intégrante de notre syndicalisme; mais nos intérêts étant opposés, il ne peut être question de «collaborer», ni d’être «des partenaires». Notre boussole demeure l’intérêt des salarié-es; notre pratique vise à leur donner les moyens de décider et mener leurs luttes en toute autonomie.

Le gouvernement est au service des patrons;  au nom de la dette, de la croissance, de la compétitivité, il multiplie les attaques contre les droits des travailleurs-ses, des chômeurs-ses, des retraité-es. L’Union syndicale Solidaires:

• Appelle l’ensemble des organisations syndicales à combattre le projet de «neutralisation» des seuils sociaux; au lieu de supprimer DP, CE, CHSCT et droit syndical, imposons de nouveaux droits, dont celui de veto sur les décisions patronales pour les élu-es CE, institution dont doivent pouvoir bénéficier tous les salarié-es.

• Réaffirme sa solidarité avec tous les militant-es des mouvements sociaux victimes de la répression; notamment, nous dénonçons toutes les formes de répression antisyndicale.

• Refuse toute extension des horaires d’ouverture des commerces:  nos dimanches et nos nuits ne sont pas à vendre!

• Soutient la lutte des chômeurs-ses, des intermittent-es du spectacle et des intérimaires contre le nouvel accord UNEDIC. Tous les salarié-es sont concerné-es!  Luttons contre son agrément et pour de nouveaux droits!

• Appuie le personnel de l’inspection du travail qui refuse la casse de ce service orchestrée par la Direction Générale du Travail sur les directives du Ministère.

• Dénonce le blocage des pensions des retraité-es et se félicite du succès de la manifestation nationale unitaire du 3 juin.

Employeur des agents de la Fonction publique, l’Etat-patron n’est pas en reste pour mettre en œuvre sa politique d’austérité: il supprime toujours plus d’emplois, il s’attaque aux statuts et étend la précarité, il gèle les salaires comme jamais aucun gouvernement ne l’avait fait auparavant, il entretient un mal-être au travail aux conséquences dramatiques. Les élections professionnelles dans l’ensemble de la Fonction publique qui auront lieu fin 2014 sont un moment décisif pour renforcer le syndicalisme qui s’oppose à ces régressions sociales pour, au contraire, imposer le progrès social.

Les services publics répondent aux besoins collectifs, à la recherche d’égalité entre les personnes et entre les territoires. L’Union syndicale Solidaires poursuit son activité résolue pour les défendre et les améliorer, pour imposer un fonctionnement qui place salarié-es et usagers au centre des préoccupations. Les projets gouvernementaux de réforme territoriale et surtout le renforcement accéléré de la métropolisation vont à l’encontre de ces revendications et sont de lourdes menaces pour des pans entiers du territoire et une part importante de la population. L’Union syndicale Solidaires travaille activement sur ce dossier, notamment en prenant en compte les conséquences sociales pour le personnel des collectivités territoriales, sans s’enfermer dans la seule discussion qui semble autorisée par les médias (le découpage des institutions décentralisées de l’Etat), en posant la vraie question: celle de la société que nous voulons pour demain!

Dans une logique de «toujours plus», celles et ceux qui prétendent diriger le monde ne cessent de vouloir supprimer les droits conquis par les salarié-es au fil des luttes sociales, et de confisquer les richesses. Dans ce contexte, un mouvement syndical fort, unitaire, offensif, indépendant, internationaliste, écologiste et féministe est d’autant plus nécessaire. Travailleurs-ses en activité, au chômage, en formation, en retraite, ont des intérêts communs à défendre.

Les organisations membres de l’Union syndicale Solidaires sont des outils pour les salarié-e s, pour défendre leurs revendications quotidiennes et pour construire les mouvements sociaux d’ampleur nécessaires à l’indispensable et profonde transformation de la société. Celle-ci n’est possible qu’à partir d’une prise en charge des problèmes concrets, sur le lieu de travail et aussi dans les localités. Les deux aspects sont liés: c’est dans, et par les luttes d’aujourd’hui que nous construisons la société de demain!

Nous sommes utopiques car réalistes! (6 juin 2014)

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Philippe Poutou et son message lors des 15 minutes avec les 11 candidats sur France 2, le 20 avril 2017


Présidentielle : revivez le passage de Philippe Poutou dans "15 minutes pour convaincre" sur France 2

Parmi les divers thèmes abordés dans sa campagne, le chômage a une place importante. Le chômage est d'abord une arme – ils ne sont pas désarmés – par les employeurs afin de faire accepter plus facilement des conditions de travail épuisantes, dégradées et des salaires de survie. Car, si «cela ne vous convient pas, il y en a dix qui attendent devant la porte».

Le chômage est aussi un coût qui pèse sur celles et ceux qui le subissent, et aussi bien directement qu'indirectement sur leur famille. Tensions, stress accru, dégradation de la santé physique et psychique. C'est inacceptable.

Michel Husson affirme: «La réduction du temps de travail permet la création d'emplois. Mais la condition essentielle est le contrôle des travailleurs et travailleuses sur la réalité des créations d'emplois. Ce sont eux qui doivent décider collectivement de la meilleure manière de combiner les formes possibles de réduction du temps de travail, de manière à prendre en compte les aspirations différenciées de salarié·e.s: réduction quotidienne (tant d'heures par jour); hebdomadaire (par exemple 4 jours), annuelle (journée RTT), pluriannuelle (année sabbatique).»

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