dimanche
23
juillet 2017

A l'encontre

La Brèche

Le camp de réfugiés Moria, sur l’île de Lesbos

Par Médecins sans frontières

Après avoir été criminalisés par les politiques d’immigration européennes, des milliers de migrants et réfugiés se retrouvent maintenant coincés dans des conditions de froid intense, dans des abris qui ne sont pas adaptés pour l’hiver en Grèce et dans les Balkans.

Cette négligence cynique des politiques des Etats européens, aggravée par les températures glaciales et par le manque de préparation à l’hiver, a empiré une situation déjà invivable pour des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants venus chercher protection en Europe.

La situation est particulièrement inquiétante pour les personnes coincées sur les îles grecques, qui vivent dans des tentes au sein de camps bondés et pour ceux qui vivent dans des bâtiments abandonnés à Belgrade ou qui continuent d’essayer de franchir les frontières des Balkans. MSF a, à plusieurs reprises, demandé aux autorités en Grèce et dans les Balkans d’améliorer les conditions à temps pour l’hiver.

«Avec le pacte entre l’Union européenne et la Turquie ainsi qu’avec la fermeture officielle de la route des Balkans, l’UE a décidé de laisser les Balkans gérer la situation dans le but d’endiguer le flux des personnes venues chercher la protection, alors qu’elles viennent des zones de guerre les plus actives à l’heure actuelle», déclare Stefano Argenziano, coordinateur des opérations MSF sur la migration. «Aujourd’hui, ces personnes manquent cruellement d’aide appropriée et cela met leur vie en danger. Nous sommes témoins des conséquences cruelles et inhumaines des politiques européennes, utilisées comme un outil pour dissuader et criminaliser ceux qui ne font que chercher sécurité et protection en Europe.»

Serbie – Aide humanitaire réduite malgré les températures glaciales
qui mettent la vie des migrants en danger

Plus de 1700 personnes sont actuellement coincées en Serbie, vivant dans des camps surchargés, au sein d’établissements informels. Le pays a convenu avec l’UE d’accueillir 6000 personnes, mais seulement 3140 d’entre elles vivent dans des infrastructures adaptées pour l’hiver. A Belgrade, environ 2000 jeunes, principalement originaires d’Afghanistan, Pakistan, Irak et Syrie, sont actuellement logés dans des bâtiments abandonnés dans le centre de la ville, tandis que les températures chutent jusqu’à moins 20 degrés.

Ces derniers mois, les autorités serbes ont sévèrement réduit l’aide humanitaire pour ces personnes, n’autorisant que les volontaires à réaliser un approvisionnement basique de couvertures et de nourriture. «Depuis des mois, la stratégie consiste à bloquer l’aide humanitaire pour pousser ces personnes à rejoindre les camps officiels. Mais les camps sont complets et déjà au-delà de leur capacité. Donc, aujourd’hui, les migrants sont laissés sans aucune autre option que de dormir dans des bâtiments ouverts et abandonnés et ce, sous des températures glaciales», déclare Stephane Moissaing, chef de mission MSF en Serbie.

MSF a installé en urgence quelques chaufferettes dans une tentative désespérée pour protéger les gens du froid et est en train de négocier avec les autorités pour augmenter le nombre d’abris. «Nous appelons depuis des mois l’UE, l’UNHCR et les autorités serbes à mettre en place des solutions à long terme pour éviter cette situation catastrophique. L’échec collectif de ces autorités laisse sans réponse les besoins des migrants, même les plus basiques, et expose ces personnes déjà vulnérables à davantage encore de souffrances. Plusieurs personnes sont déjà décédées d’hypothermie à la frontière entre la Serbie et la Bulgarie. On ne peut pas tout simplement s’asseoir et mettre à jour les statistiques des morts durant la périlleuse traversée de la frontière ou des victimes de la violence depuis la fermeture de la route des Balkans.»

Grèce – Des milliers de personnes sur des îles-prisons
sous la neige et la pluie verglaçante

La situation n’est pas plus enviable sur les îles grecques où des milliers de personnes sont toujours bloquées dans des camps surpeuplés, vivant dans des tentes inadaptées à des températures négatives. «Ces familles abandonnées sous la neige et la pluie verglaçante paient le prix du cynisme de l’Europe et de son accord répréhensible avec la Turquie», déplore Clément Perrin, chef de mission de MSF en Grèce. «Il est scandaleux de voir que, malgré toutes les promesses et les annonces européennes, des hommes, des femmes et des enfants vivent dans des tentes sous cette pluie glacée. Nous appelons les autorités grecques et l’UE à prendre immédiatement des mesures d’urgence pour s’assurer que tous les migrants et réfugiés sur ces îles soit hébergés dans des conditions de vie dignes et adaptées.»

La surpopulation dans les camps et le manque criant de préparation aux conditions hivernales entraînent des risques dangereux pour la santé et la sécurité des gens vivant en Grèce. La plupart des personnes que les psychologues MSF rencontrent pour des consultations en santé mentale ces derniers mois à Samos et Lesbos citent leurs conditions de vie comme la cause de leurs difficultés psychologiques, ou comme un facteur aggravant. «Les autorités grecques doivent arrêter de s’auto congratuler à propos de leurs exploits humanitaires alors que des milliers de personnes sont laissées en train de souffrir dans de terribles conditions hivernales, dans l’attente que leurs demandes d’asile soient traitées», conclut Clément Perrin. «Aucune personne en quête de protection, fuyant la guerre, la torture et la violence extrême ne devrait être abandonnée dans le froid.» (Document publié par MSF le 10 janvier 2017)

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Vidéo réalisée par un réfugié vivant dans le camp de Moria,
sur l’île de Lesbos, mise en ligne le 8 janvier 2017

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