mercredi
23
août 2017

A l'encontre

La Brèche

la-grece-demande-a-l-allemagne-des-reparation-de-guerre-esti_519377_516x343Par Adéa Guillot

Est-ce un tournant dans le différend germano-grec sur la question des crimes nazis pendant la seconde guerre mondiale? Dans un entretien au quotidien Süddeutsche Zeitung du samedi 2 mai, le président de la République, Joachim Gauck, s’est pour la première fois prononcé en faveur d’une solution pour la résolution de ce litige qui empoisonne les relations entre les deux pays depuis plusieurs décennies et est revenu sur le devant de l’actualité avec l’arrivée au pouvoir d’Alexis Tsipras.

«Nous sommes les descendants de ceux qui pendant la seconde guerre mondiale ont laissé un sillage de destruction derrière eux, entre autres en Grèce, ce que, à notre grande honte, nous n’avons pas su pendant longtemps», a déclaré le président Gauck. «Il est juste qu’un pays aussi conscient de son histoire que le nôtre évalue quelles possibilités de réparation il peut y avoir», a-t-il ajouté, sans s’avancer sur un montant.

Ces déclarations marquent une rupture dans le débat sur les réparations vis-à-vis de la Grèce en Allemagne. Prononcées par le plus haut magistrat de la nation, dont les fonctions sont essentiellement honorifiques mais qui est très respecté en Allemagne notamment pour son travail sur le passé Est-allemand, elles donnent une légitimité forte aux revendications grecques jusqu’ici repoussées avec fermeté par Berlin. Athènes réclame la somme de 278,8 milliards d’euros de réparations, le sujet est devenu un point de discorde particulièrement brûlant entre les deux capitales.

«C’est stupide»

«La question des réparations est juridiquement et politiquement close», martèlent régulièrement les membres du gouvernement, dans un contexte de forte tension entre Athènes et Berlin sur la question de la dette grecque. «Une manœuvre de diversion bon marché», estime Gerda Hasselfeldt, de la CSU. «C’est stupide», a même lâché début avril le vice-chancelier, Sigmar Gabriel, pour qui on ne peut pas mêler la question des réparations et celle de la dette. Pour Berlin, la revendication des réparations a perdu sa légitimité au plus tard à la réunification, quand le traité de Moscou a réglé les affaires internationales de l’Allemagne unie.

Mais plusieurs voix se sont élevées depuis mi-mars pour juger cette explication un peu courte. Des juristes du service scientifique du Bundestag interrogés par le Spiegel Online ont exprimé leurs doutes sur la solidité de l’argumentaire du gouvernement. Et plusieurs personnalités politiques ont appelé ouvertement à une réouverture du dossier. Annette Groth, députée du parti de gauche Die Linke qui soutient les revendications grecques depuis longtemps, défend ainsi le versement immédiat de 11 milliards d’euros à Athènes. «Je trouve juste la position du ministre des finances quand il propose que l’argent soit utilisé pour créer une banque d’investissement», a-t-elle déclaré.

Surprise à Athènes

Anton Hofreiter, chef du groupe parlementaire des Verts au Bundestag, juge pour sa part que «l’Allemagne ne peut pas se contenter de balayer d’un revers de main les revendications d’Athènes. Ce chapitre n’est conclu définitivement ni sur le plan moral ni sur le plan juridique». Plusieurs membres du SPD estiment également nécessaire de faire un travail sur le passé. C’est l’opinion de Gesine Schwan, figure très respectée du parti et candidate deux fois à la présidence de la République, qui a déclaré mi-mars: «Psychologiquement, il est parfaitement compréhensible que la Grèce se demande aussi, dans la situation actuelle, si les Allemands se sont toujours comportés de façon loyale.»

La question des réparations allemandes vis-à-vis de la Grèce comporte deux volets. Le premier porte sur un crédit forcé de 476 millions de reichsmarks que le régime d’Hitler a contracté auprès de la banque nationale grecque en 1942 et qui n’a jamais été remboursé. Selon les estimations, cette somme correspondrait aujourd’hui à 11 milliards d’euros. Le second volet concerne les réparations pour crimes de guerre. Le massacre de Distomo, équivalent d’Oradour-sur-Glane dans la mémoire grecque. Dans cette petite ville près de Delphes, 218 enfants, femmes et vieillards ont été tués en juin 1944.

En Grèce, la déclaration du président allemand a fait la «une» de tous les sites d’information vendredi soir. La surprise est de taille. Personne ne s’attendait à un tel soutien à un tel niveau de l’Etat. Le parti au pouvoir Syriza y voit une nouvelle confirmation de la légitimité de la demande de réparations. Lors de sa visite du village grec martyr de Liguiades en mars 2014, Joachim Gauck avait très officiellement demandé «pardon» aux familles des victimes pour le massacre le 3 octobre 1943 par les nazis de 92 habitants du village dont 34 enfants. Mais il avait refusé d’aborder la question des réparations de guerre, affirmant à l’époque qu’il «ne pouvait pas prendre une autre position que la position légale de l’Allemagne sur la question». (Article publié dans Le Monde du 3-4 mai 2015, p. 4)

_____

Voir à propos de la Grèce et de l’occupation par les forces du IIIe Reich le dossier historique de Karl Heinz Roth publié initialement sur le site A l’Encontre en date du 1er mai 2012.

Vous pouvez écrire un commentaire, ou utiliser un rétrolien depuis votre site.

Ecrire un commentaire





FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

Recent Comments

Le site alencontre.org existe depuis plus de 12 ans. Il vient de changer d’aspect. De manière significative. Mais il n’a pas modifié ses objectifs : informer, analyser, afin de faciliter une compréhension des réalités économiques, sociales, politiques à l’échelle internationale. Dans ce sens, ce site valorise la liaison qui peut s’établir entre comprendre et agir, dans une perspective socialiste et démocratique. Ce «lifting» a été effectué pour répondre aux exigences d’un nombre croissant de lectrices et lecteurs. Nous espérons que celui-ci entrera en résonance avec les attentes des visiteurs de A l’Encontre et de La Brèche. Il leur appartiendra, aussi, de s’en approprier le contenu et de le commenter. Vous pouvez nous contacter sur redaction@alencontre.org