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avril 2017

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La Brèche

Le «néocapitalisme» a remis au pas les Etats

Publié par Alencontre le 14 - mai - 2010

Thomas Coutrot

Par Thomas Coutrot

Ce plan est un plan de dupes qui ne visait qu’à rassurer les marchés financiers. Le formidable boom des Bourses montre que ce package européen dépasse leurs espérances… Les marchés viennent de se voir garantir une assurance tout risque du remboursement des dettes des Etats et la certitude d’une purge généralisée et d’un ajustement budgétaire à la mode grecque dans tous les pays européens. Le néocapitalisme sera remis au pas, promettaient les chefs d’Etat et de gouvernements européens. Ce néocapitalisme vient de remettre au pas les Etats. Qui acceptent, sans conditions, de continuer à pomper la richesse des salariés et des contribuables vers les actionnaires et les financiers.

La preuve ? Il suffit de regarder ce qui se passe en Grèce: suppression de deux mois de salaire dans la fonction publique ; vent de privatisation annoncé ; assouplissement du droit du travail pour permettre de licencier. En Roumanie ? Le FMI vient d’inoculer une potion terrible: 25% de baisse des salaires dans la fonction publique, de 15% des pensions de retraités.

Si les déficits publics ont explosé, c’est en raison de l’abaissement de la fiscalité sur les entreprises et les ménages aisés. Et du prix exorbitant à payer (notamment en Espagne et au Royaume-Uni) pour le sauvetage des banques et du secteur financier et de la récession qui a suivi. Ce même secteur financier mord aujourd’hui la main qui l’a nourri et tient en laisse les Etats. Toutes les réformes profondes pour endiguer la spéculation sont restées à quai. Il n’y a pas un mot dans le plan pour réformer radicalement le système. La taxe sur les transactions financières par exemple, voulue par Merkel et Sarkozy ? A la trappe, pour ne pas fâcher les «marchés». L’idée est d’ailleurs zappée par le FMI. C’est une radicalisation sans précédent du modèle néolibéral. Peut-être son chant du cygne. Pas sûr, cette fois-ci, que les citoyens acceptent de se coucher sans se révolter.

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Nicolas Sarkozy veut demander «un effort supplémentaire des gros revenus et des revenus du capital» pour financer les retraites. Comment réagissez-vous ?

Depuis trente ans, cette idée est dénoncée comme ringarde et démagogique. On nous explique que sa portée serait au moins symbolique. Les riches ne seraient pas assez riches pour pouvoir contribuer à la réduction des déficits. Voire. Dans le cas des retraites, le déficit du régime général s’élève à 11 milliards d’euros en 2010. Cinq fois plus qu’en 2006 du fait de la crise. Est-ce aux salariés de combler le trou provoqué par le krach, le sauvetarde la finance et la récession qui s’en est suivie ?

Comment «faire payer les riches» ?

Les titulaires de revenus financiers, qui ont profité de la mondialisation financière depuis trente ans, pourraient être mis à contribution. Les dividendes nets versés par les sociétés représentaient 83 milliards d’euros en 2008, trois fois plus (en proportion de la valeur ajoutée des entreprises) qu’au début des années 1980. Ces sommes ont été prises sur la masse salariale, donc au détriment des cotisations sociales. Une taxe de 12 à 15% sur ces dividendes épongerait le déficit des retraites. On pourrait la doubler pour résoudre aussi les problèmes de l’assurance maladie.

Il y a d’autres marges de manœuvre. Concernant la fiscalité directe, le débat s’est focalisé sur une mesure symbolique, le bouclier fiscal. Mais celui-ci ne coûte à l’Etat «que» 600 millions d’euros par an: une goutte d’eau, comparée aux 24 milliards d’euros que les réformes de l’impôt et des droits de succession ont retirés au budget de l’Etat entre 2000 et 2008. Que dire aussi des niches fiscales, qui représentent 70 milliards selon Bercy [Ministère des finances], mais plus de 140 milliards d’euros d’après la Cour des comptes. Le Conseil des impôts a montré que ces niches bénéficiaient aux contribuables les plus aisés. Le léger rabotage de 2 milliards d’euros par an annoncé demeur là aussi symbolique. Défaire la contre-révolution fiscale menée par le néolibéralisme permettrait de dégager des ressources pour combler les déficits publics bien au-delà de celui des retraites.

Ce type de «mesures» sera-t-il suffisant à long terme ?

Une fois rétabli l’équilibre conjoncturel, il faut assurer celui des retraites au regard de l’évolution démographique. «Faire payer les riches», ce sera alors organiser une hausse régulière des cotisations sociales. La part des profits dans la richesse créée reculera ­ de 2 à 3 points selon le Conseil d’orientation des retraites (COR) La part des profits dans la richesse créée reculera – de 2 à 3 points selon le Conseil d’orientation des retraites (COR) – sans inconvénient économique majeure, puisqu’une proportion croissante de ces profits est orientée vers les placements financiers et non l’investissement productif.

Il faut tirer les leçons de la crise financière. Un modèle de croissance économique tirée par l’avidité et l’enrichissement sans limite de quelques-uns n’est pas soutenable. Taxer les bonus des traders est insuffisant: c’est l’ensemble des hauts revenus qu’il faut plafonner pour bloquer la logique de prise de risques et de spéculation. Un revenu maximum admissible pourrait être établi, par exemple en taxant à 90% les revenus dépassant un certain seuil jugé acceptable – comme l’avait fait Roosevelt en 1944.

* Thomas Coutrot, économiste, est coprésident d’Attac France. Cette note et cet entretien ont été respectivement publiées dans les quotidiens Libération (11 mai 2010) et Le Monde (13 mai 2010). Il vient de publier aux Editions Bord de l’eau, Jalon vers un monde possible. L’économie encastrée (2010).

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