mardi
11
décembre 2018

A l'encontre

La Brèche

Nicolas Maduro et sa femme Cilia Flores

Par Javier Antonio Vivas Santana

Après le «processus» électoral présidentiel, qui a été imparfait dans toutes ses étapes, de sa convocation [élection anticipée] à sa réalisation, et avec une participation de votes valables qui a tout juste été supérieure à 8 millions – et où le candidat «vainqueur», c’est-à-dire le président «réélu», a à peine dépassé 5 millions de votes, soit 40% de moins qu’en 2013 et avec une participation électorale de 20% inférieure à 2013 – il est évident que le madurisme a été le grand perdant du processus. Car entre l’abstention de plus de 50% et les votes d’opposition en faveur d’Henri Falcon [un caméléon politique] et Javier Bertucci [un évangéliste et entrepreneur] qui ont capté 25% de l’électorat, Maduro va essayer de gouverner en «gagnant» une élection avec 25% de l’électorat, alors que la participation se monte à 40% des inscrits sur le registre électoral [les «exilé·e·s» doivent être pris en considération].

Nicolas Maduro a été le grand perdant. Il en est fini des «résultats» du vote à la «constituante» avec 8 millions de voix, en 2017. Si nous supposons que les chiffres sont vrais, il est également clair qu’il a été rejeté, même par ses propres partisans. Par exemple, cette «constituante» au même titre que Maduro reste sans aucun soutien populaire. Les pro-Maduro ne peuvent pas affirmer qu’ils ont obtenu une victoire. C’est une profonde défaite. Les gens disent au madurisme que ces 5 millions de votes représentent une «machine» affaiblie. Une «machine» qui, malgré l’achat des consciences, le chantage politique, et même l’utilisation de la faim comme stratégie politique [aide alimentaire conditionnée au vote], ne lui a été d’aucune utilité pour tenter d’obtenir les 10 millions de voix souhaitées, qui n’auraient d’ailleurs pas été obtenues même avec une pleine participation.

Que Maduro ne vienne pas avec sa sémantique politique corrompue. Cela relève d’une idiotie lexicale que d’affirmer avoir «gagné» avec 68% des voix. La seule vérité ici, c’est que 75% des gens rejettent leur gouvernement, soit parce qu’ils ont décidé de ne pas participer, soit parce qu’ils ont puni Maduro par leur vote. De la sorte, il n’y a pas de dialogue. Sa structure [parti, institutions] et son soutien politique ont été gravement endommagés. Maduro a essayé par tous les moyens d’être légitimé par cette «élection». Or, si quelque chose a mal tourné, ce sont les résultats, parce qu’il a été mis à nu comme souverain, sans le soutien du peuple, à l’exception de sa claque officielle.

Le pays connaît l’hyperinflation, le déclin économique, les pénuries de nourriture et de médicaments, l’effondrement des services publics, le déclin soutenu de la production pétrolière, la contrebande, la criminalité, la corruption et surtout la faillite morale et éthique dans la gestion de l’Etat. Le Venezuela est détruit dans sa conception démocratique et constitutionnelle par un gouvernement qui a complètement détruit le tissu politique et social. Le niveau de destruction au sein de la population est tel que l’étude et le travail, en tant que piliers fondamentaux pour la réalisation du développement socio-économique, ont été laissés à l’arrière-plan. Nos jeunes émigrent sous d’autres latitudes à la recherche de ce que la madurisme leur refuse dans leur propre pays.

Il s’agit d’un énorme coup électoral qui a été porté au madurisme, qu’il dit être en «sa faveur»! En termes réels, la somme des votes de tous les candidats est à peine plus élevée que les votes d’un seul candidat à la présidence en 2013. Ce que le madurisme tente de dire pour tenter de faire passer ce «triomphe» pour une «victoire significative» est une fable.

Maduro ne pourra pas gouverner avec 25% de l’électorat, surtout s’il tente d’imposer une «nouvelle constitution» ou le soi-disant «Etat communal» avec une telle base populaire. Parce que, simplement, le peuple la rejette dans toute sa dimension politique. Le Venezuela ne veut pas de Maduro comme président de la République. Ce dernier sait très bien que dans une élection juste et transparente, sa défaite serait criante.

Le temps est venu d’unir les secteurs anti-maduristes sans mesquineries et de mettre le pays en face de la grave crise à laquelle nous sommes confrontés. Maduro a été laissé sans base populaire. Le compte à rebours de ses jours à Miraflores a commencé, et cela inclut la «constituante» illégale et illégitime, qui doit aussi mettre fin immédiatement à ses décisions néo-totalitaires. Maduro ne pourra pas gouverner avec 75% du pays contre lui. C’est la réalité. A moins d’être aveugle. Celui qui a des yeux devrait le voir. (Article publié sur le site aporrea en date du 20 mai 2018; traduction A l’Encontre)

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Javier Antonio Vivas Santana a travaillé pendant les gouvernements de Hugo Chávez comme professeur à la Mission Sucre (2003 -2012).

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Le travail dans les entrepôts à l’heure de «l’économie numérique»

Entre votre livraison à domicile d’une commande passé à Amazon et les profits nets de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, il y a un «problème». Le tout «fonctionne» sur la base d’une plate-forme qui organise une très nombreuse main-d’œuvre. «Elle» – ses fonctions sont conçues par la direction du groupe – intensifie et contrôle au plus près du travail des salarié·e·s; «elle» contribue à rendre les emplois plus précaires et instables.

Au cours de cette session du séminaire consacré au capitalisme, à Toronto (Canada), Alessandro Delfanti discute des changements à l’œuvre dans l’organisation du travail, de la composition de la classe salariée et de l'évolution des rapports de travail résultant des relations entre le capitalisme et la technologie. Il le fait sur la base d'une étude récente d’un entrepôt d’Amazon en Italie.

Alessandro Delfanti enseigne à l'Institut de Communication, Culture, Information et technologie à l'Université de Toronto. Il fut l'un des principaux membres fondateurs du réseau Log Out! Réseau de résistance des travailleurs et travailleuses à l'intérieur et contre l’économie des plates-formes. Son intervention est en langue anglaise. (Réd. A l’Encontre)

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