dimanche
20
août 2017

A l'encontre

La Brèche

201410892751488734_20Points de vue réunis
par Thomas Hofnung

L’analyse, ci-après, traduit le point de vue de spécialistes et d’acteurs de la «coalition internationale» contre l’EI. Voir l’analyse publiée sur ce site, le 4 octobre 2014, à propos de Kobané et des crimes d’Assad, à Alep. (Réd. A l’Encontre).

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Paris, Londres et Washington évoquent la possibilité de mettre en place une zone tampon entre la Syrie et la Turquie [qui sera utilisée par le pouvoir turc pour neutraliser les Kurdes]. Une hypothèse qui illustre l’incapacité actuelle de la coalition à freiner l’offensive des jihadistes de l’Etat islamique (EI) à Kobané, en Syrie en ne recourant qu’aux frappes aériennes. Une stratégie qui montre également ses limites en Irak.

Quels sont les moyens mis en œuvre?

A l’instigation de Washington, une coalition antijihadiste s’est mise en place pour intervenir contre l’Etat islamique (EI). Aux côtés des Américains, qui ont lancé leur campagne de frappes aériennes dès le 8 août, se sont engagés plusieurs pays arabes: l’Arabie saoudite, la Jordanie, le Qatar, les Emirats arabes unis et Bahreïn. La France a décidé d’intervenir depuis la mi-septembre, avant d’être récemment rejointe par le Royaume-Uni. D’autres pays occidentaux ont également décidé d’en faire partie: l’Australie, la Belgique, le Danemark et les Pays-Bas.

Mais derrière cette façade multilatérale apparaît le rôle écrasant assumé par les Etats-Unis. Au 7 octobre, les forces américaines avaient effectué 1768 frappes contre 195 pour ses alliés. L’aviation française, elle, n’en a que deux à son actif… Les avions de la coalition ont déjà effectué 4800 sorties. A titre de comparaison, la campagne menée en Libye sur plus de six mois (de mars à octobre 2011) avait comptabilisé 7000 sorties. Dernier chiffre parlant: la coalition a largué près de 1000 bombes en deux mois. Un bilan qui, au vu de la situation sur le terrain, pose la question de l’efficacité et de la pertinence de cette option du «tout aérien».

Pourquoi ces frappes semblent inopérantes?

Les Etats-Unis, comme la France et le Royaume-Uni, ont exclu toute idée de déploiement de troupes au sol. En réalité, des membres des forces spéciales françaises et américaines sont présents en petit nombre sur le terrain pour aider les forces locales à s’organiser. La stratégie globale adoptée peut se résumer ainsi: soutien aérien pour affaiblir les combattants de l’EI, formation et équipement des forces anti-islamistes, c’est-à-dire des troupes de Bagdad et les combattants kurdes. La campagne aérienne vise, à court terme, à casser la dynamique de conquête de l’EI pour permettre ensuite aux forces locales de reconquérir le terrain perdu. Mais, pour l’heure, la stratégie des Occidentaux révèle surtout ses limites. Les forces de l’EI assiègent Kobané depuis des jours dans le nord de la Syrie et tiennent toujours Mossoul en Irak.

«Depuis les premières frappes, les jihadistes de l’EI sont dans une logique de dilution, explique un haut gradé français. Ils se sont installés dans des écoles, dans des hôpitaux ou encore dans des sites archéologiques que la coalition ne peut pas bombarder.» Selon cette même source, les terroristes ont transformé Mossoul «en gruyère, creusant des souterrains et posant des pièges partout. On dirait le Beyrouth des années 80.» L’EI mettrait également à profit le réseau des souterrains creusés sous Saddam Hussein.

Plus généralement, les jihadistes – qui disposent de plusieurs centaines de véhicules blindés et d’une cinquantaine de chars pris aux forces de Bagdad – démontrent un vrai savoir-faire militaire [des anciens de l’armée de Saddam Hussein les ont rejoints, entre autres ceux venant de Tikrit, la région natale de Saddam Hussein]. «Malgré les bombardements, ils conservent leur capacité à commander, à bouger leurs forces d’un endroit à l’autre et à manœuvrer subtilement», ajoute la même source.

Pour un spécialiste des questions militaires, la bataille de Kobané illustre «un dysfonctionnement majeur»: «Comment la coalition et en particulier les Américains, qui disposent de drones et de moyens satellitaires, n’ont-ils pas vu l’avancée des troupes jihadistes?» A l’issue d’une réunion au Pentagone autour de Barack Obama mercredi, le général Martin Dempsey, plus haut gradé américain, confiait: «[Les jihadistes] sont un ennemi qui s’adapte et qui sait comment manœuvrer et utiliser les populations et le camouflage […] donc, quand nous avons une cible, nous frappons.»

Y a-t-il une autre option ?

«Les frappes aériennes à elles seules ne vont pas y arriver, ne vont pas apporter une solution et sauver Kobané», a reconnu le contre-amiral américain John Kirby. En début de semaine, les Américains ont commencé à recourir à des hélicoptères de type Apache pour frapper les combattants très mobiles de l’EI. Mais, de l’avis général, seules des troupes au sol seraient à même de repousser et, éventuellement, de venir à bout des jihadistes. Il faudrait des troupes «compétentes», des combattants rebelles en Syrie ou des forces gouvernementales irakiennes préalablement formées, a reconnu John Kirby. Cela prendra du temps. L’ex-patron de la CIA Leon Panetta estime que le combat contre l’Etat islamique pourrait prendre jusqu’à «trente ans». Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, plaide pour une opération terrestre mais, pour l’heure, ses troupes campent à quelques encablures de Kobané, l’arme au pied. (Pour information, article publié dans Libération du 9 octobre 2014)

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PS. Pour Erdogan éviter la formation d’un ensemble géographique libéré kurde en Irak (il existe déjà au nord de l’Irak) et en Syrie est prioritaire sur le combat contre l’EI. En effet, les répercussions en Turquie seraient fortes pour le pouvoir de l’AKP. D’où le statut d’observateur adopté par les forces armées turques à la frontière syro-turque, donc à quelques kilomètres de Kobané. En outre, la répression terrible contre les manifestant·e·s kurdes de Turquie, solidaires de leurs frères de Kobané, a conduit, selon la BBC du 9 juin, à au moins 21 morts et des dizaines d’arrestations. Les données datant du 10 octobre, à 12 heures, indiquent 35 assassinats de militants kurdes par la police du pouvoir turc, donc certains agents frappaient et tiraient en lançant des slogans pro-EI.

Des armes ne sont pas livrées aux combattants kurdes encerclés dans Kobané en grande partie occupée par l’EI. Les Kurdes qui veulent rejoindre leurs frères de lutte en sont empêchés par l’armée turque. Au même moment, le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) – au côté du PYD de Syrie – a démontré sa capacité de combat, alors qu’il est moins armé (et de loin) que les forces de l’EI. – Rédaction A l’Encontre

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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