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novembre 2017

A l'encontre

La Brèche

Nous devons obtenir justice pour Trayvon Martin!

Publié par Alencontre le 27 - mars - 2012

Les parents de Traywon Martin prenant la parole à Stanford, le 26 mars 2012. (Reuters)

Editorial de SocialistWorker (Etats-Unis)

La mobilisation contre l’assassinat de Trayvon Martin, le 26 février 2012, a pris une telle ampleur – et un tel écho médiatique – que Barack Obama a été contraint d’affirmer, enfin: «Je ne peux imaginer ce que traversent les parents.» «Si j’avais un fils, il ressemblerait à Trayvon», a-t-il ajouté.  C’est une des premières fois – ou la première fois – que le premier président noir des Etats-Unis a pris une position un peu tranchée sur le racisme quotidien, dans sa brutalité ordinaire, au sein des Etats-Unis d’aujourd’hui. Le démocrate Jesse Jackson a déclaré, lui, avant la manifestation du lundi 26 mars à Stanford: «Cette affaire met en exergue les profondes inégalités raciales, et pas seulement chez les jeunes, et le délit de faciès qui sont de mise dans ce pays.»

Suite à la déclaration de Barack Obama, l’illuminé intégriste, candidat républicain à la «course présidentielle», Rick Santorum a affirmé: le président «cherche à créer la brouille au sein du pays au lieu de rassembler tout le monde». Newt Gingrich, autre candidat républicain, n’a pas hésité à poser la question: «Est-ce que le président suggère que si c’est un garçon blanc qui avait été tué, l’affaire n’aurait pas été aussi grave parce qu’il ne lui aurait pas ressemblé?» (International Herald Tribune, 26 mars 2012, p.7). Newt Gingrich répond ainsi: «Les paroles prononcées par le président sont scandaleuses».

Lors de la manifestation qui s’est tenue ce 26 mars à Stanford, Joel Escarment, 16 ans, un ami de Trayvon Martin, a expliqué: «Ce qui est arrivé, c’est du racisme, et la seule chose que nous demandons, c’est que justice soit faite, qu’il y ait une enquête et que la loi s’applique.»

Nous publions ci-dessous l’éditorial de la publication SocialistWorker qui replace ce crime racisme dans le contexte  social et idéologique des Etats-Unis et situe la lutte contre le racisme dans une perspective d’ensemble. (Rédaction A l’Encontre)

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Traywon Martin

Trayvon Martin est mort [le 26 février 2012, abattu par George Zimmerman qui effectuait une «ronde de surveillance»  dans une zone résidentielle de Sanford, banlieue d’Orlando, en Floride, un Etat qui dispose d’une loi fort «souple» sur ladite légitime défense, adoptée sous l’impulsion de la NRA : la puissante National Rifle Association] parce qu’il était un jeune homme noir marchant là où quelqu’un pensait qu’il ne devrait pas se trouver. Son histoire accablante est aussi ancienne que celle des Etats-Unis. Elle prouve que le racisme est bel et bien vivant en 2012, alors que le premier président afro-américain siège à la Maison-Blanche.

L’ampleur du choc et de la colère suscitée par ce qui est arrivé à Trayvon ainsi que le début d’une mobilisation de protestation à l’échelle du pays autour de ce cas nous indiquent également quelque chose d’autre: un grand nombre de personnes sont scandalisées par le racisme sous cette forme, ainsi que sous d’autres.

Un même sentiment d’indignation se trouvait au cœur de diverses des plus importantes luttes pour un changement social au cours de l’histoire des Etats-Unis. Des luttes qui ont transformé la société américaine, non seulement pour les Afro-américains, mais pour tout le monde, de telle sorte que souvent des personnes les considèrent comme étant acquises.

Nous tous qui nous préoccupons de créer un monde différent devons faire tout ce que nous pouvons pour que Trayvon obtienne justice: renforcer la colère des personnes suite à sa mort et transformer cette colère en activités de protestation, autant contre son assassin insensé que contre toutes les dimensions du racisme qui ont rendu possible cet acte.

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 Le déroulement du meurtre de Trayvon a fait la une de la presse nationale et internationale au cours de la deuxième semaine du mois de mars. Le 26 février, ce jeune de 17 ans s’est rendu dans un magasin à Sanford, banlieue de la ville d’Orlando dans l’Etat de Floride, pour visiter son père et sa petite amie. Il a traversé, à son retour, le quartier «protégé» [un lotissement dont l’accès est contrôlé] de Retreat à Twin Lakes lorsqu’il a été repéré par George Zimmerman, chef autoproclamé du groupe de surveillance de quartier.

L’appel téléphonique que Zimmerman a fait à la police – dont l’enregistrement n’a été rendu public qu’à la suite d’une montée des pressions – donne froid dans le dos sur la manière dont Trayvon a été victime du «profilage racial» et sur la façon dont il a été traqué. «Ce mec-là ne semble pas net, il trafique avec la drogue ou quelque chose», disait Zimmerman, qui est latino, au téléphoniste de la police. Dans un appel qu’il a fait plus tard, Zimmerman dit que sa victime «semble noire» avant de braver les instructions du téléphoniste qui lui enjoignait de ne pas suivre Trayvon.   

La petite amie de Trayvon a pris la parole cette semaine (20 mars) pour décrire la dernière conversation par téléphone portable qu’elle a eue avec lui après que Zimmerman a commencé à le suivre. «Il a dit que cet homme l’observait, il a alors mis son capuchon sur sa tête.» Cette jeune fille – qui souhaite rester anonyme – a confié cela à des enquêteurs. Elle a déclaré qu’à un certain moment Trayvon s’est éloigné rapidement de Zimmerman, mais que le «surveillant de quartier volontaire» l’a traqué et l’a défié.

La conversation téléphonique s’est brusquement achevée, à peu près au même moment où Zimmerman a abattu Trayvon. Zimmerman affirme qu’ils ont eu une altercation, que Trayvon, qui pèse 45 kilos de moins, l’aurait projeté au sol et qu’il aurait fait feu en état de légitime défense. D’autres appels à la police effectués par des témoins qui ont entendu l’altercation ont déclaré que les appels à l’aide avant le coup de feu mortel venaient de Trayvon et non de Zimmerman.

La police est arrivée quelques minutes plus tard et a trouvé Trayvon mort. Son cadavre a été emmené dans les locaux du service de la médecine légale où il a été enregistré comme personne non identifiée. Il semble que les autorités n’ont jamais tenté d’utiliser le téléphone portable de Trayvon pour tenter de découvrir qui il était. Vingt-quatre heures plus tard, son père appelait encore désespérément la police pour indiquer que son fils avait disparu.

Le mépris des flics à l’égard de Trayvon après son décès contraste avec l’attitude qu’ils ont eue envers Zimmerman. Ce dernier a été relâché après avoir été interrogé, parce que la police a déclaré qu’elle n’avait aucune preuve lui permettant de réfuter les affirmations de Zimmerman selon lesquelles il aurait agi en état de légitime défense.

George Zimmerman n’a, jusqu’à aujourd’hui [21 mars 2012], pas passé une seule minute en garde à vue [1]. Imaginons que les rôles soient inversés, que cela ait été un jeune adolescent noir, pas du coin, qui aurait admis avoir tiré en état de légitime défense sur un surveillant volontaire de quartier. Quelqu’un pourrait-il sérieusement envisager, dans ce cas de figure, que Trayvon ne serait pas en prison, en ce moment précis?

Le meurtre de Trayvon n’est pas une exception. Alors que sa mort en février a reçu, pas à pas, une attention médiatique croissante au cours du mois suivant, l’assassinat de Dane Scott Jr la semaine dernière à Del City, dans l’Etat d’Oklahoma, est passé presque inaperçu en dehors de la rubrique des récits de «crimes» de routine dans les médias locaux.

Scott, qui était âgé de 18 ans, soit une année de plus que Trayvon, a été tué après qu’un banal contrôle de la circulation se fut transformé en une course-poursuite qui s’est achevée par un accident. La police a déclaré que Scott était armé lorsqu’il est sorti de la voiture et qu’il a été tué pendant une «bagarre». L’adolescent a toutefois été tué dans le dos et un témoin a déclaré qu’il était en train de s’enfuir loin des policiers, les mains en l’air, lorsque ces derniers ont fait feu. «Quatre, cinq, six» tirs a déclaré un employé d’une épicerie proche. «C’était comme sur un champ de tir.» Même les services du médecin légiste ont déclaré que la mort de Scott était un homicide.  

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Les lecteurs et lectrices de SocialistWorker.org peuvent connaître de nombreux autres exemples d’abus et de violence policière contre les Noirs, parce qu’ils ont lieu chaque jour dans chaque ville des Etats-Unis.  

Un exemple de cette sinistre histoire s’est passé à New York par l’horrible meurtre, le 3 février 2012, de Ramarley Graham, un autre jeune de 18 ans, qui a été tué dans la salle de bains de son domicile en présence de sa grand-mère et de son frère, âgé de 6 ans. Une autre partie de cette histoire quotidienne réside dans le harcèlement dont sont l’objet des centaines et des centaines d’Afro-américains en vertu de la politique «stop-and-frisk» [d’interpellation et de fouille au corps] de la police de New York – un prétexte à peine dissimulé de contrôles racistes au faciès – qui affecte principalement des Noirs et des Latinos.

L’attitude des policiers n’est, bien entendu, qu’un aspect d’un système criminel d’injustices infesté par le racisme à tous les niveaux. Les Etats-Unis sont les plus grands geôliers du monde. Ils détiennent la plus grande population carcérale – proportionnellement et en chiffres absolus – du monde. Le nombre d’Afro-américains incarcérés constitue le scandale au sein de ce scandale. Selon les statistiques fédérales, 2,3 millions de personnes étaient détenues dans des prisons ou des centres de détention locales, étatiques ou fédérales. Plus de 900’000 d’entre elles sont des Noirs. Soit 40% du nombre de personnes emprisonnées, une proportion qui est plus de trois fois supérieure à celle de la population afro-américaine dans la population totale.

Le système judiciaire américain est une machine à maltraiter les Noirs, particulièrement les jeunes hommes noirs. Selon The Sentencing Project [association basée à Washington qui promeut des «alternatives plus efficaces et plus humaines» aux peines de prison; cette association produit des rapports réguliers sur les inégalités du système pénal américain], les Afro-américains, qui représentent 13% de la population et 14% des consommateurs de drogues, constituent, selon les enquêtes, 37% des personnes arrêtées pour possession de drogues et 56% des personnes incarcérées dans des prisons d’Etat pour des infractions à la législation sur les drogues.

En raison de ces disparités, le gouvernement fédéral a calculé qu’un homme noir, né en 2001, avait une «chance» sur trois de se retrouver en prison au cours de sa vie, alors qu’un homme blanc aurait une «chance» sur 17.

Au même titre que les pratiques de harcèlement policier, ces statistiques ne peuvent pas s’expliquer autrement que par le fait que le racisme est omniprésent et systématique dans la société américaine; quelque chose qui se reflète dans tous les aspects de la vie des Afro-américains.

Les Afro-américains ont une probabilité supérieure de vivre dans la pauvreté: 27,4% des Noirs sont pauvres selon les données 2010 du Bureau fédéral du recensement, chiffre à mettre en rapport avec la part de l’ensemble des pauvres: 15,1%. Que cela soit en période de bonne ou de mauvaise conjoncture économique, le taux de chômage des Noirs est plus ou moins le double de celui des Blancs. En février, le taux officiel (et largement sous-estimé) des chômeurs s’élevait à 14,1% pour les Noirs. Il faut le comparer à celui de 7,3% pour les Blancs. Sous tous ses aspects, les Afro-américains reçoivent une éducation plus mauvaise dans les écoles publiques: depuis le nombre de suspensions en passant par les mesures de discipline ou par leur intégration dans des programmes «accélérés» (raccourcis) pour obtenir un diplôme.

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Une fois encore, ces statistiques sembleront familières pour de nombreux lecteurs et lectrices, mais elles méritent d’être répétées depuis que le «sens commun» médiatique après l’élection de Barak Obama veut que nous vivions dans une Amérique «post-raciale».

Manifestation devant le Tribunal à Stanford (Floride).

Cela a toujours été un mythe, promu principalement par la droite. Mais il est exact que les conditions dans lesquelles vivent aujourd’hui les Afro-américains tranchent avec les espoirs et les sentiments de millions de personnes lorsqu’Obama est entré en fonction: la fierté, et pas uniquement parmi les Afro-américains, qu’un pays fondé sur l’esclavage ait élu son premier président noir ainsi que l’espérance que la vie irait mieux dans la société américaine pour ceux qui ne possèdent rien.

Les tristes faits prouvent que la vie ne s’est pas améliorée et que le racisme persiste même dans de façon plus aiguë, alors que la Grande Récession (déclenchée en 2007-2008) a frappé plus fortement et de manière disproportionnelle les rangs de la classe laborieuse afro-américaine.

Obama a prouvé, en outre, depuis qu’il a pris ses fonctions, qu’il n’est pas intéressé à lutter contre le racisme. Il a évité, malgré le fait que la crise ne cesse de s’aggraver pour les membres de la «communauté noire», chaque opportunité de promouvoir des programmes qui auraient procuré une aide spécifique pour les Afro-américains. Il ne s’est généralement pas défendu contre les sales attaques racistes dont il est l’objet de la part de ses opposants républicains, il s’est encore moins dressé contre la droite lorsqu’elle crache sa haine des Noirs et, plus généralement, répand ses stéréotypes à leur sujet.

Ce cas nous enseigne quelque chose d’important au sujet du racisme et sur la manière de lutter contre. La discrimination systématique contre les Afro-américains ne pourra pas être changée par des actions symboliques ou une meilleure éducation ou au travers du système judiciaire.

Le racisme est intégré au capitalisme comme l’un des moyens principaux permettant à une minorité au sommet de la société de maintenir sa domination. Ainsi que l’a dit l’abolitionniste noir Frederick Douglass [1818-1895], les maîtres de la société «assurent leur ascendance autant sur les pauvres blancs que sur les Noirs en suscitant l’hostilité entre eux. Ils les divisent en deux pour pouvoir les dominer les deux.» 

La partie économique du racisme remonte aux premiers jours du capitalisme lorsque les premières grandes fortunes de la bourgeoisie s’établirent sur le travail esclave des Noirs dans le Sud des Etats-Unis, où était produit le coton qui a alimenté la Révolution industrielle. L’idéologie du racisme était nécessaire pour justifier l’esclavage. Un crime qui était, selon les mots du marxiste C.L.R. James [1901-1989, origine des Antilles, auteur du célèbre ouvrage Les Jacobins noirs], «si choquant […] que la seule justification par laquelle l’humanité pouvait y faire face était de diviser les gens en races et de décider que les Africains étaient une race inférieure».

Le capitalisme a atteint un développement qui ne nécessite plus le recours à l’esclavage, mais a besoin de l’idéologie du racisme. Le racisme a, en effet, été continuellement adapté pour remplir la même fonction: justifier, à la fois, qu’une partie de la classe laborieuse soit maintenue dans des conditions d’existence lamentables et que les travailleurs, divisés, soient incapables de s’unifier contre ceux qui les dominaient.

Aujourd’hui, la course, qui donne la chair de poule, à la nomination du candidat républicain pour l’élection présidentielle montre en permanence à quel point un racisme ouvert est encore toléré dans la politique des Etats-Unis: de Newt Gingrich appelant Obama le «président des bons alimentaires» [allusion biaisée à l’aide alimentaire aux couches noires paupérisées, indépendamment du fait que les Blancs pauvres sont, en nombre absolu, plus nombreux à les recevoir] à Rick Santorum disant qu’il ne veut pas «faire en sorte que les personnes noires vivent mieux en leur donnant de l’argent de quelqu’un d’autre».

Le but des républicains n’est pas seulement d’attiser la base du parti contre Obama mais également d’invoquer les stéréotypes racistes utilisés par les politiciens des deux partis pour justifier leurs attaques contre les programmes gouvernementaux [d’assistance sociale]. Ronald Reagan a accéléré la guerre contre les pauvres au cours des années 1980 par des déclarations fallacieuses au sujet des «welfare queens», des reines noires ayant la belle vie grâce aux «programmes gouvernementaux généreux». Gingrich et Santorum – ainsi que les démocrates qui utilisent les mêmes arguments, mais de façon plus prudente, en parlant de la «responsabilité individuelle» – suivent cette tradition-là.

Même le fanatisme d’un surveillant de quartier volontaire doit être regardé comme étant le produit d’un système qui bénéficie de la «démonisation»  des Afro-américains.

Ainsi que l’affirme Michelle Alexander [2], auteur de l’ouvrage The New Jim Crow [Jim Crow est le terme générique qui désignait la ségrégation raciale, dans toutes ses dimensions, dans le Sud des Etats-Unis], le racisme s’est déplacé – particulièrement après l’époque du mouvement des droits civiques [qui s’étend, de fait, de l’immédiat après-guerre au tout début des années 1970] – de l’ affirmation selon laquelle les Noirs étaient inférieurs à l’affirmation renouvelée du stéréotype de la criminalité, particulièrement pour les jeunes hommes afro-américains. Cela justifie, pour une part, la construction d’un appareil d’Etat qui peut se tourner non seulement contre les minorités persécutées, mais également contre quiconque s’oppose au statu quo. En outre, logiquement, l’hystérie sécuritaire demeure un moyen efficace pour dresser les travailleurs les uns contre les autres.

Le racisme est intégré dans le tissu du capitalisme. S’opposer au premier ne peut ainsi s’arrêter aux idées racistes, bien qu’il soit important de lutter contre ces idées à chaque fois qu’elles apparaissent. Le racisme doit être affronté au travers de luttes. La construction de boucs émissaires doit être affrontée par un esprit de solidarité, dans le but de construire un mouvement pluriracial de la classe laborieuse fondé sur la défense des revendications de tous les opprimé·e·s et de tous les exploité·e·s.

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C’est pourquoi la lutte des Afro-américains contre le racisme et pour la libération a toujours été une question décisive pour la gauche aux Etats-Unis.

L’immense richesse du capitalisme américain ainsi que la puissance de son Etat étaient fondées sur le travail esclave ainsi que sur l’idéologie du racisme qui demeure essentielle pour la classe dominante américaine depuis lors. Chaque exemple de résistance afro-américaine, qu’elle qu’en soit l’ampleur, a donc représenté un défi mettant en cause le système.

Lorsque cette résistance a été victorieuse – de l’abolition de l’esclavage au XIXe siècle au renversement des lois Jim Crow de ségrégation au XXe siècle –, elle a débouché sur le point le plus élevé des luttes pour la liberté et pour la libération aux Etats-Unis. En outre, les actions des personnes se dressant contre le racisme – qu’elles aient été menées par des Noirs seulement ou au cours d’une lutte multiraciale – ont encore et toujours procuré un exemple qui a inspiré d’autres pour s’engager dans la lutte.

Le mouvement abolitionniste au cours du XIXe siècle – qui comptait de nombreux anciens esclaves, comme Frederick Douglass parmi ses dirigeants – a non seulement contribué à transformer la société américaine en renversant l’oligarchie esclavagiste du Sud, mais ses activistes ont continué à jouer un rôle important dans d’autres luttes, comme la lutte pour les droits des femmes et dans le mouvement des travailleurs et travailleuses.

Un siècle plus tard, le mouvement des droits civiques puis le mouvement du Black Power a inspiré directement des protestations et des luttes dans l’ensemble de la société américaine. La première manifestation contre la guerre impérialiste des Etats-Unis au Vietnam [en 1964 à New York, Seattle, San Francisco, Madison – la chanteuse Joan Baez en décembre 1964 «anime» une manifestation de quelques centaines de personnes à San Francisco] a été organisée par des activistes aguerris au cours du mouvement des droits civils.

Il y a une raison à l’origine de ce croisement dans l’histoire des résistances aux Etats-Unis. La tentative de dénouer une injustice dans une société capitaliste, où l’exploitation et l’oppression sous leurs formes les plus diverses sont liées, conduit inévitablement à tirer sur les fils d’autres injustices.

La lutte contre le racisme n’est pas seulement une obligation morale urgente pour quiconque hait le fanatisme. Cela constitue également une partie essentielle d’une lutte plus large. C’est la raison pour laquelle les socialistes et les radicaux doivent répondre à chaque acte de haine et de fanatisme de toutes les manières possibles et doivent placer cette lutte contre le racisme au centre de tous les efforts pour le changement. (Traduction A l’encontre)

 

[1] Le lundi 26 mars 2012, lors de la manifestation qui s’est tenue à Stanford, Rashad Robinson, président de ColorOfChange, une organisation de défense des Noirs américains, a déclaré: «Nous espérons avec le soutien massif reçu pouvoir réclamer justice et demander l’arrestation de George Zimmerman.» Le ministère américain de la Justice, le procureur du district central de Floride et le FBI ont ouvert une enquête. Un grand jury (chambre d’accusation) doit se réunir le 10 avril 2012 pour décider si les charges sont suffisantes pour poursuivre George Zimmerman! Il faut encore noter que la loi sur ladite légitime défense, adoptée dans l’Etat de Floride, en 2005, sous le mandat du gouverneur Jeb Bush, frère de G. W. Bush, est qualifiée par des partisans de la loi «Défendez-vous» et par les opposants de la loi: «Tirez d’abord». Jeb Bush vient de déclarer que cette loi ne pouvait s’appliquer dans cette «affaire», car elle n’était pas faite «pour qu’ils [ceux armés] se mettent à poursuivre quelqu’un qui leur a tourné le dos». (Réd.)

[2] Michelle Alexander, The New Jim Crow. The Mass Incarceration in the Age of Colorblindness, New Press, Paperback, janvier 2012. (Réd.)

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Ce texte est l’éditorial du 21 mars 2012 du SocialistWorker.

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