samedi
25
mai 2019

A l'encontre

La Brèche


John Bolton [1], conseiller à la Maison-Blanche pour la sécurité nationale, et Steven Mnuchin [2], secrétaire au Trésor (AFP)

Par Infobae

Le gouvernement de Donald Trump a annoncé qu’il transférera le contrôle des comptes de la société d’État (PDVSA) en territoire américain à l’opposant Juan Guaidó, qui a «prêté serment» comme président ad interim le 23 janvier.

Les États-Unis ont imposé des sanctions à la compagnie pétrolière d’État vénézuélienne PDVSA, augmentant la pression sur le régime de Nicolás Maduro, qui n’est plus considéré par l’opposition [réunie derrière Juan Guaidó, ce qui ne supprime pas ses différences internes] ainsi que par Washington et la plupart des pays américains et européens.

La mesure ordonne le blocage de 7 milliards de dollars d’actifs de PDVSA aux Etats-Unis. Les autorités américaines ont annoncé que les mesures entraîneront des pertes supplémentaires de 11 milliards de dollars pour la compagnie pétrolière au cours de la prochaine année [PDVSA possède un réseau de distribution aux Etats-Unis – voir ci-dessous – et, de plus, des compagnies américaines disposent encore de patentes avec royalties pour des techniques de raffinage d’un pétrole très lourd, mais vendu à bon prix, bien que supérieur à celui «vendu» à la Chine, en fait pour service de la dette. Réd.].

«Les États-Unis ont adopté les mesures nécessaires pour empêcher l’ancien régime illégitime de Maduro de continuer à piller les biens et les ressources naturelles du Venezuela», a déclaré le secrétaire d’État Mike Pompeo. «Maduro et ses collaborateurs ont utilisé l’entreprise publique PDVSA pour contrôler, manipuler et voler le peuple vénézuélien pendant trop longtemps et, ce faisant, l’ont détruit», a-t-il poursuivi.

[Peut-on croire une demi-seconde que Mike Pompeo, dans sa «charité écologique», réponde à ce dicton: «La charité ne connaît pas d’arrière-pensée.» Lui: qui participe activement à une administration saccageant, sous toutes les formes possibles, l’environnement – pour faire «simple» – aux Etats-Unis et ailleurs; qui garde un œil suspicieux sur les détenteurs réels des ressources pétrolières en Irak et dans toute la région; qui est intéressé en priorité à faire obstacle à la Chine sur l’accès aux ressources du Venezuela, cette Chine l’ennemi potentiel numéro un dans les affrontements interimpérialistes. Voir à ce propos la procédure engagée hier contre le chinois Huawei, vu les craintes que cette entreprise – certes liée à l’Etat du PCC – entre sur le marché états-unien de la transmission G5, avec le potentiel de «hacking» que cela comporte. Pompeo n’a jamais été agent de la CIA en Irak lors de la guerre, comme il l’a fait croire dans une biographie (rectifiée dernièrement) marquée par des arrière-pensées politiques. Une infox, comme on dit en français. Ce qui n’implique pas que la gestion pétrolière de PDVSA ne soit pas désastreuse (y compris avant Maduro) et ne cesse de se péjorer, comme tous les experts techniques l’ont démontré, entre autres ceux qui avaient, par ailleurs, avantage à ce que «cela marche», C-A Udry, Réd A l’Encontre]

Le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a toutefois déclaré que la filiale américaine de PDVSA, Citgo [cette société raffine, transporte et distribue l’essence aux Etats-Unis. Dans le tour de table, le gouvernement du Venezuela est majoritaire. L’homme de Wall Street – S. Mnuchin – ne veut pas une hausse du prix de l’essence aux Etats-Unis et surtout veut que la tirelire de Guaidó se remplisse, ce qui fait partie de l’opération impérialiste pour remplir les caisses qui peuvent servir à acheter un secteur de militaires et financer diverses opérations, dans le futur – Réd.] pourra poursuivre ses activités, à condition que ses bénéfices soient déposés sur un compte bloqué en territoire américain afin qu’il puisse être contrôlé par l’Assemblée nationale [l’AN dont Guaidó avait été président depuis le 5 janvier 2019].

«La désignation de PDVSA aidera à prévenir de futurs détournements d’actifs vénézuéliens par Maduro et à maintenir ces actifs pour le peuple vénézuélien», a expliqué Mnuchin. Et il a averti: «Le moyen d’atténuer ces sanctions est le transfert rapide du contrôle au président intérimaire ou à un gouvernement ultérieur démocratiquement élu.»

Le secrétaire au Trésor a fait de plus remarquer qu’«avec effet immédiat, pour tout achat de pétrole vénézuélien, l’argent devra aller sur des comptes bloqués». PDVSA est la plus grande entreprise du Venezuela, responsable de plus de 90 % de ses revenus à l’exportation.

«La mesure prise aujourd’hui empêchera Maduro et d’autres acteurs corrompus de continuer à s’enrichir aux dépens du peuple vénézuélien qui souffre depuis longtemps. Elle préservera également la base fondamentale des atouts nationaux du Venezuela pour le peuple et un gouvernement démocratiquement élu», a déclaré M. Pompeo. «Ces nouvelles sanctions ne visent pas le peuple vénézuélien innocent et n’interdiront pas l’aide humanitaire, y compris la fourniture de médicaments et de dispositifs médicaux dont il a désespérément besoin, après des années de destruction économique sous le régime Maduro.» [Les interventions impérialistes directes à but humanitaire se sont quasiment toutes terminées par la phrase biblique, reprise par de nombreux dictateurs: «Effacer l’humanité ennemie de la terre» – Réd.]

De cette façon, les États-Unis maintiennent les achats de pétrole vénézuélien, dont ils sont l’un des principaux bénéficiaires, mais les fonds en résultant seront contrôlés par Guaidó, reconnu par Washington comme président intérimaire du Venezuela à la place de Maduro.

«Nous avons continué à dénoncer la corruption de Maduro et de ses amis, et la mesure d’aujourd’hui fait en sorte qu’ils ne puissent plus piller les biens du peuple vénézuélien», a déclaré John Bolton, conseiller à la Maison-Blanche pour la sécurité nationale.

(Traduction: Aujourd’hui, les États-Unis ont déterminé que les personnes opérant dans le secteur pétrolier du Venezuela pourraient faire l’objet de sanctions [loi états-unienne avec pouvoir d’extraterritorialité, utilisé contre Cuba, l’Iran, etc. – Réd.]. PDVSA a été sanctionné. Ces actions empêchent le régime de Maduro de piller davantage les biens et les ressources naturelles du Venezuela. # We’re unitedVE)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques minutes plus tôt, l’opposant Juan Guaidó avait annoncé qu’il prenait le contrôle des avoirs du Venezuela à l’étranger [donc sous la houlette «juridique» des Etats-Unis : c’est-à-dire un coup d’Etat financier impérialiste, fort efficace – Réd.] pour empêcher Maduro d’anéantir les ressources dans une éventuelle sortie du pouvoir. «A partir de ce moment, nous commençons à prendre le contrôle progressif et ordonné des biens de notre République à l’étranger, afin d’empêcher que l’usurpateur et sa bande cherchent à “gratter les sommes existantes” alors qu’ils sont dans une phase de sortie (…)», a-t-il dit dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux.

En plus d’annoncer les sanctions, Bolton a exhorté l’armée vénézuélienne à «accepter pacifiquement» la sortie du pouvoir de Nicolas Maduro. Il a réitéré que «toutes les options» sont sur la table lorsqu’il s’agit d’une éventuelle intervention militaire. «Nous demandons à l’armée et aux forces de sécurité vénézuéliennes d’accepter la transition pacifique, démocratique et constitutionnelle du pouvoir», a-t-il insisté. (Publié par Infobae, 28 janvier 2019; traduction A l’Encontre)

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[1] John R. Bolton (1948), républicain, a été nommé par G.W. Bush ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU. Il est consultant du groupe Freedom Capital Investment Managment, commentateur de la chaîne «d’information» Fox New Channel, la chaîne ultra-réactionnaire préférée de Trump. Il est membre de toutes les officines les plus «conservatrices» telles que The Jewish Institue for national Security(JINSA), la NRA (Nationale Rifle Organisation). Il milita pour la suppression de l’accord avec l’Iran et proposa le retrait des Etats-Unis, comme premier pas. Un «américain néoconservateur». Bolton dit simplement «pro-American» comme un intégriste. Il est membre du Conseil national de Sécurité nommé par Trump en avril 2018. (Réd. A l’Encontre)

[2] Steven Terner Mnuchin (1962), secrétaire au Trésor, a été un producteur de films (sic) et gérant de fonds d’investissement. Durant 17 ans il a travaillé pour Goldman Sachs. Lors de la crise des subprimes il a acheté pour rien la firme en faillite IndyMac et en a changé le nom, car sa réputation avait l’odeur de Dodo La Saumure, l’ami du «socialiste» Dominique Strauss-Kahn. En février 20917, il est nommé par Trump à une place importante: le Trésor. Il utilise les avions de la présidence. Il a joué un rôle clé pour défiscaliser les très riches, pour déréguler Wall Street. Jared Kushner, le beau-fils de Trump, lui est reconnaissant de sa politique fiscale, voir l’article d’Haaretz, 13 octobre 2018. (Réd. A l’Encontre)

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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