dimanche
30
avril 2017

A l'encontre

La Brèche

Manifestation à New York ce 29 novembre

Manifestation à New York ce 29 novembre

Par Elizabeth Schulte

Les travailleurs à bas salaire et leurs supporters dans quelque 340 villes prévoient de participer, ce 29 novembre, aux manifestations, à des actions de désobéissance civile et, dans certains endroits, à des grèves afin de renforcer l’écho de leurs revendications portant sur l’instauration d’un salaire minimum de 15 dollars l’heure et sur l’extension de l’action syndicale – marquant le quatrième anniversaire de la campagne Fight for 15 [un mouvement qui commença à New York, lancé par quelques centaines de travailleurs de la restauration rapide; il existe aujourd’hui dans de très nombreuses villes et s’est étendu à d’autres secteurs].

Les travailleurs et travailleuses à bas salaire dans le commerce de détail, la restauration rapide et les soins de santé, entre autres, se joignent à la «Journée de perturbation». Dans de nombreuses villes, le mouvement Fight for 15 organisera des rassemblements devant les McDonald’s. En effet, cette chaîne de restauration se refuse depuis longtemps à payer plus que le strict minimum salarial ou même moins [à l’échelle fédérale, le salaire minimum horaire est fixé depuis juillet 2016 à 7.25 dollars; 29 Etats ont un salaire minimum plus élevé que cette norme fédérale].

Cette année, le Fight for 15 met l’accent sur un salaire minimum permettant de répondre aux besoins considérés comme élémentaires et sur une syndicalisation pour les salarié·e·s des aéroports. Ainsi, dans 19 aéroports, les nettoyeurs et nettoyeuses de cabines d’avion, les manutentionnaires de bagages, les préposés à des tâches d’entretien, les aides pour le déplacement de personnes handicapées, etc. vont rejoindre les salarié·e·s de la restauration rapide et les autres travailleurs aéroportuaires qui font la grève afin de mettre en relief la détérioration des conditions d’emploi dans un secteur qui, par le passé, était fortement syndiqué et assurait des conditions salariales «décentes».

Aujourd’hui, environ 42% des travailleurs aéroportuaires vivent au-dessous du seuil de pauvreté, et quatre sur dix reconnaissent qu’ils ont faim ou doivent sauter un repas pour des raisons d’insuffisance salariale, selon une enquête du syndicat SEIU (Service Employees International Union). Cela alors que les profits des compagnies aériennes n’ont cessé de croître au cours des dernières années [selon l’Association du transport aérien international, en 2016, les compagnies américaines prévoient de dégager un bénéfice cumulé de 22,9 milliards de dollars, taux supérieur aux compagnies européennes].

A Chicago, environ 500 travailleurs et travailleuses de l’aéroport international O’Hare, appuyés par le SEIU, bien qu’ils ne soient sont pas encore membres du syndicat, ont voté en faveur de la grève. Initialement, ils avaient l’intention d’entrer en grève pendant le week-end de Thanksgiving les 26-27 novembre, mais ils ont reporté la date au 29 novembre. [Selon la presse des Etats-Unis en date du 29 novembre, des chauffeurs d’Uber ont rejoint les mobilisations pour un salaire minimum de 15 dollars.]

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Kisha Rivera, mère de quatre enfants, âgée de 41 ans, essaie de nourrir sa famille avec les 10,50 dollars de l’heure qu’elle gagne, en travaillant à plein temps comme nettoyeuse des cabines d’avion, pour le sous-traitant Scrub [1]. Avec ce salaire pitoyable, elle ne reçoit ni prestations de santé ni jours de congé payés. Elle doit compter sur l’assistance publique pour joindre les deux bouts.

Mais ce ne sont pas ses seules préoccupations. Elle dit qu’elle et ses collègues ne sont souvent pas correctement formés ou équipés pour le travail qu’ils font. «Nous sommes malades de réclamer, nous en avons assez d’être réprimandés, et nous sommes prêts à entrer en grève», a déclaré Kisha Rivera lors d’une conférence de presse à la mi-novembre.

Dans de nombreux endroits, les manifestants prévoient de soulever d’autres problèmes qui concernent aussi les travailleurs à bas salaire: le racisme et la brutalité de la police, le harcèlement sexuel au travail et la menace d’expulsion pour les travailleurs sans papiers.

Ces revendications sont essentielles car il s’agit de prendre en compte ces questions qui peuvent potentiellement diviser et affaiblir un tel mouvement – et elles sont encore plus importantes quand nous prenons en considération les thèmes mis en avant par Donald Trump.

Les républicains préparent une liste de lois favorables aux entreprises, stimulés qu’ils sont par la victoire de Trump et leur représentation au Congrès.

Parmi les mesures que les républicains vont probablement prendre, une ressort : la suppression de l’ordonnance prise par Obama d’augmenter le salaire minimum horaire à 10,10 dollars pour les entreprises passant des contrats avec le gouvernement fédéral. Ils considèrent cette modeste augmentation comme une menace pour la rentabilité des entreprises. Le salaire minimum fédéral n’est toujours que de 7.25 dollars l’heure.

Les républicains du Congrès veulent mettre y compris les syndicats sur le billot dans leur plan d’introduire une législation anti-syndicale à l’échelle nationale, intitulée: «droit au travail». S’ils ne peuvent faire passer une telle loi à l’échelle nationale, des législateurs républicains attendent dans les coulisses pour faire passer une telle loi au moyen de la législation d’Etats tels que le Missouri.

Face à la perspective de telles batailles à venir, les salarié·e·s ont devant eux de nombreux combats. La bataille pour raviver le Fight for 15 constitue un bon point de départ. Parce que s’il y a quelque chose que nous devrions savoir à propos de Donald Trump, c’est que sa priorité est de répondre aux exigences du patronat – il ne va pas faire la moindre concession aux travailleurs et travailleuses, pour obtenir quelque chose ceux-ci devront se battre.

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Lorsque la campagne a débuté il y a quatre ans, le salaire minimum de 15 dollars l’heure a été ridiculisé parce que trop élevé et mettant prétendument «en danger» les entreprises qui cesseraient leurs activités si elles étaient obligées de payer un tel salaire minimum.

Mais, lorsque les travailleurs et travailleuses à bas salaire sont sortis de l’ombre et sont descendus dans la rue, racontant ce que signifie concrètement de vivre avec leur salaire minimum, ils ont découvert qu’ils étaient beaucoup plus nombreux à connaître les mêmes conditions et à vouloir lutter – et encore plus ils ont constaté que nombreux étaient ceux et celles qui voulaient les appuyer dans leur lutte. Ainsi, le mouvement Fight for 15 a transformé la revendication d’un salaire minimum de 15 dollars l’heure en une revendication populaire et possible à faire aboutir.

Mais comme les élections présidentielle et législatives de 2016 ont ces derniers mois mis entre parenthèses cette perspective, il devenait de plus en plus difficile de retenir l’actualité de cette mobilisation. Le salaire minimum a été rarement mentionné par Clinton ou Trump. Plutôt que de renforcer les motivations pour un salaire minimum décent, la candidate démocrate a abaissé la barre.

Bernie Sanders avait introduit la lutte pour cette revendication lors des primaires démocrates, mais Hillary Clinton a affirmé qu’elle préférait une approche beaucoup plus lente, plus progressive. Elle a tenté de rendre la perspective défendue par Sanders comme relevant d’un ressembler à une chimère.

H. Clinton n’a jamais réellement soutenu un salaire minimum de 15 dollars l’heure. Ce qu’elle a fait comprendre à la Corporate America, tout en essayant de prétendre qu’elle était une alliée dans cette lutte.

Selon les courriels échangés entre les membres de son staff de campagne – courriels dévoilés par WikiLeaks –, il ressort que Clinton a cherché des voies pour apparaître «soutenir» le mouvement pour un salaire minimum, mais sans soutenir l’objectif d’un salaire minimum de 15 dollars. Un haut responsable du staff posait la question: «Pouvons-nous faire quelque chose de créatif pour soutenir ce mouvement, mais sans préciser un chiffre?»

Malgré l’affaiblissement de cet objectif lors de l’élection présidentielle, des millions de salarié·e·s peuvent encore être organisés pour une revendication plus ferme.

Ainsi, au cours des élections de novembre, les propositions portant sur un salaire minimum dans divers Etats ont démontré que cette revendication était encore très populaire parmi les travailleurs. Ainsi, les électeurs du Colorado, de l’Arizona et du Maine ont approuvé des hausses du salaire minimum à hauteur de 12 dollars l’heure d’ici à 2020; certes, ce n’est pas le montant que les militants du mouvement mettent en avant, mais c’est un pas dans cette direction. L’Etat de Washington a augmenté le salaire minimum à hauteur de 13,50 dollars l’heure d’ici à 2020.

L’une des leçons les plus importantes tirées de cette élection provient du fait que des travailleurs et travailleuses à bas salaires se sont engagés pour le Fight for 15 et un renforcement du syndicat bien avant que la course présidentielle ait attiré sur elle toute la lumière des projecteurs. La Corporate America peut payer les travailleurs au moins 15 dollars de l’heure. Nous devons construire un mouvement assez fort pour qu’elle soit contrainte de le faire. (Article publié sur le site socialistworker.org le 29 novembre 2016; traduction A l’Encontre

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[1] Scrub est spécialisée dans le nettoyage des cabines d’avion, des avions, l’entretien des pistes, des bureaux, des hangars des aéroports, etc. Cette firme intervient aussi dans d’autres secteurs tels que les hôtels, les hôpitaux, etc. (Réd. A l’Encontre)

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Philippe Poutou et son message lors des 15 minutes avec les 11 candidats sur France 2, le 20 avril 2017


Présidentielle : revivez le passage de Philippe Poutou dans "15 minutes pour convaincre" sur France 2

Parmi les divers thèmes abordés dans sa campagne, le chômage a une place importante. Le chômage est d'abord une arme – ils ne sont pas désarmés – par les employeurs afin de faire accepter plus facilement des conditions de travail épuisantes, dégradées et des salaires de survie. Car, si «cela ne vous convient pas, il y en a dix qui attendent devant la porte».

Le chômage est aussi un coût qui pèse sur celles et ceux qui le subissent, et aussi bien directement qu'indirectement sur leur famille. Tensions, stress accru, dégradation de la santé physique et psychique. C'est inacceptable.

Michel Husson affirme: «La réduction du temps de travail permet la création d'emplois. Mais la condition essentielle est le contrôle des travailleurs et travailleuses sur la réalité des créations d'emplois. Ce sont eux qui doivent décider collectivement de la meilleure manière de combiner les formes possibles de réduction du temps de travail, de manière à prendre en compte les aspirations différenciées de salarié·e.s: réduction quotidienne (tant d'heures par jour); hebdomadaire (par exemple 4 jours), annuelle (journée RTT), pluriannuelle (année sabbatique).»

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