mardi
12
novembre 2019

A l'encontre

La Brèche

Par Chris Brooks

Le 31e jour de la plus longue grève de l’automobile en 50 ans, General Motors et la direction de l’UAW (United Auto Workers) ont annoncé un accord de principe. [Toutefois les grévistes maintiendront leur mouvement pendant au moins une semaine jusqu’à ce qu’ils votent sur le contrat provisoire, selon le Washington Post du 18 octobre 2019. Le nombre de grévistes est estimé à 49’000 et les pertes déclarées par la direction de GM s’élèveraient à 2 milliards de dollars.]

Le Conseil de GM de l’UAW, composé de représentants de chaque section locale de GM, se réunira demain. Si l’accord est approuvé, comme prévu, il sera soumis aux grévistes pour un vote de ratification.

Le Conseil décidera également si les travailleurs resteront en grève pendant le vote ou s’ils retourneront immédiatement au travail, comme le syndicat l’a fait dans le passé [de fait, la décision a été maintenir les piquets de grève].

Aucun détail sur l’accord n’a été fourni, mais les travailleurs de base sur les piquets de grève ont clairement indiqué que leur principale priorité est d’abolir le système de salaires par palier [des travailleurs reçoivent un salaire inférieur à d’autres sur la base soit de la productivité, soit du «mérite», dans le but de diviser et de ne pas augmenter la masse salariale] qui a divisé la main-d’œuvre du secteur de l’automobile. Le système par palier a laissé des milliers de travailleurs de l’automobile qui occupent les mêmes emplois que les membres du syndicat dans le passé avec un salaire beaucoup moins élevé et avec moins d’avantages, s’il y en a.

Voici quelques-unes des façons dont la main-d’œuvre de GM a été divisée.

Des emplois externalisés

De nombreux emplois en dehors de la chaîne de montage, comme la conciergerie et la logistique, autrefois attribués à des travailleurs de longue date, sont maintenant sous-traités à d’autres entreprises qui paient beaucoup moins de salaire.

Dans la plus grande usine de GM en Amérique du Nord, à Spring Hill, au Tennessee, le syndicat UAW est reconnu dans l’usine, mais seulement 3600 travailleurs sur le total de 5200 sont directement employés par GM. Les 1600 autres sont employés par des «fournisseurs partenaires» qui travaillent sur place. Bon nombre de ces employés, comme les 850 travailleurs d’Aramark qui sont actuellement en grève dans cinq usines de GM au Michigan et en Ohio, gagnent aussi peu que 15 dollars l’heure.

«Si nous avions notre mot à dire, nous aimerions que nos emplois de “partenaires” aient le même statut que celui des travailleurs sous contrat avec GM», a déclaré Mike Herron, président de la section locale 1853 de l’UAW. «Historiquement,[ces emplois] sont allés à des travailleurs d’ancienneté élevée parce qu’ils étaient moins ereintants que sur la chaîne de montage.»

Il n’y a pas de perspective dans le contrat accepté par la direction de l’UAW que les travailleurs en situation de sous-traitance soient embauchés par GM.

Les travailleurs intérimaires

Les travailleurs temporaires constituent un problème majeur chez General Motors. Ils effectuent le même travail que les travailleurs de niveau 2 et de niveau 1, mais bénéficient d’un taux salarial horaire inférieur et de prestations de santé moins élevées. Ils ne bénéficient que de trois jours de congé par an non rémunérés et ne reçoivent aucune participation sur les bénéfices. Les travailleurs des niveaux 2 et 1 reçoivent généralement environ 1000 dollars pour chaque milliard de dollars de bénéfices avant impôts que GM réalise.

Dans de nombreuses usines, les intérimaires travaillent jusqu’à quatre ans, en ayant un salaire horaire de 15 dollars. Ils sont souvent mis à pied et ramenés au travail en recommençant au taux de salaire initial.

Le contrat de 2015 a ouvert la porte encore plus grande à GM pour accroître l’utilisation des intérimaires, qui représente maintenant environ 7% de la main-d’œuvre payée à l’heure, selon les estimations.

«Je n’ai pas voté pour le dernier contrat à cause du libellé sur les contrats temporaires», a déclaré Roberta Gainer, qui travaille à l’usine de moteurs Tonawanda de GM près de Buffalo depuis 40 ans. «Selon la rédaction du contrat, je savais que GM ne voulait pas embaucher d’employés permanents.»

En effet, GM n’est plus tenue de respecter une période probatoire de 90 jours pour les nouveaux employés. Au lieu de cela, l’entreprise ne fait que les embaucher comme intérimaires et les pressurer sans fin.

Travailleurs en progrès

En 2015, l’UAW a choisi Chrysler comme cible pour passer un accord type et a conclu un contrat qui maintient le système permanent à deux niveaux dans lequel les travailleurs embauchés après 2007 gagnent beaucoup moins que ceux du niveau 1.

Lorsque le contrat a été présenté aux membres, une campagne «votez non» s’est développée avec force. Presque toutes les sections syndicales l’ont rejeté, avec un résultat de 2-1. Les négociateurs ont été forcés de retourner à la table de négociation et sont revenus avec un nouveau contrat qui prévoyait une durée de huit ans [ils étaient qualifiés de «travailleurs en progrès»] pour que les travailleurs de niveau 2 obtiennent 28 dollars l’heure.

Les travailleurs «issus du passé»

Les travailleurs du secteur «issus du passé» sont ceux qui travaillaient déjà pour les trois grands [GM, Chrysler et Ford] avant l’entrée en vigueur des concessions de 2007. Ils représentent une part de plus en plus réduite de la main-d’œuvre. Les travailleurs de la production gagnent environ 31 dollars de l’heure.

Alors que seulement 5% du coût total de production d’un constructeur automobile provient des coûts de main-d’œuvre, les trois grands constructeurs ont poussé ce chiffre encore plus bas. L’une de leurs stratégies les plus efficaces a été de diviser la main-d’œuvre en segments plus petits. Pour les anciens employés, le message de l’entreprise est clair: «soyez simplement reconnaissants pour ce que vous avez».

Ce qui est si impressionnant dans cette grève de 31 jours, c’est que les travailleurs ont choisi la solidarité plutôt que la mentalité d’entreprise «J’ai mon propre intérêt». (Article publié sur le site de Labor Notes, en date du 16 octobre 2019; traduction rédaction A l’Encontre)

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