lundi
15
octobre 2018

A l'encontre

La Brèche

Sergio Ramirez

Entretien avec Sergio Ramirez
conduit par Anne Proenza

Sergio Ramirez, 75 ans, écrivain qui vient de recevoir le prestigieux prix Cervantes pour son œuvre, a été vice-président de Daniel Ortega de 1985 à 1990, avant de rompre en 1995 avec le Front Sandiniste de Libération Nationale (FSLN) et son ancien compagnon.

Comment voyez-vous la situation?

Incertaine. La situation de violence qui a surgi depuis la proposition de la réforme de sécurité sociale est seulement le détonateur d’une tension silencieuse qui s’est accumulée dans le pays pour plusieurs raisons: la prétention du parti au pouvoir de contrôler la vie sociale, l’imposition de la peur dans les relations sociales, la menace constante sur les citoyens, la suppression des institutions publiques, l’annulation de ces institutions, la dépendance des juges du pouvoir politique, l’annulation du système électoral. Le gouvernement interprétait le silence comme une conformité, mais cette accumulation de tension, cette sorte de cocotte-minute a fini par exploser. Ortega a retiré sa réforme,mais le mécontentement continue. Il y a maintenant un consensus: ce dont le pays a besoin c’est d’un changement politique.

Vous vous attendiez à ces mobilisations?

Non. Le pays était anesthésié. Il y avait un mécontentement occulte, silencieux. Les gens ont perdu la peur. Les gens n’ont plus peur de critiquer. C’était impensable avant. Les travailleurs avaient peur de perdre leur travail, les étudiants leur bourse, les citoyens de ne pas obtenir les documents administratifs dont ils pouvaient avoir besoin…

Cette peur a disparu, les gens parlent librement et expriment leur colère contre le gouvernement… C’est une renaissance éthique. La base sociale d’Ortega est en train de s’effondrer. Beaucoup de ceux qui soutenaient Ortega sont aujourd’hui en train de soutenir les jeunes. Et ces jeunes sont occupés à donner une grande leçon morale au pays. 

Comment le parti du Front sandiniste en est arrivé là?

A sa création, le FSLN était un parti de gens très jeunes, avec une mystique, très idéaliste, très romantique. Ce qu’a fait Ortega dans les années 90, c’est de s’en emparer. Le parti comme tel n’existe plus c’est une machinerie bureaucratique, contrôlée d’en haut, sans cadres intermédiaires, très vertical. L’élimination du parti fait partie de la stratégie de pouvoir d’Ortega.

Le régime de Daniel Ortega est une dictature?

Oui. Le dernier élément qui manquait, c’est la violence criminelle massive. Ce qui s’ajoute au manque de liberté d’expression, à la concentration des pouvoirs, à la non-indépendance des pouvoirs, au manque de libertés, à la peur… le tableau est complet. 

Quels sont les scénarios possibles?

Difficile à dire. Beaucoup de choses sont en train de changer. Ortega est dans une situation défensive. Il y a des choses qu’il ne peut pas faire. Il sait qu’un nouveau massacre serait fatal pour lui. Je ne crois pas cependant qu’il puisse aller de son plein gré vers la démocratisation. Mais, le pays a changé. Les gens veulent la démocratie en majorité. Ortega a encore des partisans bien sûr, mais le rapport de force a changé. Il faut espérer qu’il n’y aura pas une goutte de sang de plus. [Une importante manifestation a été convoquée pour ce 9 mai 2018]
(Entretien publié dans Le Soir, en date du 9 mai 2018)

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Nicaragua: «100 jours de lutte pour la liberté», conférence de presse du 25 juillet

Voir la traduction française de cette conférence de presse publiée sur le site A l'Encontre le 26 juillet 2018

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Nicaragua: paysans assassinés par les paramilitaires d'Ortega

Voir l'appel de solidarité internationale publié sur le site A l'Encontre le 18 juillet 2018

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