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décembre 2018

A l'encontre

La Brèche

La «pinochetisation» du Nicaragua

Publié par Alencontre le 23 - juillet - 2018

Par Oscar-René Vargas

Le Nicaragua connaît sa pire crise depuis 40 ans. Elle a commencé par une protestation étudiante contre une réforme de la sécurité sociale, qui a été abrogée par la suite. La protestation s’est répandue dans tout le pays suite à une violente répression policière et paramilitaire. Depuis le 18 avril, les organisations de défense des droits humains ont fait état de près de 400 morts, dont la plupart sont des civils, de quelque 2500 blessés, de dizaines de prisonniers politiques ainsi que de centaines de personnes «disparues».

Alors que les persécutions, les arrestations arbitraires et le nombre de morts augmentent, le gouvernement Ortega a organisé, le 19 juillet, un rassemblement en hommage à la révolution de 1979… qu’il a trahie. Ortega a proclamé être victime d’une «conspiration armée financée par des forces internes et externes» – il n’a pas précisé qui elles étaient — qui tentent de le renverser. Lui qui exerce ses fonctions depuis janvier 2007.

Daniel Ortega, dans son discours, a attaqué les évêques de la Conférence épiscopale nicaraguayenne (CEN). Il les a qualifiés d’organisateurs d’un «coup d’Etat». Il a défié l’Organisation des Etats américains (OEA). Il a appelé ses partisans à ne pas «baisser la garde» et à maintenir actifs des «mécanismes d’autodéfense» afin de prévenir un coup d’Etat au milieu de la grave crise que le pays connaît depuis le 18 avril 2018.

Ces «forces internes et externes», a-t-il dit, disposent de la «complicité» des évêques nicaraguayens qui agissent comme médiateurs et témoins d’un dialogue national. La CEN a proposé à Ortega, le 7 juin 2018, d’avancer les élections générales, prévues en novembre 2021, au 31 mars 2019; et cela sans qu’il puisse se présenter à une réélection. Cette proposition avait pour but de trouver une solution afin de sortir de la crise. Ortega a disqualifié les évêques comme médiateurs du dialogue parce que, à son avis, ils ont «pris parti», ils se sont rangés aux côtés des «putschistes» et encouragent le soulèvement des «sectes sataniques, des putschistes et des assassins».

Au cours de son discours, Ortega a contesté l’OEA, dont le Conseil permanent a approuvé une résolution appelant à des élections anticipées lors d’une session extraordinaire le mercredi 17 juillet. «Les décisions du Nicaragua ne sont pas prises à Washington (siège de l’OEA), mais à Managua», a-t-il souligné [sans mentionner le nom OEA].

Cette résolution a été approuvée par 21 des 34 membres actifs de l’OEA; trois – Nicaragua, Venezuela et Saint-Vincent-et-les Grenadines – ont voté contre; sept se sont abstenus: Salvador, Grenade, Haïti, Trinité-et-Tobago, Barbade, Belize et Suriname; et trois absents (Bolivie, Dominique et Saint-Christophe-et-Niévès).

Le discours d’Ortega du 19 juillet est-il logique? En vérité, il est plus compréhensible que logique. S’il est certain que le gouvernement Ortega-Murillo est un gouvernement corrompu, répressif, protecteur et instigateur des forces paramilitaires, le discours d’Ortega indique que la voie choisie par le couple présidentiel (Daniel Ortega-Rosario Murillo) est la ligne la plus brutale pour tenter de «résoudre la crise»: la voie armée et paramilitaire. En d’autres termes, la pinochetisation de la gestion gouvernementale: intimidations et assassinats afin de briser la protestation sociale.

L’appel d’Ortega à former des «comités d’autodéfense» dans les quartiers et les villes de tout le pays vise à attribuer une légitimité aux paramilitaires qui opèrent avec la police pour réprimer la population, avec le consentement passif de l’armée, bien que la Constitution interdise l’existence de forces armées irrégulières.

Le discours d’Ortega montre que la tendance la plus infâme a gagné au sein du parti au pouvoir; celle qui revendique une répression aveugle et l’immobilisme politique; celle qui défend la logique du maintien du pouvoir à tout prix; ceux qui pensent pouvoir rétablir le statu quo ante (soit la situation antérieure au 18 avril 2018).

Le parti au pouvoir est un parti démoralisé par ses activités ayant provoqué des centaines de morts, des milliers de blessés, des prisonniers politiques et des personnes disparues. C’est un parti marqué par la corruption de ses principaux cadres politiques. C’est dans ce contexte que le discours d’Ortega était un discours de droite extrême, conservateur et justifiant la répression des paramilitaires. Les paramilitaires d’Ortega sont comme les «escadrons de la mort» que Pinochet a créés à la suite du coup d’Etat du 11 septembre 1973.

Le discours d’Ortega indique qu’il poursuivra sa lutte sans merci contre la population. Certains auraient pu penser que le lendemain du 19 juillet, le gouvernement Ortega-Murillo opterait pour une modération. Mais ce n’est pas le cas. La pinochetisation du gouvernement s’approfondit. Ortega-Murillo adoptent cette stratégie parce qu’ils savent qu’ils auront besoin de beaucoup de temps pour reconstituer leur base sociale. Ils ne savent pas non plus s’ils vont s’en sortir. Pendant ce temps, ils veulent empêcher les protestations par une répression sélective.

Le gouvernement Ortega-Murillo a franchi la frontière entre un gouvernement qui a tort et un gouvernement méprisable qui a tout perdu, même ses principes. Par conséquent, ce qui est raisonnable, c’est que les pouvoirs de fait (économiques, ecclésiastiques, etc.) visent à faire obstacle à une telle pinochetisation du gouvernement Pour y parvenir, il est nécessaire qu’ils soutiennent l’unité de tous les secteurs sociaux qui protestent contre le gouvernement Ortega-Murillo et exercent une pression en ce sens.

Le gouvernement a prouvé qu’il a menti plus qu’il n’a parlé. Il a menti en affirmant qu’il était un gouvernement représentant la majorité. Il s’est avéré qu’il n’est que le représentant d’une minorité. Il a menti pour ce qui a trait à son idéologie, en disant qu’il était socialiste, alors qu’il est néolibéral et pinochétiste. Il a menti quant à la démocratie alors qu’il veut mettre sur pied une dictature. Tout comme il a menti sur la corruption, sur la sécurité sociale, sur la défense de l’égalité sociale et de l’égalité des sexes.

Le discours d’Ortega nous oblige tous à être vigilants. Ortega a fait un pas de géant dans la direction d’un pinochetisme autoritaire et meurtrier. Les différents secteurs du mouvement social ne peuvent se laisser intimider par les menaces d’Ortega-Murillo. Le mouvement social doit définir clairement son engagement en faveur d’un Nicaragua moderne. Le mouvement social a l’obligation d’arrêter ce processus de pinochetisation de la politique du gouvernement Ortega-Murillo. (Managua, 22 juillet 2018; traduction A l’Encontre)

PS. Avec les arrestations de Medardo Mairena (leader paysan), de Pedro Mena (dirigeant paysan), de la Dresse Blanca Cajina et de son mari le dentiste Irvin Escobar Ortiz (accusés d’aider au plan médical les étudiant·e·s de l’UNAN), d’Irlanda Jerez (dirigeante du mouvement des auto-convoqués du Marché Oriental) ainsi que les dirigeants du M19-4 (19 avril) – déjà traduits en justice – nous sommes entrés dans une nouvelle étape de la tentative de décapiter le mouvement social, comme l’avait fait Somoza Debayle en 1978. (22 juillet 2019)

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Le travail dans les entrepôts à l’heure de «l’économie numérique»

Entre votre livraison à domicile d’une commande passé à Amazon et les profits nets de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, il y a un «problème». Le tout «fonctionne» sur la base d’une plate-forme qui organise une très nombreuse main-d’œuvre. «Elle» – ses fonctions sont conçues par la direction du groupe – intensifie et contrôle au plus près du travail des salarié·e·s; «elle» contribue à rendre les emplois plus précaires et instables.

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Alessandro Delfanti enseigne à l'Institut de Communication, Culture, Information et technologie à l'Université de Toronto. Il fut l'un des principaux membres fondateurs du réseau Log Out! Réseau de résistance des travailleurs et travailleuses à l'intérieur et contre l’économie des plates-formes. Son intervention est en langue anglaise. (Réd. A l’Encontre)

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