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La Brèche

Morales promet un «socialisme communautaire»

Publié par Alencontre le 25 - janvier - 2010

Par Pablo Stefanoni

«L’Etat colonial est mort. Un nouvel Etat plurinational, autonome [assurant l’autonomie régionale] et solidaire est en train de naître.» C’est avec ces mots qu’Evo Morales a reçu hier [22 janvier 2010], pour la seconde fois, l’écharpe présidentielle pour un nouveau mandat de cinq ans s’appuyant sur 64% des votes émis lors de l’élection présidentielle.

Pour renforcer l’idée d’une refondation, il n’a pas été fait l’économie de mises en scène. L’ancienne écharpe et l’ancienne médaille présidentielles, «symboles de la République libérale», furent transportées, comme des pièces de musée, dans la crypte de la banque centrale, placée sous la garde du bataillon Colorados. Et ces emblèmes furent remplacés par un nouvel emblème présidentiel portant la marque des Andes.

Evo Morales n’a pas juré devant Dieu mais devant les hommes illustres de la libération, devant les héros qui ont donné leur vie pour la patrie et pour le peuple bolivien et l’égalité de tous les êtres humains.

Sur la façade du palais gouvernemenal [Palacio Quemado] à La Paz, ainsi que sur les façades des palais gouvernementaux de Sucre [capitale historique] et Bolivar ont été déployés de gigantesques portraits de dirigeants anticoloniaux, Tupac Katari et son épouse Bartolina Sisa, qui se sont rebellés contre les Espagnols en 1781.

«Jusqu’en 2005, la République libérale fut une république de castes, d’arnaqueurs et de corrompus», a affirmée le vice-président Alvaro Garcia Linera, qui a cité le marxiste italien Antonio Gramsci pour expliquer le passage de l’Etat apparent à l’Etat intégral.

Dans son discours d’investiture devant le Parlement, le copilote de Morales [Linera] a défini comme socialiste l’objectif du «processus de changement» bien que, précisa-t-il, cette transition «puisse nécessiter des années, des décennies ou des siècles». Et le même Linera s’est auto-qualifié de «vieux bolchevique ou tupac katariste, cela avant de passer la parole à Morales.

Lorsqu’Evo a annoncé qu’il ferait un rapport de gestion, on a immédiatement compris que son discours serait long. En deux heures, il a résumé, avec points et virgules, toutes les mesures prises, y compris la quantité d’ampoules à basse consommation distribuées.

Le leader bolivien a demandé à la nouvelle Assemblée législative plurinationale qu’elle approuve comme première mesure la loi Marcelo Quiroga Santa Cruz d’enquête sur les fortunes mal acquises, et il ironisa, au milieu des applaudissements de ses supporters, en affirmant: «Peut-être que ceux qui n’applaudissent pas [l’opposition] pensent-ils voter contre cette loi.»

Evo Morales dit qu’il pourrait travailler 30 heures par jour et a souligné plusieurs de ses records. Son préféré: la quantité importante de devises internationales qui ont passé de 1,4 milliard à 9 milliard de dollars durant son mandat.

«La droite croyait que l’inflation allait être la tombe de l’Indien.» Or, il insista sur la santé macroéconomique de la Bolivie, sur le bas taux d’inflation, en même temps qu’il mit en relief les politiques sociales.

«Avec la rente Dignité, le problème auquel doit faire face le camarade Alvaro [le vice-président], c’est que les petites vieilles ne cessent de nous embrasser, de nous donner des baisers», continua-t-il sur un ton enjoué.

De plus, il ajouta que l’Etat donnerait des terres aux immigrés boliviens qui veulent retourner des pays où ils se rendus tels que l’Argentine, le Brésil ou l’Espagne.

Plus sérieux, il poursuivit: «Heureusement, sans la DEA états-unienne [organisme de lutte contre la drogue], nous avons neutraliser un plus grand nombre de fabriques de cocaïne qu’au cours des années antérieures.»

Les coups contre les Etats-Unis furent une caractéristique de son discours au moment même où des relations bilatérales sont en voie normalisation, alors que les Etats-Unis se trouvent sans ambassadeur depuis l’expulsion de Philip Goldberg en 2008.

Barack Obama a envoyé à la cérémonie d’investiture la secrétaire au Travail Hilda Solis [elle est née en Californie de parents immigrés du Nicaragua et du Mexique] et la sous-sécretaire d’Etat pour la Démocratie et les affaires extérieures Maria Otero [elle est née à La Paz et a rejoint les Etats-Unis à l’âge de 12 ans].

A New York, l’ambassadeur adjoint des Etats-Unis à l’ONU, Alejandro Wolff, a qualifié de rétrograde Morales parce qu’il avait accusé Washington d’utiliser le tremblement de terre en Haïti pour envahir l’île.

Lors de son long discours, Evo Morales a envoyé un message au récent président élu du Chili, Sebastian Pinera, et cela face à l’actuelle présidente Michelle Bachelet qui écoutait sur le balcon des invités spéciaux, à côté de Rafael Correa (Equateur), Hugo Chavez (Venezuela) et Fernando Lugo (Paraguay), Mohamed Abdelaziz (Saharoui) et Filipe de Bourbon, prince d’Asturie.

«Ainsi est la démocratie, nous devons nous en féliciter, mais nous espérons aussi que l’on respecte l’agenda en 13 points pour pouvoir continuer de discuter de l’accès à la mer [Revendication historique de la Bolivie]», a dit le président.

Il y a aussi eu quelques paroles pour les militaires. Et au moment où il soulignait qu’il équipait les forces armées, il lança de manière inattendue: «De façon malheureuse, dans beaucoup d’institutions militaires, on continue à enseigner que l’ennemi est le socialisme. Il faut changer cela, le véritable ennemi est le capitalisme, pas le socialisme.» Le haut commandement militaire applaudit.

La cérémonie se termina par un grand défilé indigène et militaire. (Traduction A l’Encontre)

* Pablo Stefanoni, responsable du Monde diplomatique édition bolivienne, a publié cet article dans le quotidien Clarin (Buenos Aires) le 23 janvier 2010.

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