samedi
20
janvier 2018

A l'encontre

La Brèche

BresTercirrizacaoPar Ricardo Antunes

Un spectre hante le Brésil: celui d’une sous-traitance généralisée, non seulement des activitiés intermédiaires comme cela existe déjà, mais également des activités finales comme le propose le projet de loi no 4.330, du député Sandro Mabel (Parti du Mouvement démocratique brésilien, Etat de Goiás).

Sa justification est simple: «L’entreprise moderne doit se concentrer sur sa tâche principale et sur l’amélioration de la qualité du produit ou de la prestation de service». Mais la proposition est truffée de mensonges, comme nous allons essayer de le démontrer ci-dessous.

Premier argument stupide: la sous-traitance crée des emplois. Comme nous avons aujourd’hui à peu près 12 millions de travailleurs intérimaires au Brésil, ce recours à la sous-traitance jouera un rôle de relève dans l’élargissement du marché de travail.

Mais cet argument ne dit volontairement pas que ces travailleurs intérimaires ont en moyenne une journée de travail bien plus longue que celle de l’ensemble des salariés ayant des contrats à durée indéterminée.

Ainsi, ce qui se produit, c’est que là où trois personnes travaillent avec des droits et des contrats à durée indéterminée, deux intérimaires font finalement le même travail, ce qui les fait évidemment subir une intensification du travail et des journées plus longues. On voit donc bien qu’au lieu de créer de l’emploi, la sous-traitance (donc l’amplification du travail intérimaire) en détruit.

Deuxième stupidité avancée: les intérimaires perçoivent des salaires, ils doivent donc dire merci pour l’emploi qu’ils obtiennent.

Mais ce que cet argument «oublie», c’est que les salaires des «tertiarisés» sont bien plus bas que ceux des autres travailleurs, particulièrement ceux qui occupent le bas de l’échelle dans l’industrie et les services. Ce que les études montrent, lorsqu’elles sont réalisées avec rigueur scientifique, c’est que les intérimaires travaillent plus mais reçoivent moins.

Troisième idiotie: les intérimaires ont des droits. Cet argument omet le fait que c’est justement dans ce domaine des relations de travail que l’escroquerie et la fraude se répandent comme une plaie. Et plus bas se trouvent les salariés «tertiarisés» dans la pyramide salariale, plus importantes sont les réductions salariales.

Il suffirait de dire que l’on trouve devant la Justice du Travail d’innombrables cas de travailleurs intérimaires qui ne parviennent même pas à localiser l’entreprise contractante, qui, assez souvent, a disparu sans laisser d’adresse.

De même, puisque la contingence et l’incertitude submergent leur quotidien, beaucoup d’intérimaires n’ont pas eu depuis des années un seul jour de vacances.

Et, il convient de le rappeler, seule une minorité parvient à saisir la Justice du Travail, puisque le «tertiarisé» n’a ni le temps ni l’argent pour cela et qu’il ne bénéficie en général d’aucun appui de la part des syndicats. Et nous savons que dans les services, le secteur dans lequel le phénomène de la tertiarisation s’étend le plus rapidement, travail informel et haut «turnover» se développent également à grande échelle.

Quatrième bobard: le fait de sous-traiter est positif puisque cela «spécialise» et «qualifie» l’entreprise donneuse d’ordres. Mais il serait bon d’expliquer pourquoi ces activités «tertiarisées» sont celles aussi qui se retrouvent avec la plus forte fréquence sur les listes des accidents du travail. Sans parler du fait qu’il n’est pas rare, dans les services publics, que ces activités augmentent même les coûts, puisqu’elles sont une source inimaginable de corruption.

Il devrait suffire de rappeler le cas des entreprises «tertiarisées» qui effectuent le ramassage des déchets urbains. Et la brutalité intolérable que constitue le fait de voir un travailleur courir comme un fou derrière des camions afin de maintenir les «objectifs» et la «productivité» dans le ramassage privé des détritus des villes.

Au milieu de tant de mensonges, ce que le PL 4.330 essaie surtout de cacher, c’est que la sous-traitance, spécialement pour ceux «d’en bas» qui ne disposent pas du capital culturel qu’il reste aux couches un peu plus élevées, poursuit deux objectifs de base. Le premier: la réduction des salaires par la diminution les droits. Le second, non moins important d’ailleurs: fragmenter et désorganiser encore plus la classe ouvrière, maintenant convertie en classe «collaboratrice».

Si ce projet de loi PL 4.330 devait être approuvé, il aurait un effet érosif encore plus grand sur notre «falaise» sociale déjà fort érodée. (Traduction A l’Encontre)

___

Ricardo Antunes, 60 ans, est professeur titulaire de sociologie du travail à l’Université d’Etat de Campinas (Unicamp). Il est l’auteur de Richesse et misère du travail au Brésil et Les sens du travail. Article publié dans Folha de Saõ Paulo, le 9 novembre 2013.

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