Brésil. La déroute dans la victoire

Editorial du Correio da Cidadania

L’élection présidentielle a consolidé le consensus conservateur qui veut que la solution des problèmes fondamentaux du pays passe par une nouvelle vague de réformes libérales. Cela marque la dimension de la victoire électorale de la bourgeoisie et définit d’avance le caractère du mandat prescrit au nouveau gouvernement.

Au deuxième tour [le 26 octobre], l’électeur pourra choisir entre deux doses différentes de néolibéralisme: la dose minimale, qu’offre la gauche de l’ordre dominant, et la dose maximale, proposée par la droite de l’ordre dominant.

Cependant, obtenu de cette manière, le succès électoral peut se révéler une balle que l’on se tire dans le pied. Si elle est fonctionnelle pour perpétuer l’analphabétisme politique, la politicaillerie racoleuse ne réussit pas à créer des équipes dirigeantes solides et cohérentes jouissant d’une autorité dans les masses.

Or c’est le pilier de n’importe quel système démocratique. Si dans la boue de la politicaillerie, tous se valent alors l’élection perd son sens. S’il n’y a pas de choix à quoi sert la représentation du peuple? Et s’il n’y a pas de représentation, qui détient l’autorité de diriger la Nation à l’heure des décisions?

Vue sous cette perspective, l’élection présidentielle de 2014 [le deuxième tour aura lieu le 26 octobre 2014, entre Dilma Rousseff du Parti des travailleurs, qui se représente à la Présidence, et Aécio Neves, soutenu par Marina Silva] entrera dans les annales de l’histoire du Brésil comme un étalon de mesure de la crise du système politique.

A l’exception des candidatures à contre-courant qui, dans des circonstances qui leur étaient adverses, se sont comportées avec dignité et courage – avec le PSOL et Luciana Genro à leur tête [1] – tous les autres candidats sont sortis de la bataille diminués et démoralisés moralement et politiquement.

La recherche d’une synthèse improbable entre le PT et le Parti social-démocrate du Brésil/PSDB, que prétendit rechercher Eduardo Campos [candidat du Parti socialiste brésilien décédé dans le crash de son avion le 13 août 2014], échoua précocement et les abandonnés par Lula furent laissés dans les bras de Marina Silva.

Le rêve d’une troisième voie exalté par le discours de la nouvelle politicienne devait fondre quand les programmes électoraux et les débats télévisés eurent démasqué les intérêts cachés de Marina et fait s’écrouler sa démagogie larvée.

Le jeu de massacre de l’affrontement du deuxième tour se chargera de liquider le peu – bien peu – qui reste de réputation et de crédibilité de tous les principaux partis de l’ordre dominant. La polarisation plébiscitaire entre la «misère et corruption du passé» et la «misère et corruption du présent» est une stratégie politique suicidaire puisqu’elle explique aux gens que dans les limites de l’ordre mondial, dans la pratique, le choix entre Dilma/Lula et Aécio Neves se limite entre le très mauvais et le encore pire.

Quel que soit le résultat du deuxième tour, la gueule de bois électorale sera monumentale. Démoralisé, le candidat perdant sera immolé sans pitié par ses propres coreligionnaires. Et le signal de départ sera donné pour la lutte fratricide pour le partage de l’héritage électoral. Le vainqueur, après un bref moment de gloire, devra se confronter à la dure réalité et tenir ses promesses au grand capital, en distribuant des potions amères. Pour ensuite devoir se confronter à la déception tectonique d’une population plongée dans une grave crise économique et sociale.

La destruction des fondations de la représentation du peuple, construites en trente ans par le PT, avance à vitesse galopante. La corruption de la démocratie et l’absence de toute utopie laissent une population orpheline de direction pour affronter le contexte historique et fatiguée d’espérer un futur radieux qui ne se réalise jamais. (Traduction de A l’Encontre; publié dans Correio da Cidadania, diffusé par Correspondencia de Prensa le 12 octobre 2014)

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[1] Avec 1,55% à l’échelle nationale et des résultats significatifs dans des villes importantes comme São Paulo, Rio de Janeiro et Porto Alegre et une campagne combative du PSTU avec un résultat minime, ce qui pose le problème d’une liste commune nous l’avions souligné dans des introductions à divers articles et le sociologue Ricardo Antunes faisait de même dans un entretien donné à Correio da Cidadania. (Rédaction A l’Encontre)

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