lundi
25
septembre 2017

A l'encontre

La Brèche

Les-Bresiliens-toujours-en-colere-contre-leur-presidente-Dilma-Rousseff_article_popinPar Mario Osava

La crise qui affecte si gravement les Brésiliens est fondamentalement politique et ne permet pas d’entrevoir une sortie. Selon différentes analyses, on assiste à la fin d’un cycle, mais il n’y a pas d’indices permettant de penser que quelque chose de nouveau soit en gestation.

Selon Cándido Grzybowski, directeur de l’Institut brésilien d’analyses sociales et économiques (Ibase), le Brésil vit une «crise d’hégémonie», dans laquelle il n’y a pas de forces politiques offrant des propositions consistantes capables de donner une orientation au pays dans la dispute pour le pouvoir.

Il a dit à l’agence IPS: «Le risque de ce vide, c’est qu’il peut se produire une surprise, comme l’ascension au pouvoir d’un ‘sauveur de la patrie’. Les exemples que l’on donne habituellement vont de Adolf Hitler et Benito Mussolini aux personnalités plus récentes comme Fernando Collor, l’ex-président brésilien destitué pour corruption en 1992.»

Il a ajouté : «La Constitution de 1988 a échoué dans son projet de rénover la politique. Elle n’a pas changé les règles pour les partis, partis qui continuent à avoir le monopole du processus électoral. Dans ce domaine, la démocratie est encore à construire

Mais le plus évident pour la population, c’est l’économie, qui est entrée en récession en 2014 et qui devrait selon les pronostics durer jusqu’à la fin de 2016, avec un chômage et une inflation en hausse, et le scandale de corruption dans les appels d’offres et les travaux de l’entreprise d’Etat Petrobras qui a déjà conduit de grands entrepreneurs en prison et menace de nombreux dirigeants politiques.

De plus, dans cette crise aux multiples dimensions, la présidente Dilma Rousseff est en train d’affronter une rébellion au sein de ses alliés de la Chambre des députés, un rejet populaire record selon les sondages, des pressions en faveur de son impeachment (procédure de destitution) ou de sa démission et la reprise de protestations dans les rues avec de nouvelles mobilisations après celles d’avril et d’août (16 août)

Toujours selon Grzybowski, le Parti des travailleurs au pouvoir a perdu l’hégémonie qu’il a effectivement eue depuis le triomphe de son líder maximo, Luiz Inácio Lula da Silva, aux élections présidentielles de 2002.

Le parti a résisté au scandale de 2005, lorsqu’il a vu ses principaux dirigeants se faire arrêter, accusés de recevoir des ressources frauduleuses pour soudoyer des parlementaires. Mais en dépit de cela, Lula a été réélu en 2006 et il a réussi à imposer à sa succession Dilma Rousseff, réélue elle aussi en 2014.

Mais les investigations menées actuellement par le Ministère public fédéral et la Police fédérale sur les pillages auxquels sont en train de se livrer les grands projets pétroliers sont retentissantes.

Le PT est accusé d’être le principal «pivot» du réseau qui aurait détourné, selon des estimations de Petrobras basées sur les enquêtes judiciaires elles-mêmes, l’équivalent de 1’800 millions de dollars environ. Deux de ses dirigeants sont détenus depuis le 3 août.

Au moins 23 accusés ont décidé de collaborer avec la justice et d’autres sont en train de négocier des accords dits «de délation» permettant de réduire leur peine. C’est un mécanisme légal au Brésil qui permet aux juges d’obtenir des informations chaque jour plus détaillées et plus étendues sur la corruption apparemment généralisée dans de nombreux secteurs.

Ces dizaines de chefs d’entreprises en prison, y compris les présidents des deux plus grandes entreprises de construction brésiliennes [le directeur général du groupe de BTP Odebrecht, Marcelo Odebrecht, ainsi qu’Otavio Marques Azevedo, le patron d’Andrade Gutierrez], cela ne constitue qu’un résultat partiel du processus. Bientôt ce sera le tour des politiciens qui, eux, ne peuvent être jugés que par le Tribunal fédéral suprême, un privilège dont bénéficient les parlementaires et les membres importants du gouvernement.

Et ce sont déjà au moins 31 élus (parlementaires) qui sont impliqués, y compris les présidents de la Chambre des députés, Eduardo Cunha, et du Sénat, Renan Calheiros, en plus de deux gouverneurs d’Etats fédéraux et 14 extra-parlementaires, la majorité appartenant au PT et à son principal allié dans la coalition gouvernementale, le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB).

«C’est la fin d’un cycle pour le PT hégémonique. Celui-ci a maintenant adopté les pratiques qui sont traditionnelles dans la politique brésilienne depuis le début de la République, en 1889», a admis Tarso Genro, dirigeant et idéologue du parti, qui a été Ministre de la justice et de l’éducation sous la présidence Lula et qui a gouverné ensuite l’Etat du Rio Grande do Sul.

Genro a toutefois déclaré à l’agence IPS que les problèmes éthiques posés par le fait que le PT se compromette dans des affaires de corruption n’étaient «qu’une composante secondaire dérivant de la vision politique traditionnelle à laquelle le parti s’était rendu.»

Pour dépasser la crise actuelle, «il faudra se réinventer, préserver la vision utopique du parti. Mais cela ne signifie pas retourner à ses origines, aux organisations syndicales des décennies 70 et 80. Aujourd’hui, tout le monde reconnaît que nous avons une société beaucoup plus complexe», a argumenté Genro, l’avocat qui se consacre maintenant à la «refondation» de son parti.

Grzybowski doute de la possibilité de réformer le PT en tant que force de transformation capable de récupérer son hégémonie. La raison à cela est que tout l’effort passe par «un système politique colonisé, hérité de la dictature militaire», qui ne permet pas d’apporter de réponse aux revendications de la société.

«La Constitution de 1988 a échoué dans son projet de rénover la politique, elle n’a pas changé les règles pour les partis, qui continuent à jouir du monopole sur le processus électoral. La démocratie est encore à construire dans ce domaine», a soutenu le sociologue qui dirige l’organisation susmentionnée Ibase, l’une des organisations non gouvernementales les plus reconnues au Brésil.

Cette Constitution, qui a institutionnalisé la redémocratisation brésilienne après la dictature militaire (qui a duré de 1964 à 1985), a reconnu des droits à différents secteurs sociaux, tels que ceux des indigènes sur leurs terres ancestrales, ceux des enfants ou des handicapés, en détaillant les devoirs de l’Etat à l’égard de ces groupes.

C’est pour cette raison que la Constitution est attaquée par des économistes orthodoxes qui lui reprochent d’être la source de dépenses publiques croissantes. C’est elle qui selon eux serait responsable de l’augmentation chronique du déficit budgétaire et de la charge fiscale, et l’aggravation de ces phénomènes sous le gouvernement Rousseff parlerait contre elle. Toujours selon ces économistes, cette Constitution freinerait la croissance économique.

Mais malgré ces critiques, il est pratiquement impossible de mobiliser les foules contre une Constitution qui représente des conquêtes pour la majorité de la population. C’est un facteur de stabilité, qui favorise la permanence de la présidente, menacée d’impeachment ou autres mécanismes de destitution légaux presque depuis le début de son second mandat, en janvier.

Dans la vision «oppositionnelle», l’alternative serait de maintenir un gouvernement à l’agonie jusqu’en janvier 2019, avec ce que cette situation comporte en termes de détérioration de l’économie et de la situation sociale.

«Par les promesses faites lors de la campagne électorale de l’année passée, Dilma Rousseff se trouve face à une crise annoncée», estime João Alberto Capiberibe, sénateur du Parti socialiste brésilien, qui a abandonné la coalition gouvernementale en 2013.

«Mais la crise de crédibilité n’affecte pas seulement Rousseff, elle constitue la synthèse de toute la politique nationale dans laquelle se trouve aussi le Congrès national, tout autant submergé par le discrédit», a encore déclaré A. Capiberibe à IPS.

Toujours selon le sénateur, le problème n’est pas la Constitution, mais «le clientélisme, l’excès d’emplois publics, la corruption et les dépenses effrénées qu’imposent les gouvernements tant au niveau national qu’au niveau des Etats fédéraux et des municipalités

«Sans changer le système électoral, rien ne changera», a-t-il affirmé, en défendant la fin du financement des campagnes par les entreprises «afin que le pouvoir économique ne puisse plus continuer pas à déterminer qui sera élu». «Aucun pays du monde ne dépense autant d’argent que le Brésil dans le processus électoral

Mais ce simple changement ne jouit que de peu d’appui au Parlement.

Ce n’est pas le cas au Tribunal suprême où une majorité de six magistrats sur onze a considéré l’appui financier apporté par des entreprises à certains candidats comme étant contraire à la Constitution, soutenant ainsi une action du Collège des avocats du Brésil. L’argument principal était que les entreprises n’avaient pas de droits politiques.

Mais la demande faite par un magistrat de disposer d’un laps de temps pour examiner plus attentivement le sujet a suspendu la publication du jugement, décevant ainsi le mouvement qui milite en faveur d’une réduction des coûts et de la fin de la corruption dans les processus électoraux brésiliens.

Selon les accusés, une grande partie de l’argent détourné de la Petrobras a été destiné à financer des campagnes électorales et des partis.

Tout cela et l’hégémonie du PT font partie d’un cycle qui semble se terminer au Brésil, mais pour le moment ce ne sont que des incertitudes qui pointent à l’horizon. (IPS, Rio de Janeiro, traduction A l’Encontre)

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