mardi
22
août 2017

A l'encontre

La Brèche

Alvaro Garcia Linera, vice-président, et Evo Morales, président, le jour du «Dia del Mar»

Alvaro Garcia Linera, vice-président, et Evo Morales, président, le jour du «Dia del Mar»

Par Tania González

Alors que Gabriel Gaspar, l’ambassadeur chilien en mission spéciale pour la plainte défendue par la Bolivie devant la Cour internationale de Justice de La Haye [plus haute instance judiciaire du système des Nations Unies] en vue d’obtenir un accès souverain à la mer, visite les pays concernés par le conflit, l’historien Sergio Grez, sur la radio Uchile (Université du Chili) souligne que le Chili ne peut pas éluder cet important différend avec la Bolivie. Voici son explication.

Après qu’Evo Morales, le président de la Bolivie, a réitéré que le Traité de 1904 [1] avait été «imposé, qu’il est injuste et d’ailleurs non respecté», contestant donc la compétence d’un organe international à reconnaître une invasion et qualifiant la situation de «délit d’atteinte aux droits humains», le ministre des Affaires étrangères chilien, Heraldo Muñoz, s’est réuni ce mercredi avec l’ambassadeur Gabriel Gaspar.

De son côté, Gabriel Caspar a démenti le fait que le «ressenti du chancelier [Heraldo Muñoz] ne soit pas celui du peuple chilien». Morales a, pour sa part, affirmé: «Un point sur lequel nous avons un large consensus populaire est bien la défense de notre souveraineté. Le chancelier Muñoz a de son côté le plein soutien du gouvernement, des autorités et des institutions; pour le reste [accès à la mer] il n’y a que des jugements de valeur, des qualificatifs. Il est indubitable qu’une guerre se prête à différentes interprétations, mais les Chiliens ne veulent pas rester ancrés dans le XIXe siècle.»

L’ambassadeur a également été interrogé concernant les affaires en cours entre les deux pays, affaires qui sont importantes à résoudre afin d’établir de nouveaux rapports entre le Chili et la Bolivie: «J’aimerais être catégorique, le Chili n’a aucune affaire en cours en matière de territoire, ces questions ont été réglées par le traité de 1904, librement conclu entre les deux pays et ratifié conformément au droit international. Nous appelons à aller de l’avant afin de traiter les thèmes de l’intégration économique et sociale, pour poursuivre une amélioration des infrastructures, de la connectivité (électronique) et de la libre circulation des biens.»

La-Bolivie-a-perdu-son-acc-s-mer-apr-s-d-faite-contre-Chili-en-1884_0En ce qui concerne la politique étrangère, Gaspar a proposé de continuer à développer l’idée qu’au lieu de se concentrer sur un seul thème [accès maritime, comme est supposé le faire la Bolivie] ou d’affronter un autre pays, le Chili, au contraire, cherche «à s’intégrer au monde et à ouvrir les portes aux migrants, aux investisseurs et à la technologie».

L’historien Sergio Grez a cependant souligné que le principal contentieux en suspens avec la Bolivie est la revendication maritime, et que tant qu’on ne la résoudra pas, on ne pourra résoudre les autres questions.

«Le Chili ne gagne rien à continuer à éluder ce problème de fond. Dans une relation bilatérale il suffit qu’une des deux parties considère qu’il s’agit d’une question des plus importantes, elle devient alors comme un caillou dans la chaussure afin de faire qu’elle soit la plus importante. Toute cette guérilla de déclarations, des deux côtés, ne mène à rien puisque cela ne fait qu’envenimer l’ambiance et que, tôt ou tard, il faudra bien que toutes les parties s’assoient à la table de négociation pour débattre de tous les thèmes, sans exception.»

D’après cet expert, il est évident que toute la politique extérieure chilienne ne peut pas se centrer sur le différend avec la Bolivie, mais il souligne que tant qu’on ne trouve pas une solution à ce conflit, il continuera à conditionner les rapports entre le Chili et la Bolivie. (DiarioUchile, 7 janvier 2016, traduction A l’Encontre)

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[1] La position de la Bolivie a été confortée par un arrêt de cette Cour, rendu en janvier 2014, arrêt qui accorde au Pérou une partie du territoire maritime depuis la guerre du Pacifique (1879-1884), une guerre plus justement qualifiée de «guerre du salpêtre» entre le Chili, le Pérou et la Bolivie dans le contexte de l’affirmation des dits «Etats nations» et de la présence impérialiste, entre autres le soutien de l’impérialisme britannique à l’expansion du Chili. A cela s’ajoutait une hausse de l’imposition des investisseurs chiliens (souvent «anglais»), avec la menace de liquider les entreprises qui ne s’exécutaient pas.

Suite à la défaite de la Bolivie et du Pérou, alliés (la marine du Pérou est défaite par celle du Chili «entraînée» par les Anglais, les Boliviens n’ont pas de marine), la Bolivie perdit la province du «Littoral», son unique accès à la mer et se trouva enclavée dans les Andes. Quant au Pérou, il se fit «soustraire» la région de Tarapaca.

Pour la Bolivie, aujourd’hui – et hier – il s’agit de retrouver un corridor à travers le désert d’Atacama jusqu’à la côte Pacifique, Une fraction du terrioire «cédé» – 120’000 km2 – lors du «traité de paix et d’amitié» de 1904, sous supervision impérialiste. Le «retour à la mer», inscrit dans la Constitution, est l’occasion d’un «rappel historique» – avec des connotations politiques un peu différentes dans l’histoire des régimes en place – tous les 23 mars. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Evo Morales, cette revendication s’est faite de plus en plus pressante. Le «Dia del Mar» fait partie des «droits inaliénables des peuples de Bolivie». En mars 2011, Heraldo Muñoz, le ministre chilien des Affaires étrangères, déclarait que la sortie vers la mer de la Bolivie via le Chili est «fermée à jamais» et que le Chili «possède une armée prestigieuse et professionnelle». En juin 2011, lors du 41e sommet de l’OEA (Organisation des Etats américains) le différend boliviano-chilien a ressurgi sur la scène internationale. Les ministres des deux pays ont exposé chacun leur point de vue opposé. Depuis lors, ce différend continue à s’affirmer: la «socialiste» Michelle Bachelet étant au garde-à-vous devant «son armée» professionnelle. En avril 2015, lors du Sommet des Amériques à Panama, en l’absence de Michelle Bachelet, enbourbée dans d’importantes inondations, la Bolivie a expliqué sa revendication, assez écoutée, devant quelque 34 délégations. (Rédaction A l’Encontre)

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1 commentaire

  1. «Le Chili ne peut pas éluder le contentieux maritime avec la Bolivie»: Sergio Grez - Pérou en France dit:

    […] source : alencontre.org […]

    Ecrit le 10 janvier, 2016 à 2016-01-10T04:47:14+00:000000001431201601

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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