jeudi
20
juin 2019

A l'encontre

La Brèche

Par Farouk Djouadi

Des marées humaines ont submergé aujourd’hui le centre d’Alger. Les manifestants exigent, pour le 8e vendredi de suite, « le départ de tout le régime ». Une revendication jugée « irréalisable » par le chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaid Salah…

Dès la fin de la prière de vendredi, des processions interminables de manifestants venus de tous les quartiers de la capitale, convergent vers le centre de la ville, armés de drapeaux, de banderoles et de pancartes des plus variées. Ceux venus du côté de Bab El Oued ont été empêchés par la police de prendre la route du front de mer où se trouvent les sièges des deux chambres du Parlement. Ils ont été contraints de prendre la rue Bab Azzoune en scandant « Peuple éduqué et un Etat mal élevé ».

14h00. Les alentours de la grande poste débordaient d’hommes et de femmes de tous les âges, dont des enfants et des bébés. « Bensalah, dégage, Bedoui, dégage, Belaiz, dégage ! » scandent la foule immense parée de drapeaux algérien, amazigh [berbère] et même palestinien. Les Algériens ont fait preuve, une nouvelle fois, d’une grande créativité dans la confection des slogans agrémentés de caricatures de poèmes et autres citations. « La liberté n’a pas de sens dans un pays où les criminels sont libres, « non à la confiscation de la volonté populaire » et « l’armée est issue du peuple, les autres dégagez ! », dénonce-t-on sur des pancartes. Une large banderole suspendue au-dessus des locaux de l’OPU [Office des publiations universitaires] à la place Audin signale : « Halte au mépris ». Pas loin de là, un canon à eau de la police arrose la foule qui, malgré la provocation, a su garder son calme « Silmya, silmya (pacifique) », ont répondu les manifestants. A la rue Didouche Mourad, des jeunes défilent en tenu de prisonniers, pour exiger « le jugement des membres du gang du Said (Bouteflika) ».

La gigantesque manifestation n’a pas oublié les martyrs de la guerre de libération à l’exemple de Benmehidi, Abane, Amirouche et Benboulaid dont les portraits étaient présents en force au-dessus de la foule. Les portraits de Ché Guévara et de Lounès Matoub n’ont pas été en reste.

Les représentants du régime (Bedoui, Belaiz, les partis FLN et RND ainsi que Gaid Salah) ont été tous décriés mais Bensalah, intronisé chef de l’Etat, a eu la part belle de la colère populaire qui l’a qualifié de « traître ».

A 16h, la rue Hassiba est bondée de manifestants qui convergent vers la Grande poste. Parmi eux figurent de nombreux supporteurs du club d’El Harrach qui chantaient « si nous étions heureux dans notre pays, nous irons pas émigrer clandestinement (harrga) ».

A 17h15, les rues d’Alger vibrent toujours au rythme de « Echaâb yourid tetnahaw gaâ (le peuple veut que vous dégagiez tous ! » et du chant “la casa d’El Mouradia” [chanson qui mime les différents mandats de Bouteflika, en reprenant la dénomination du palais présidentiel].

Les gigantesques manifestations, qui ont eu lieu aujourd’hui à travers toutes les villes du pays, sont un message fort destiné aux détenteurs du pouvoir, pour les amener à répondre favorablement aux revendications de millions d’Algériens qui exigent un changement radical du système. (Article publié dans El Watan, le 12 avril 2019, à 17h54 heure locale)

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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