samedi
25
mai 2019

A l'encontre

La Brèche

Ahmed Gaïd Salah

Par Kamel Amarni

Le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, depuis In Aménas, dans la 4ème Région militaire. le patron de l’ANP (Armée populaire nationale) prononçait, le mardi 16 avril 2019, un nouveau discours à la Nation, en cette conjoncture de crise politique et institutionnelle sans précédent.

Face à l’intransigeance et la détermination de la rue, du peuple à en finir avec l’ensemble des figures qui symbolisent le régime Bouteflika et qui se trouvent à la tête du dispositif chargé de mener la transition et une armée tout autant attachée au strict respect des dispositions de la Constitution en la matière, le pays est, en effet, à un pas d’une impasse totale!

Gaïd Salah le dit lui-même, dès l’entame de son intervention: «J’insiste, une fois encore, sur la nécessité de suivre la voie de la sagesse et de la patience, étant donné que la situation prévalant au début de cette transition est exceptionnelle et complexe, nécessitant la conjugaison des efforts de tous les patriotes dévoués en vue de sortir indemnes de cette épreuve .»

Cette intervention du patron de l’armée était précédée, quelques heures seulement, par la démission du président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaïz, ce qui, bien entendu, n’est nullement dû au hasard ! « De notre part, ajoutera Gaïd Salah, nous réitérons l’engagement de l’Armée nationale populaire d’accompagner les institutions de l’Etat durant cette transition, tout en soulignant que toutes les perspectives possibles restent ouvertes afin de surpasser les difficultés et trouver une solution à la crise dans les meilleurs délais, car la situation ne peut perdurer davantage, vu que le temps nous est compté .»
Autrement dit, et quitte à sacrifier des personnes, celles que conteste la rue, comme Belaïz, l’armée s’en tient à sa feuille de route : une transition, telle que prévue par la Constitution avec, au bout, une élection présidentielle, comme le suggère si bien cette précision que « le temps nous est compté ».

Après Belaïz, Noureddine Bedoui ? Fort probable. « Nous sommes convaincus, dira à cet effet le patron du MDN, que le peuple algérien digne et civilisé est à même de relever tous les défis et surmonter toutes les crises, grâce à son génie puisé de ses valeurs et fondamentaux historiques et sa longue expérience dans les épreuves et nous affirmons que nous comprenons ses revendications légitimes pour lesquelles nous nous sommes engagés à œuvrer à les concrétiser. Bien entendu, la réalisation de ces objectifs requiert plusieurs étapes nécessitant de la patience, de la compréhension et le rejet de toutes les formes de violence.

Ainsi, l’étape principale étant concrétisée (le départ de Bouteflika, ndlr ) , elle sera certainement suivie par d’autres jusqu’à la réalisation de tous les objectifs escomptés et ce, sans perturber le fonctionnement des institutions de l’Etat, qui devraient être préservées pour permettre la gestion des affaires de l’Etat et les intérêts de nos concitoyens .»

En filigrane, l’armée exclut toute transition en dehors du cadre constitutionnel et institutionnel comme l’atteste la violente attaque de Gaïd Salah contre le général Toufik, qu’il cite nommément, pour la première fois, ce mardi.

«Je lance un dernier avertissement au général Toufik»

J’ai déjà évoqué, dira le chef d’état-major, lors de mon intervention du 30 mars 2019 , les réunions suspectes qui se tiennent dans l’ombre pour conspirer autour des revendications du peuple et afin d’entraver les solutions de l’Armée nationale populaire et les propositions de sorties de crise. Toutefois, ces parties, à leur tête l’ex-chef du Département du renseignement et de la sécurité, ont tenté, en vain, de nier leur présence dans ces réunions , et d’induire en erreur l’opinion publique, et ce, en dépit de l’existence de preuves irréfutables sur ces faits abjects .»
Pour rappel, Gaïd Salah accusait le 30 mars dernier « ces parties » de vouloir imposer « des décisions en dehors de la Constitution en vue de gérer la transition ». Hier mardi, Gaïd Salah rappelait encore : « Nous avions affirmé, ce jour-là, que nous allions dévoiler la vérité et les voici continuer à s’agiter contre la volonté du peuple et œuvrer à attiser la situation, en approchant des parties suspectes, et inciter à entraver les solutions de sortie de crise.

A cet effet, je lance à cette personne (le général Toufik, ndlr) un dernier avertissement , et dans le cas où elle persiste dans ses agissements, des mesures légales fermes seront prises à son encontre .» Pour mieux saisir la teneur de ce message, il convient de rappeler que « les solutions de l’armée et les propositions de sortie de crise » se résument en l’application de l’article 102 de la Constitution.

« Nous, en tant que Haut Commandement de l’Armée nationale populaire et face à la responsabilité historique que nous assumons, respectons parfaitement les dispositions de la Constitution pour la conduite de la transition, et je voudrais réitérer que toutes les perspectives possibles restent ouvertes afin de surpasser les difficultés et trouver une solution à la crise dans les meilleurs délais, de façon à servir l’intérêt suprême de la patrie, sans égard à l’intérêt des individus et que nous n’avons aucune ambition que celle de protéger la patrie, faire régner la sécurité et la stabilité et préserver l’image de marque du pays (…) .» Cela signifie, entre autres, que d’importantes décisions ne vont pas tarder à tomber.

Le nouvel homme fort du pays est, par ailleurs, déterminé à accélérer le traitement des procès qu’il avait « suggéré » la semaine dernière. Dans l’objectif, évidemment, de calmer la rue. Il dira à ce sujet : « Comme j’ai souligné lors d’occasions précédentes, la nécessité pour la justice de poursuivre les individus impliqués dans des affaires de corruption, nous attendons à ce que les instances judiciaires concernées accélèrent la cadence du traitement des différents dossiers concernant certaines personnes ayant bénéficié indument de crédits estimés à des milliers de milliards, causant préjudice au Trésor public et dilapidant l’argent du peuple .»

Faisant enfin allusion aux premiers sérieux dérapages apparus pour la première fois depuis le 22 février , notamment au niveau de la capitale, le chef de l’état-major affirmera que , d’un côté, « la décision de protéger le peuple, avec ses différentes composantes, est une décision irréversible et dont nous ne dévierons point (…) nous avons donné des instructions claires et sans équivoque pour la protection des citoyens, notamment lors des marches .» Ce qui signifie, au passage, que c’est l’armée qui gère directement cette affaire, du moins depuis le 2 avril.
D’un autre côté, Gaïd Salah ajoutera que « cependant, nous attendons, en contrepartie, de la part de notre peuple d’éviter le recours à la violence, de préserver les biens publics et privés et d’éviter d’entraver les intérêts des citoyens.

Je tiens à souligner dans ce cadre la nécessité du respect total des symboles de l’Etat, à leur tête l’emblème national (…) ». Des propos qui rappellent si bien le contenu du communiqué de la DGSN de vendredi dernier.(Article paru dans Le Soir d’Algérie en date du 17 avril 2019)

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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