dimanche
16
juin 2019

A l'encontre

La Brèche

Manifestation à Tizi Ouzou

Par Samir Leslous

Ils étaient des centaines de milliers de personnes à investir les rues de Tizi Ouzou, hier, le 29 mars 2019, pour réitérer l’exigence populaire du départ du système et exprimer le rejet de la solution proposée par le chef d’état-major de l’armée, Gaïd Salah, à savoir l’application de l’article 102 de la Constitution.

Comme tous les vendredis depuis le 22 février, il n’était pas encore midi lorsque les premiers groupes de manifestants ont commencé à se rassembler devant l’entrée de l’université de Tizi Ouzou. La foule grossissait ensuite à vue d’œil. Les manifestants arrivaient, pour la plupart, par carrés entiers, bien organisés et bien encadrés. Il y avait des hommes, des femmes, des personnes âgées, des jeunes et des enfants pour lesquels marcher pour le départ du système est devenu un rituel à ne pas manquer. Il y avait aussi des handicapés sur des fauteuils roulants qui se démenaient mais que tout le monde aidait et des bébés dans des poussettes qui, sans le savoir, participent à la construction de leur avenir.

À 13 heures, la foule s’ébranle dans l’habituelle ambiance, certes festive, parfois même folklorique, mais qui n’a rien perdu de son caractère hautement politique. “Seraqin, khedaine, houkoumat el cocaïne” (“Voleurs, traîtres, gouvernement de cocaïne”), scande-t-on dans le premier carré. “Bouteflika rayeh, rayeh, edi maak Gaïd Salah” (“Bouteflika étant partant, emmène Gaïd Salah”), entend-on un peu plus loin derrière. Plus loin encore on scande à tue-tête “Nehiw lna laissaba nkounou labes” (“Système dégage”, “Gaïd dégage”), et encore “Oulach lgaz à Macron, sehmou s triciti” qui s’adresse au président français, Macron, l’invitant à se chauffer désormais à l’électricité tant il n’y aura plus de gaz pour son pays.

Dans un des carrés du milieu de la marche, apparaît le Dr Saïd Sadi [ancien du Rassemblement pour la culture et la démocratie qui collaborait avec le puvoir en place] avec, à ses côtés, plusieurs figures du Printemps berbère dont Mouloud Lounaouci [ancien membre du FFS – Front des forces socialistes de feux Ait Hamed, il a rejoint le RCD en 1991] et Arab Aknine [ex-militant du FFS]. Sur une pancarte brandie près d’eux, on pouvait lire: «Des cerveaux bien nourris feront tomber un régime bien pourri.» Au centre-ville, la foule devient plus dense encore. Ils étaient des centaines de milliers [la ville de Tizi Ouzou a rassemblé la population de toute la région de 29 mars 2019 – Réd.]. Comme les vendredis précédents, il était quasi impossible d’avancer. Des milliers de pancartes sont partout brandies, aux côtés de l’emblème national et du drapeau berbère. La plupart d’entre elles ont été adaptées à la dernière donne politique.

Elles résument le verdict sans appel du peuple concernant l’application de l’article 102. “Le peuple réclame l’application de l’article 2019 qui veut dire: yetnehaw gâa”, lit-on sur certaines d’entre elles. “Art 7: pouvoir au peuple. Art 2: tromperie du peuple”, “Article 102: on n’a rien changé”, “Non à l’application de l’article 102”. “La Constitution c’est le peuple: appliquez l’art 7”, “Article 7: le peuple est la source de tout pouvoir”, “On ne règle pas les problèmes avec ceux qui les ont créés: dégagez”, “Non à la transition guidée par le régime”, “La justice du peuple demande la prison pour le système”, lit-on sur d’autres pancartes encore.

Des slogans qui ne laissent place à aucune confusion autour de la revendication du peuple et son rejet de toute solution autre que le changement radical du système. A 17h, l’immense foule commence à se disperser dans le calme. (Article publié le 30 mars dans La Liberté Algérie)

Vous pouvez écrire un commentaire, ou utiliser un rétrolien depuis votre site.

Ecrire un commentaire




Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

Recent Comments

Le site alencontre.org existe depuis plus de 12 ans. Il vient de changer d’aspect. De manière significative. Mais il n’a pas modifié ses objectifs : informer, analyser, afin de faciliter une compréhension des réalités économiques, sociales, politiques à l’échelle internationale. Dans ce sens, ce site valorise la liaison qui peut s’établir entre comprendre et agir, dans une perspective socialiste et démocratique. Ce «lifting» a été effectué pour répondre aux exigences d’un nombre croissant de lectrices et lecteurs. Nous espérons que celui-ci entrera en résonance avec les attentes des visiteurs de A l’Encontre et de La Brèche. Il leur appartiendra, aussi, de s’en approprier le contenu et de le commenter. Vous pouvez nous contacter sur redaction@alencontre.org