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décembre 2018

A l'encontre

La Brèche

Le facteur CFF Cargo a sonné!

Publié par Alencontre le 14 - avril - 2008

Le personnel distributeur de La Poste du Tessin dit : ça suffit!

Nous reproduisons, ici, un communiqué de presse et la résolution d’une assemblée des postiers (facteurs) du Tessin. Cette assemblée s’est tenue le jeudi 10 avril 2008 à Bellinzone; soit un jour après la reprise du travail par les travailleurs de CFF Cargo (Officine) et un jour avant leur première assemblée d’information. Cette dernière s’est déroulée le vendredi 11 avril 2008, à 13 heures, dans l’atelier de peinture, «centre» de l’organisation de la grève avec occupation, avec toutes ses composantes de vie collective des grévistes et de ceux et elles qui les soutenaient: repas auxquels participait une partie de la population locale, concerts, conférences, débats et conduite démocratique, durant un mois, de la mobilisation. Votes,  décisions, élections de délégués avec des mandats précis et contrôle de décisions prises traduisaient les traits – certes sous une forme embryonnaire et spatialement limitée – d’une véritable démocratie.

Face à une politique de transformation radicale de l’organisation du travail à La Poste – dont les conséquences déplorables sont ressenties aussi par les usagers [1] – les postiers tessinois revendiquent l’arrêt des détériorations des conditions de travail. Ils veulent assurer un service postal prenant en compte les besoins de la population.

Cette assemblée est, peut-être, le début d’une contestation active plus ample des démantèlements. Les deux documents publiés, ici, l’indiquent. Les travailleurs des Ateliers mécaniques CFF de Bellinzone ont montré et démontré qu’il était possible de dire NON à des «restructurations» décidées d’en haut, d’agir collectivement, d’avoir l’appui de la population. Cela a donné confiance aux postiers.

La proximité et la relation entre ces deux secteurs que sont La Poste et des CFF (lLa Poste est un client important de CFF Cargo), ainsi que le rôle central qu’ont, ancore, ces deux firmes (auparavant régie fédérale) pour des régions périphériques comme le Tessin, sont des éléments qui facilitent l’identification des problèmes communs, du type de contre-réformes mises en oeuvre par les direction set des effets sur l’emploi et le travail.

Le mouvement des travailleurs des CFF de Bellinzone et, à sa façon, la résolution adoptée par les postiers indiquent l’importance d’un syndicalisme différent de celui qui est en vigueur aujourd’hui, même lorsqu’il organise certaines mobilisations, en accordéon, comme l’a fait la direction centrale d’UNIA dans la construction.

En effet, ce syndicalisme qu’exige les «temps présents» prend appui sur la participation directe la plus large des travailleurs, leur compréhension cultivée des enjeux. Il cherche aussi a créé une jonction entre divers secteurs professionnels; il est interprofesssionnel.

Ces questions devront être discutées largement, à l’échelle nationale. Le 1er Mai à Bellinzone sera le plus large possible et réunira une partie majoritaire des salarié·e·s du canton. Il sera placé sous le mot d’ordre Giù le mani dal lavoro! (Bas les pattes devant travail!; autrement dit une mise en question du pouvoir de plus en plus ouvertement despotique du capital sur le travail. Une participation en provenance de toute la Suisse est attendue. Nous reviendrons sur ces thèmes. (réd.)

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Communiqué de presse

Hier soir [10 avril] s’est tenue à Bellinzone une assemblée du personnel distributeur [«facteurs»] pour discuter et dénoncer les graves détériorations des conditions et du climat de travail dans leur secteur, l’unité d’affaire PostMail. Manque de personnel, horaires de travail toujours plus longs, à la limite de la légalité, double tournée et d’autres points encore ont été soulevés. En fait, ces situations sont actuellement de plus en plus fréquentes à La Poste, et cela dans tout le pays.

Cette assemblée a connu une bonne participation, marquée par la présence de postiers venant de tout le canton. De nombreuses interventions, y compris du personnel féminin, ont souligné qu’il est toujours plus difficile, pour ne pas dire impossible, de pouvoir pratiquer le métier de poster; métier qui devient de plus en plus difficile et fatiguant, comme cela a été répété durant l’assemblée

Le personnel s’est déclaré préoccupé par les développements en cours, car dans ces conditions, il ne peut plus assurer un bon service à la population. Par exemple, la direction de La Poste a mis en vigueur une directive selon laquelle lors de l’absence d’un postier (en raison d’une maladie ou d’un accident) sa tournée doit être remplacée, pour une durée maximum de deux à trois jours, par un autre collaborateur; or cela, en réalité, dure des mois et des mois [ce qui signifie que la tournée du postier absent est prise en charge par les collègues de son groupe, accroissant ainsi leur journée de travail].

A tout à cela s’ajoute le fait que, non seulement, l’entreprise a une politique d’engagement du personnel au compte-gouttes, mais que cette politique est scandaleuse dans la mesure où elle propose aux nouveaux engagés – et de façon illégale – des contrats de travail digne du tiers-monde; il est dès lors facile de comprendre la juste colère des postiers qui voient la détérioration constante de leurs conditions de travail, alors que La Poste dégage des profits par centaines de millions.

L’assemblée a voté à l’unanimité une résolution donnant mandat au Syndicat de la Communication d’intervenir auprès de la direction de PostMail région sud afin que soit réglée, au plus vite, cette situation.

Nous pouvons, sans l’ombre d’un doute, affirmer que la lutte menée par les travailleurs des Officine, non seulement a redonné confiance au personnel, mais, en particulier, lui a fait comprendre pourquoi, afin de dire Basta, il faut agir de manière unie et tous ensemble.

Syndicat de la Communication. Angelo Zanetti – Massagno,11 avril 2008

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Résolution de l’assemblée du personnel distributeur de la région sud [2]

Ça suffit !

Le personnel distributeur de la région sud s’est réuni aujourd’hui en assemblée pour dénoncer et discuter de la gravité de la situation ayant trait aux conditions et au climat de travail au sein de leur unité. Manque de personnel, horaires de travail toujours plus longs, à la limite de la légalité, double tournée et bien d’autres choses encore constituent les points les plus marquants des situations toujours plus fréquentes.

L’assemblée estime que le moment est venu de dire «ça suffit!». Il est inacceptable que l’entreprise dégage, d’année en année, des millions de bénéfices [La Poste Suisse a annoncé, le 19 mars 2008, un bénéfice de 909 millions pour l’exercice 2007], alors que le personnel est mis constamment sous pression.

Sur la base de l’exemple de la lutte des travailleurs des Ateliers mécaniques CFF de Bellinzone, l’assemblée considère qu’il est temps d’agir et de ne plus subir.

En conséquence, l’assemblée du personnel distributeur réunie à la Maison du Peuple de Bellinzone, ce jeudi 10 avril 2008, donne mandat au Syndicat de la Communication d’intervenir auprès de la direction de Postmail région sud et décide que :

• La situation doit retourner à la normale au plus vite;
• La disposition selon laquelle une tournée pas faite pour raison d’absence non planifiée doit être prise en charge par l’ensemble du groupe [les six à huit personnes qui constituent un «team»] doit être respectée, c’est-à-dire ne pas dépasser deux à trois jours;
• L’unité d’affaire PostMail doit procéder à l’engagement immédiat de personnel stable (à l’échelle de fonction 3 et à un pourcentage fixe [3], basé sur la Convention collective de travail Poste;
• Le Syndicat de la Communication doit rencontrer les dirigeants de PostMail région sud d’ici la fin du mois d’avril et convoquer une nouvelle assemblée pour rendre compte du résultat. Et, si nécessaire, envisager d’autre mesure de lutte.

Bellinzone, le 10 avril 2008

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1.  Voir à ce sujet les quatre articles parus dans les numéros 3 (De la régie fédérale à l’entreprise privée: procès-verbal d’une liquidation),5 (Quand La Poste sonne les facteurs) et 6 (Le «Lied» du teamleader) de l’année 2007 et 1 de l’année 2008 (Co-exploitation sans jaunisse) de La brèche.

2. La Poste est oranisée en sept régions: Ouest, Nord-Ouest, Nord, Centre, Nord-Est, Est et Sud. La région Sud regroupe le Tessin et le Val Mesocco.

3. L’échelle de fonction numéro 3 et un taux d’emploi fixe désigne les conditions de salaires et d’engagement qui dominent pour l’heure chez la majorité des facteurs postiers. La direction de La Poste projette le remplacement de la moitié du personnel de la distribution des lettres, dans les dix années à venir, par des salarié·e·s engagé à l’échelle de fonction 2 (salaires plus bas) et à un taux d’emploi variable, entre 25 et 60%. Le non-remplacement des postiers absents (que ce soit en raison d’une maladie longue durée, d’un accident, d’un congé maternité, d’un départ à la retraite ou de démissions) par du personnel «EF 3» et au taux d’emploi fixe (100% ou, jusqu’à 70%) est le biais principal utilisé pour, progressivement, modifier dans sa totalité la géographie de l’organisation du travail. C’est d’ailleurs pour s’opposer à cette politique pernicieuse que les postiers tessinois revendiquent un remplacement des tournées vacantes et, cela, à un taux d’emploi fixe et stable. Réd.

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Le travail dans les entrepôts à l’heure de «l’économie numérique»

Entre votre livraison à domicile d’une commande passé à Amazon et les profits nets de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, il y a un «problème». Le tout «fonctionne» sur la base d’une plate-forme qui organise une très nombreuse main-d’œuvre. «Elle» – ses fonctions sont conçues par la direction du groupe – intensifie et contrôle au plus près du travail des salarié·e·s; «elle» contribue à rendre les emplois plus précaires et instables.

Au cours de cette session du séminaire consacré au capitalisme, à Toronto (Canada), Alessandro Delfanti discute des changements à l’œuvre dans l’organisation du travail, de la composition de la classe salariée et de l'évolution des rapports de travail résultant des relations entre le capitalisme et la technologie. Il le fait sur la base d'une étude récente d’un entrepôt d’Amazon en Italie.

Alessandro Delfanti enseigne à l'Institut de Communication, Culture, Information et technologie à l'Université de Toronto. Il fut l'un des principaux membres fondateurs du réseau Log Out! Réseau de résistance des travailleurs et travailleuses à l'intérieur et contre l’économie des plates-formes. Son intervention est en langue anglaise. (Réd. A l’Encontre)

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