dimanche
26
février 2017

A l'encontre

La Brèche

Alep, il y a huit jours

Alep, il y a huit jours

Par A l’Encontre et Ignace Leverrier

Le 10 décembre 2013, Washington annonce, par le biais de son ambassade en Turquie, qu’il renonce à effectuer ses livraisons d’armes non létales à destination du nord de la Syrie. Cette décision survient après la prise de contrôle, le samedi 7 décembre, par des combattants du Front islamique, de plusieurs installations de l’Armée syrienne libre (ASL). Il faut préciser que les armes non létales sont des gilets pare-balles, des lunettes à visée nocturne, des moyens de communication. Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), dans un entretien accordé à RFI, le 12 décembre, souligne que ce fait n’est pas nouveau dans la mesure où le contrôle des équipements livrés est une préoccupation permanente des Etats-Unis, livraisons d’ailleurs plus que restreintes. On pourrait ajouter: d’autant plus si on les compare à celles fournies par la Russie et l’Iran au régime dictatorial de Bachar el-Assad. Ce que, sous un autre angle, confirme Didier Billion: «Les Anglo-Saxons depuis le départ veillent à ne pas livrer d’armement lourd, de l’armement anti-aérien par exemple. C’est l’une des raisons pour lesquelles la rébellion n’arrive pas à s’imposer militairement parce que, ce que l’on constate depuis maintenant quelques semaines, c’est que graduellement et de façon assez méthodique, l’armée restée fidèle au régime de Bachar el-Assad reprend un certain nombre de localités à la fois dans le nord, nord-est et surtout dans le sud de la Syrie, et que militairement les rebelles sont actuellement sur la défensive.»

Les attaques des forces d’Assad se renforcent, actuellement, sur Alep. Ainsi, RFI, rapporte: «Entre le lever et le coucher du soleil, dimanche 15 décembre, c’est une pluie de bombardements [des barils de TNT remplis de métaux] qui a eu lieu à Alep. Six quartiers étaient visés. Et des dizaines de civils ont été tués. Parmi eux des femmes, des enfants pris au piège dans Alep, la grande métropole du Nord… Et pour couronner le tout: les raids aériens. Une pluie de bombes s’abat quotidiennement sur les habitants. Des images publiées sur Internet montrent d’importants dégâts, des habitations en ruine, une ville dévastée. La principale occupation des civils est de dégager les gravats. Sous les décombres se trouvent peut-être des survivants, des miraculés. Les conditions de vie sont très dures et la situation humanitaire est alarmante. Selon certains témoignages, elle ne pourrait plus se dégrader davantage: «A Alep comme dans beaucoup de régions de Syrie, on a touché le fond», confient des militants contactés sur place.»

Pendant ce temps – en dehors de quelques appels, sans grands échos, sur «l’effrayante crise humanitaire» frappant la population d’un pays exsangue – se multiplient les manœuvres diplomatiques en vue de la Conférence de Genève 2, qui devrait se tenir à Montreux, le 22 janvier. Sur le fond, il est possible de résumer de la sorte la position des deux acteurs clés. La Maison-Blanche, sous l’effet de l’expérience irakienne, veut depuis longtemps assurer une permanence des structures étatiques issues du régime des Assad. Dès lors, on pourrait utiliser la formule suivante: le gouvernement des Etats-Unis est favorable à un «assadisme sans Assad». Pour Le Kremlin de Poutine, les «négociations» de Genève 2 devraient aboutir à un «assadisme avec Assad», au moins pour une dite transition. Une «solution» devant assurer les positions russes dans la région. Les autres «acteurs» – Arabie saoudite, Qatar, Iran, Hezbollah libanais – agissent sur cette scène que tentent de configurer les pouvoirs aux Etats-Unis et en Russie.

Dans ce contexte, il nous semble utile de prendre connaissance de la composition du «gouvernement provisoire» qui se veut le représentant de la «rébellion» anti-Assad. Cette présentation est faite par Ignace Leverrier sur son blog, en date du 16 décembre 2013. (Rédaction A l’Encontre)

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Comme elle en avait pris l’engagement lors de sa création à Doha, le 11 novembre 2012, la Coalition nationale des Forces de la Révolution et de l’Opposition syrienne a mis en place, le 12 novembre 2013, à Istanbul, un «gouvernement provisoire». Ses parrains lui avaient réclamé ce gouvernement pour administrer les zones rebelles, permettre à l’opposition en exil de rattraper son retard sur les groupes islamistes implantés sur le terrain et gagner en crédibilité auprès des Syriens de l’intérieur et de la communauté internationale. La Coalition avait donc inscrit dans ses principes fondateurs la composition, mais également le terme de l’action de ce gouvernement:

Logo du gouvernement provisoire

Logo du gouvernement provisoire

«Art. 8 / La Coalition procédera, après sa reconnaissance internationale, à la composition d’un gouvernement provisoire.

Art. 9 / La Coalition et le gouvernement provisoire prendront fin et seront dissous par décision de la Coalition, après la tenue du Congrès national général et la nomination du gouvernement intérimaire.»

L’opération s’est finalement révélée plus délicate que prévue. Soumise à des pressions extérieures constantes par ses multiples parrains et tiraillée entre ses différents financiers, désireux les uns et les autres de peser sur ses équilibres internes et sur son orientation politique, la Coalition n’est pas parvenue comme elle l’avait prévu, lors de son Assemblée générale du 2 mars 2013, à choisir entre les cinq candidats en compétition pour la fonction de premier chef de ce gouvernement provisoire.

Il s’agissait du professeur Burhan Ghalioun, ancien président du Conseil national syrien, de l’homme d’affaires Salem al-Moslet, personnalité de la tribu des Joubour, de l’économiste Ousama Qadi, de l’ancien Premier ministre syrien Riyad Hijab, la plus importante «prise de guerre» de la révolution au sein de l’administration syrienne, et de l’opposant Khaled Moustapha. C’est finalement un outsider, Ghassan Hito, un kurde de Damas émigré aux Etats-Unis et travaillant dans le secteur de la haute technologie, qui est sorti du chapeau, le 18 mars 2013. Son élection ayant été immédiatement contestée pour des raisons sur lesquelles il est inutile de revenir ici, il n’a jamais été en mesure d’annoncer la composition de l’équipe dont il avait pensé s’entourer. Et, le 8 juillet 2013, il a été contraint de jeter l’éponge.

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Pour prendre sa relève, la Coalition nationale a élu, lors de son Assemblée générale du 14 septembre 2013, le Dr Ahmed Tomeh, un arabe de Deïr al-Zor. Comme son prédécesseur malheureux, il appartient à la communauté sunnite et il est tout à la fois démocrate, libéral et conservateur. Mais, alors que Ghissan Hito a fait toute sa carrière aux Etats-Unis, d’où il a gagné la Turquie au cours de l’année 2012 pour participer à l’action humanitaire et contribuer à l’organisation des secours destinés aux réfugiés syriens, Ahmed Tomeh, qui a 48 ans, qui a étudié l’odontologie à la Faculté de Médecine de Damas et qui a travaillé comme dentiste dans sa ville natale, a derrière lui un long parcours de militant politique en Syrie même.

En 1992, il créée avec des amis et des chercheurs une association destinée à «repenser le patrimoine intellectuel islamique» et un groupe d’action non violente et de résistance pacifique. Inspiré par la pensée du Dr Jawdat Saïd, ce groupe est opposé à l’action et aux organisations secrètes au niveau politique. En 1997, il profite d’une brève période de tolérance qui lui permet de prêcher dans certaines mosquées de Deïr al-Zor, d’où il appelle à un «islam éclairé» et fait l’apologie de la non-violence. Mais il est bientôt interdit de prédication pour avoir refusé d’observer une minute de silence à la mémoire de Basel al-Assad, décédé en janvier 1994 au volant de sa voiture à proximité de l’aéroport de la capitale.

En 2001, au début du Printemps de Damas, il contribue à une tentative de relance des Comités de la Société civile, qui revendiquent une marge de démocratie en Syrie, appellent à la libération des détenus politiques et tentent de favoriser l’évolution du pays d’une situation de dictature à la démocratie et au respect des Droits de l’Homme. Il intervient également, à Deïr al-Zor, à Damas et ailleurs, dans les forums de dialogue et d’échanges qui permettent aux Syriens, durant quelques mois, d’exprimer la nature et l’étendue de leurs attentes dans les domaines politique, social, économique et culturel. En 2005, il est cosignataire de la Déclaration de Damas pour le Changement national démocratique, qui se prononce pour un passage progressif et contrôlé de la Syrie de l’autoritarisme à la démocratie. Il est élu secrétaire de son comité exécutif au terme de sa 1ère Assemblée générale, tenue au domicile de l’ancien député et industriel Riyad Seif, le 1er décembre 2007. Il est arrêté moins d’une semaine plus tard et il est condamné à 2 ans et demi de prison, en compagnie d’une dizaine d’autres responsables de ce rassemblement.

Il est remis en liberté en juin 2010 et il prend part, début 2011, aux premiers mouvements de protestation populaire appelant à la chute du régime. Ses interventions sur les chaînes de radio et de télévision étrangères lui valent d’être poursuivi et de nouveau arrêté, en juillet 2011, pour « incitation à manifester et critique du pouvoir en place ». On lui reproche également d’avoir dénoncé, sur les ondes de la BBC et d’Orient TV, la réunion tenue à l’Hôtel Sémiramis de Damas, le 27 juin 2011, par des « opposants » n’ayant jamais participé à une seule manifestation. En août 2011, son nom figure en compagnie de celui de 93 autres Syriens et Syriennes, pressentis pour faire partie d’un « Conseil national intérimaire » dont la présidence pourrait être confiée au professeur Burhan Ghalioun. Fin 2012, il est encore une fois emprisonné, cette fois-ci en raison de son action dans le domaine des secours aux réfugiés dans le gouvernorat de Hassakeh.

Au sein de la Déclaration de Damas, le Dr Ahmed Tomeh représentait, en compagnie de figures historiques de l’opposition – le cheykh Jawdat Saïd, l’avocat Haytham al-Maleh, l’ingénieur Ghassan Najjar… -, un mouvement naissant mais prometteur, le Courant islamique démocratique indépendant en Syrie (CIDIS). Cadre d’action d’une nouvelle génération d’activistes aussi attachés à la démocratie et à l’islam qu’à la Syrie, ce Courant comptait également dans ses rangs le Dr Yaser al-Eiti, le penseur Ali al-Abdallah, l’ingénieur et syndicaliste Marwan al-Ich… Avant de prendre une part active à la création du Conseil national syrien à Istanbul, le 2 octobre 2011, et d’inviter le Comité de Coordination pour le Changement démocratique à y adhérer, le CIDIS s’était mobilisé à Damas et à Alep au début de la révolution, pour inciter les Syriens à descendre dans les rues et à réclamer la liberté et les droits dont ils étaient privés depuis des décennies. Dans une lettre adressée à Bachar al-Assad, Ghassan Najjar s’était même porté garant à titre personnel du bon ordre et du pacifisme de la manifestation prévue à Alep le 5 février 2011. Cela lui avait valu d’être arrêté la veille de ce rassemblement, et d’être retenu en prison en dépit de son grand âge – plus de 80 ans – durant de longs mois…

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Le 12 novembre 2013, soit deux mois après son élection, Ahmed Tomeh a donc soumis au vote de ses camarades de la Coalition nationale, réunis pour une nouvelle Assemblée générale, la liste des douze ministres qu’il souhaitait voir figurer dans son gouvernement provisoire. Neuf d’entre eux seulement ont obtenu les 62 voix requises, à savoir :

* Ibrahim Miro (72 voix), ministre des Finances et de l’Economie,?- Iyad al-Qoudsi (71 voix), vice-Premier ministre,?- Othman Bdiwi (67 voix), ministre de l’Administration locale,?- Elias Wardeh (67 voix), ministre de l’Energie et des ressources minières,?- Yasin Najjar (66 voix), ministre des Communications et de l’Industrie,?- Fayez al-Zaher (65 voix), ministre de la Justice,?- As’ad Moustapha (64 voix), ministre de la Défense,?- Walid al-Zoubi (63 voix), ministre des Infrastructures et de l’Agriculture,?- Taghrid al-Hajali (62 voix), ministre de la Culture et de la Famille.

En attendant d’être en mesure de proposer de nouveaux candidats aux postes laissés vacants par l’échec des prétendants recalés, Ahmed Tomeh a procédé à la redistribution ad intérim de leurs attributions:

* destiné au Dr Ammar Qourabi (30 voix), l’Intérieur a été ajouté aux prérogatives d’As’ad Moustapha (Défense); attribuée à Mohammed Jamil Jarran (47 voix), la Santé a été prise en charge par le Premier ministre; affectés à Abdel-Rahman al-Hajj (59 voix), l’Education et l’Enseignement ont été confiés au vice-Premier ministre Iyad al-Qoudsi.

Ahmed Tomeh a par ailleurs désigné auprès de lui plusieurs conseillers: Ousama Qadi, président du Centre syrien d’Etudes politiques et stratégiques, conseiller pour les Questions économiques; Zaradacht Mohammed, conseiller pour les Affaires politiques; Zaki al-Turkmani, conseiller pour les relations de son Gouvernement avec la Turquie.

Il a finalement nommé le Dr Radwan Ziyadeh, directeur du Centre Damas d’Etude des Droits de l’Homme en Syrie et directeur exécutif du Centre syrien d’Etudes politiques et stratégiques, à la tête de l’Organisation de la Justice transitionnelle.

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On a présenté les raisons et les conditions de  mise en place du gouvernement provisoire de la Coalition nationale des Forces de la Révolution et de l’Opposition syrienne, ainsi qu’une biographie de son chef, le Dr Ahmed Tomeh. On trouvera, dans cette seconde partie, la biographie de ses ministres et quelques observations sur la composition de son gouvernement.

Iyad al-Qoudsi

Iyad al-Qoudsi

Le vice-Premier ministre Iyad al-Qoudsi est originaire de Damas. Il a fait des études d’Informatique et de Gestion à l’Université de Houston, au Texas, et il détient la nationalité américaine. Après avoir travaillé pour la société pétrolière Aramco, il a créé sa propre société de conseils en investissements, en informatique et en recrutement et développement des ressources humaines, MenaScope Consulting WLL. Son siège est au Bahreïn et elle dispose de branches en Arabie saoudite, aux Emirats arabes unis, au Qatar, en Jordanie et aux Etats-Unis. Ses compétences couvrent aussi la gestion de grands projets.

Iyad al-Qoudsi n’avait aucune activité politique avant le début de la révolution. Mais, au cours de 2012 et 2013, il a été l’un des membres fondateurs de la Coalition Démocratique Syrienne. Il est membre de l’Union des Démocrates Syriens que préside Michel Kilo.

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Né en 1978 et âgé de 35 ans, Ibrahim Miro est le benjamin du gouvernement d’Ahmed Tomeh où il détient le portefeuille des Finances et de l’Economie. Membre de la communauté kurde de Syrie, originaire de la région de Hassakeh, il a fait des études d’Economie à Amsterdam, au terme desquelles il a été recruté, en 2006, comme conseiller économique par la Banque centrale des Pays Bas.

Membre du groupe kurde au sein du Conseil National Syrien, il a été élu à son secrétariat général en novembre 2012. Il a participé à des réunions de travail du Groupe d’Action Economique pour la Syrie. Avec un groupe d’activistes kurdes, il a créé à Stockholm, en septembre 2011, l’organisation Assembly of Syrian Youth Abroad (ASKYA), qui se propose de mettre au service des jeunes Syriens en général, et des jeunes Kurdes en particulier, les compétences dans différents domaines des Kurdes syriens installés et travaillant hors de leur pays.

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Le Dr Asaad Moustapha, ministre de la Défense et de l’Intérieur par intérim, est originaire des environs de Hama, où il est né en 1947. Général à la retraite, il a été député de Hama, de 1981 à 1985, puis gouverneur de Hama. Il a succédé à Mohammed Ghabach, en 1992, au portefeuille de l’Agriculture et de la Réforme agraire, dans le second gouvernement de Mahmoud al-Zoubi. Il a conservé son poste dans le premier cabinet de Moustapha Miro, en mars 2000. Mais, au début de 2001, il a refusé de prendre la tête d’un nouveau gouvernement, quitté la Syrie et entamé une nouvelle carrière au Koweït, en tant que conseiller au Fonds Arabe de Développement Economique et Social (FADES), où il travaillait encore au moment où la révolution a débuté en Syrie.

Lorsque la Coalition nationale se met en quête d’un Premier ministre, il figure aussitôt sur la liste des possibles candidats car il est l’un des rares opposants à avoir une carrure d’homme d’Etat pour avoir travaillé dans la haute administration et avoir l’expérience du travail gouvernemental. Mais, alors qu’il s’est immédiatement rallié à la révolution, son passé de baathiste suscite des réticences chez ceux qui se focalisent sur son allégeance antérieure au système en place, oubliant que, phénomène rare en Syrie, il ne possédait ni maison, ni voiture lorsqu’il a abandonné son pays et ses fonctions

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Walid al-Zoubi, qui a hérité du marocain des Infrastructures et de l’Agriculture dans le gouvernement provisoire, est originaire du gouvernorat de Daraa où il est né en 1964. Après des études d’Ingénieur civil effectuées à l’Université de Damas, il émigre pour chercher du travail aux Emirats arabes unis, à la fin des années 1980. Il s’installe à Charjah, où il rachète et relance avec succès, en 1992, la société Tiger Contracting Co menacée de faillite. Ses activités englobent bientôt, outre le bâtiment, l’immobilier, les produits de construction, le tourisme, les voyages, l’hôtellerie, le commerce, l’agriculture et l’enseignement. Son activité s’étend aujourd’hui sur l’ensemble de la Péninsule arabique, au-delà des limites de la fédération.

Dès 2011, il soutient les organisations qui se mettent en place pour assurer l’encadrement de la révolution : Comités de coordination, Organisation générale de la Révolution syrienne, Ligue des Écrivains syriens, Ligue des Oulémas de Syrie, mais également l’Armée syrienne libre et de nombreuses familles de martyrs et de réfugiés. Au printemps 2012, il contribue à la création du Conseil des Hommes d’Affaires syriens pour les Secours et le Développement, qui participe à la distribution de denrées alimentaires et de produits médicaux dans les camps de réfugiés en Syrie et dans les pays environnants. Il lance aussi un Courant des Batisseurs de l’Avenir national, qui vise à regrouper, pour envisager et préparer la Syrie future, des intellectuels, des médecins et des ingénieurs syriens émigrés dans de nombreux pays.

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Natif d’al-Sqilbiyeh, dans le gouvernorat de Hama, le Dr Elias Wardeh, ministre de l’Energie et des Ressources minières, a aujourd’hui une soixantaine d’années. Au terme d’études de physique nucléaire menées à Strasbourg, où il est boursier du gouvernement syrien, il est nommé de maître de conférences à l’Université de Lattaquié. ?Après des heurts avec des membres de la famille al-Assad, il s’exile en France où il se consacre à l’enseignement et à la recherche dans un laboratoire de l’Université de Paris-Sud XI.

Il participe, à partir de 2011, aux congrès et réunions du Comité de Coordination pour le Changement démocratique dont il partage la réprobation pour le recours aux armes par les révolutionnaires. Il adhère ultérieurement au Conseil national syrien, où il fait partie du groupe de la Déclaration de Damas. Il est aussi vice-président de l’association Syrian Christian for Democracy créée aux Etats-Unis en 2011 pour apporter des secours à la population syrienne sans distinction de religion, et pour contribuer à la libération de chrétiens, prêtres ou laïcs, enlevés ou disparus.

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Taghrid Abdo al-Hajali, ministre de la Culture et de la Famille, fait partie d’une famille de notables religieux de la communauté druze de Syrie. Originaire de Salkhad, elle a fait des études de Sociologie à Tunis où elle a obtenu un doctorat en Sciences sociales portant sur « la femme et la télévision ». Elle réside à Londres.

Membre du Conseil National Syrien, elle bénéficie du désistement en sa faveur de Ziyad Abou Hamdan, membre de la même communauté, pour accéder en octobre 2012 à son secrétariat général où elle se voit confier la responsabilité du Bureau des Femmes.

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Né en 1967 à la Mekke, le nouveau ministre de l’Industrie et des Communications Mohammed Yasin Najjar a fait ses études à Alep où il a obtenu, en 1990, un diplôme d’ingénieur en électricité et électronique. Comme son père, Ghassan Najjar, secrétaire du Syndicat des ingénieurs à la fin des années 1970… et emprisonné de ce fait en 1980, il choisit plutôt le militantisme syndical que le militantisme politique, réprimé et peu efficace. En 2009, il est élu pour 5 ans membre du Congrès général du Syndicat des ingénieurs syriens.

Il quitte la Syrie au début de la révolution et préside le comité politique qui organise, le 16 juillet 2011, la « Conférence de Salut » d’Istanbul. Il adhère au Groupe d’Action nationale pour la Syrie dont il devient président du bureau des relations publiques et extérieures. A ce titre il est membre fondateur du Conseil national syrien et membre de son bureau des relations extérieures.

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Le Dr Othman Bdiwi, ministre de l’Administration locale, est originaire de Maarret al-Numan, dans le gouvernorat d’Idlib. Il étudie la pharmacie et travaille en indépendant dans son officine. En dépit des tracasseries et des périodes d’emprisonnement auxquelles il est régulièrement soumis par les moukhabarat, il refuse de quitter son pays.

Dès le début du soulèvement populaire, il joue un rôle important dans la mobilisation de ses compatriotes. En représailles, sa pharmacie est brûlée par les chabbiha. Il est élu président du Conseil révolutionnaire civil créé à Maarret al-Numan pour prendre la place des administrations locales désertées par les responsables élus sous l’égide du régime. A ce titre, il est accueilli en France, en octobre 2012, pour une réunion destinée à étudier les moyens d’aider les villes et régions de Syrie soumises à un blocus par les forces du régime.

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Le ministre de la Justice du gouvernement provisoire, Fayez al-Zaher, est magistrat. Il est né en 1970 et il a exercé la fonction de juge des enquêtes criminelles.

Il a adhéré dès sa défection au Conseil de Justice indépendant créée par les juges et autres magistrats ayant pris leurs distances avec le régime.

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Le chef du gouvernement s’est adjoint 3 conseillers :

Zaradacht Mohammed pour les questions politiques,?- Ousama Qadi pour les affaires économiques,?- Zaki al-Turkmani pour les relations avec la Turquie.

Il a également chargé le Dr Radwan Ziyadeh de présider l’Organisation de la Justice transitionnelle.

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En composant son gouvernement, le Dr Ahmed Tomeh s’est employé à conjuguer au mieux plusieurs impératifs. Il a bâti une équipe composée de personnalités évidemment acquises aux objectifs de la révolution et aux compétences incontestables dans leur domaine, tout en veillant à ce que la majorité des Syriens, toutes communautés et régions d’origine confondues, puissent se sentir en quelque sorte représentés dans son gouvernement.

Si tous les gouvernorats du pays (14) n’ont pas de représentant dans son équipe, compte-tenu du nombre limité de ministres (9) et de l’échec de trois des candidats à obtenir le nombre de voix nécessaires à leur élection, la volonté d’assurer un maximum de diversité est visible dans la pluralité des origines géographiques de ses membres. Avec 2 ministres (Asaad Moustapha et Elias Wardeh), le gouvernorat de Hama est le mieux représenté. Les gouvernorats d’Alep et de Hassakeh ont le privilège de fournir chacun au nouveau gouvernement, outre un ministre (Mohammed Yasin Najjar et Ibrahim Miro), un conseiller du Premier ministre (Ousama Qadi et Zaradacht Mohammed). Les gouvernorats de Deïr el-Zor (Ahmed Tomeh), d’Idlib (Othman Bdiwi), de Daraa (Walid al-Zoubi) et de Soueïda (Taghrid al-Hajali) disposent chacun d’un ministre. Le gouvernorat de Damas également (Iyad al-Qoudsi), mais en est aussi originaire le directeur de l’Organisation de la Justice transitionnelle (Radwan Ziyadeh). Les gouvernorats non représentés dans le gouvernement sont Homs, Raqqa, Lattaquié et Tartous, qui ont pourtant, à la notable exception du dernier, pris une part active à la révolution.

Dans le cadre contraint et par nature limité qui lui était imposé, Ahmed Tomeh a également veillé à la représentation des appartenances communautaires, qu’elles soient ethniques ou confessionnelles. La majorité des ministres appartient naturellement à la communauté majoritaire sunnite. Les autres communautés représentées sont les Kurdes (Ibrahim Miro et Zaradacht Mohammed), les Turkmènes (Zaki al-Turkamni), les Druzes (Taghrid al-Hajali) et les Chrétiens (Elias Wardeh). L’absence la plus notable est celle des Alaouites. Elle s’explique sans doute par la difficulté de ces derniers à trouver leur place dans une opposition qui leur est théoriquement ouverte, mais qui, conditionnée par des décennies de manipulation des appartenances communautaires par le régime des al-Assad, a tendance à considérer les Alaouites avec suspicion et hésite à les considérer pratiquement comme des partenaires à part entière.

La majorité des nouveaux ministres a été formée dans des universités syriennes (Ahmed Tomeh, Asaad Moustapha, Walid al-Zoubi, Mohammed Yasin Najjar, Othman Bdiwi et Fayez al-Zaher). Les autres ont étudié dans un pays arabe (Taghrid al-Hajali) ou en Occident : en France (Elias Wardeh), aux Pays-Bas (Ibrahim Miro) et aux Etats-Unis (Iyad al-Qoudsi). Aucun n’est détenteur d’un diplôme d’une université russe ou d’un pays de l’ex-bloc soviétique, ce qui constitue une rupture avec la plupart des gouvernements syriens de la Syrie baathiste. Une moitié d’entre eux ont exercé leur activité professionnelle dans leur pays (Ahmed Tomeh, Asaad Moustapha, Mohammed Yasin Najjar, Othman Bdiwi et Fayez al-Zaher). Pour les autres, quand ils n’étaient pas nés à l’étranger (Iyad al-Qoudsi), ils se sont fixés dans le pays où ils avaient fait leurs études (Ibrahim Miro et Elias Wardeh) ou sont allés chercher à l’extérieur les opportunités qu’ils ne trouvaient pas (Walid al-Zoubi, Taghrid al-Hajali)) ou qu’ils ne trouvaient plus (Asaad Moustapha) en Syrie.

Comme les formations professionnelles, les appartenances politiques des membres du gouvernement provisoire sont plurielles. Mais elles sont aussi pour la plupart récentes. Le doyen du gouvernement (Asaad Moustapha) a jadis été baathiste, mais il ne l’était plus bien avant que débute la révolution. Un autre ministre (Elias Wardeh), lui aussi baathiste, avait également pris ses distances avec son parti d’origine. Leur chef (Ahmed Tomeh), membre du Courant islamiste démocratique indépendant en Syrie, a été l’un des principaux animateurs de la plateforme politique lancée sous le nom de Déclaration de Damas pour appeler à une évolution contrôlée de la Syrie vers un système démocratique. L’un de ses ministres (Mohammed Yasin Najjar) était pour sa part militant syndical. Avec le début de la révolution, certains membres de son gouvernement ont rallié le Conseil National Syrien puis la Coalition nationale des Forces de la Révolution et de l’Opposition syrienne (Ibrahim Miro, Elias Wardeh, Taghrid al-Hajali, Mohammed Yasin Najjar), tandis que d’autres optaient pour d’autres formes de mobilisation, dans un cadre local (Othman Bdiwi) ou dans un cadre professionnel (Fayez al-Zaher), ou s’engageaient dans des actions de développement ou de type humanitaire (Ibrahim Miro, Walid al-Zoubi).

L’équipe du Dr Tomeh rassemble au final des représentants des deux courants majoritaires parmi les révolutionnaires syriens : le courant « islamiste modéré » qui se caractérise à la fois par son ouverture à la démocratie et un certain conservatisme social (Ahmed Tomeh, Walid al-Zoubi, Mohammed Yasin Najjar, Othman Bdiwi) et le courant « démocrate », autrement dit « laïc modéré », qui appelle au maximum de séparation possible entre la politique et la religion (Iyad al-Qoudsi, Ibrahim Miro, Asaad Moustapha, Elias Wardeh, Taghrid al-Hajali, Fayez al-Zaher).

Faute de pouvoir s’installer à Alep, comme il en avait l’intention, pour des raisons de sécurité, le Dr Ahmed Tomeh a choisi la ville de Gaziantep pour y ouvrir les bureaux de son gouvernement. Dépourvu de véritables moyens, en dépit des promesses de soutien qui ont accompagné l’annonce de son équipe, il doit faire face à des défis considérables, et en particulier aux attentes que ce gouvernement a légitimement créées parmi les Syriens les plus durement affectés par la répression. Ils sont démunis de tout et ils sont des millions… (Ignace Leverrier, 16 décembre 2013)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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