samedi
25
novembre 2017

A l'encontre

La Brèche

Par Paul Wood

Dans la banlieue de Homs, une femme a raconté au journaliste de la BBC Paul Wood que des soldats avaient tranché la gorge de son fils âgé de 12 ans vendredi – un jour après que les combattants rebelles se sont retirés du quartier de Baba Amr. Elle a jouté que 35 autres hommes et garçons de sa région avaient été capturés et tués.

Pendant cinq jours consécutifs le gouvernement syrien a refusé à la Croix-Rouge l’accès à Baba Amr, en invoquant notamment des inquiétudes en ce qui concerne la sécurité (des membres de la Croix-Rouge – sic).

Des militants ont averti qu’il y avait une catastrophe humanitaire. L’électricité, l’eau et les moyens de communication ont été coupés et au cours de ces derniers jours la température est tombée à pic et il a neigé. Les réserves de nourriture sont à un niveau dangereusement bas.

«Des cris»

Jeudi 1er mars 2012, des troupes gouvernementales appuyées par des chars sont entrées à Baba Amr après que l’Armée libre syrienne (ALS) a annoncé un «retrait tactique».

Ici les gens ont été terrifiés par ce que font les forces gouvernementales maintenant qu’elles ont à nouveau le contrôle de la situation.

Nous étions assis dans une maison avec six femmes et leurs 17 enfants. Ils étaient tous arrivés le même jour. Il n’y avait pas d’hommes. «Nous avons marché ensemble jusqu’au check point», a raconté une des femmes, Um Abdo. «Ensuite, ils nous ont séparés des hommes. Ils leur ont mis des cagoules sur la tête et les ont emmenés.» Je leur ai demandé où elles pensaient qu’ils étaient maintenant, et elles ont toutes répondu: «Ils seront massacrés.»

On a expliqué au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et à son partenaire du Croissant-Rouge syrien qu’ils ne pouvaient pas entrer dans ce quartier à cause du risque de mines et de munitions, alors que dans le même temps la télévision d’Etat affirmait que le district avait été «nettoyé» de «groupes terroristes armés». [Divers récits indiquent que les «forces de sécurité» syriennes voulaient faire disparaître les cadavres, en les enterrant, afin de camoufler le massacre des populations civiles.]

Des militants de l’opposition et de groupes de défense des droits humains ont rapporté que les forces de sécurité et les milices pro-gouvernementales avaient rassemblé les hommes et les garçons de plus de 14 ans qui se trouvaient encore à Baba Amr et les avaient torturés et tués. Ces allégations n’ont pas pu être vérifiées, mais les gens qui fuyaient Homs ont confirmé à notre correspondant que les forces de sécurité commettaient des atrocités, y compris des exécutions sommaires et des égorgements de prisonniers.

Une femme qui avait fui en marchant pendant trois jours a relaté que vendredi 2 mars des troupes avaient capturé 36 hommes et enfants d’un quartier et les avaient tués: «Mon fils a été égorgé, il avait 12 ans.» Son mari a expliqué qu’alors qu’il se cachait à une cinquantaine de mètres de là il avait vu un soldat tenir la tête de son fils sous sa botte alors qu’un autre le tuait. «Je pouvais entendre leurs cris», ajouta-t-il.

Une autre femme a dit: «Ils ont pris nos maris. Ils les ont capturés à un check point. Ils vont les égorger comme des moutons.»

Plusieurs hommes qui ont dit avoir déserté d’une unité d’élite de l’armée ont expliqué à notre correspondant (Paul Wood) que des civils étaient visés par les forces de sécurité et que des prisonniers étaient tués. «Un lieutenant nous a donné l’ordre. On nous a dit que dans cette opération: vous tirez sur tout ce qui bouge, vous tirez, que ce soient des civils ou des militaires.»

Notre correspondant a expliqué que les gens de Baba Amr avaient défié le gouvernement et que maintenant ils étaient dispersés et leur soulèvement écrasé.

Lundi 5 mars 2012, la chaîne britannique Channel 4 News a effectué des enregistrements clandestins qui montrent des patients dans des hôpitaux de Homs être torturés par le «personnel médical».

Des images montrent des salles d’hôpital pleines d’hommes blessés, enchaînés à leur lit, les yeux bandés, certains portant des traces de coups sévères. Les autorités n’ont pas commenté ces faits et l’authenticité de la vidéo n’a pas pu être vérifiée de manière indépendante.

La haut-commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Navi Pillay, a déclaré à Channel 4 que ces images corroborent d’autres preuves réunies par une commission d’enquête sous l’égide des Nations unies sur les tortures dans les hôpitaux syriens et en particulier dans les hôpitaux militaires. Elle a déclaré qu’il y avait des preuves d’exactions similaires dans les hôpitaux à Hama et à Deraa.

En février la commission d’enquête indépendante a affirmé que les forces de sécurité syriennes avaient commis des violations des droits humains généralisées, systématiques et choquantes qui équivalaient à des crimes contre l’humanité, et cela apparemment au vu et avec le consentement des responsables aux plus niveaux de l’Etat. […]

Yves Daccord, le directeur général du CICR, avait déjà évoqué son inquiétude concernant la situation humanitaire à Baba Amr et le besoin d’obtenir le droit l’accès. «Nous devons nous montrer fermes et ne pas renoncer», a-t-il dit. «Des négociations sont en cours sur place à Homs avec des commandants militaires ainsi qu’à Damas

Lundi 5 mars, un deuxième convoi du CICR est arrivé à Homs depuis Damas, apportant de la nourriture et de l’aide humanitaire. Mais il reste bloqué. […] (Traduction A l’Encontre)

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Paul Wood est reporter pour la chaîne BBC News

 

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