dimanche
22
octobre 2017

A l'encontre

La Brèche

Par Mya Guarnieri

Au terme d’une bataille juridique qui a duré trois ans, l’ONG israélienne Gisha [fondée en 2005, elle se consacre à la défense du droit à la libre circulation des Palestiniens ainsi qu’à l’assistance juridique des résidents Palestiniens] a obtenu le document des «lignes directrices»  de l’Etat dans lesquels sont détaillées les sévères restrictions que l’Etat d’Israël a imposées à l’entrée de nourriture dans la bande de Gaza entre 2007 et 2010. Ces documents comprennent une estimation des besoins en calories des Palestiniens.

Le document «des lignes directrices» est basé sur des recherches rassemblées par l’establishment des organes de sécurité ainsi que par le Ministère israélien de la santé [1]. Le but de ce document était «d’identifier le point d’intervention pour empêcher la sous-alimentation dans la bande de Gaza.» Selon Gisha, le document comprend «des tableaux calculant les besoins alimentaires des personnes vivant à Gaza selon leur âge et leur sexe.»[2]

Le document comprend des tableaux détaillant les besoins caloriques des Palestiniens selon l’âge et le sexe. Sur la base de ces calculs ainsi que sur les estimations de la quantité de nourriture pouvant être produite à Gaza, le rapport conclu qu’Israël devrait permettre l’accès à Gaza de 106 camions par jour afin de fournir aux Palestiniens leur «portion humanitaire quotidienne» de nourriture, de médicaments et d’autres produits. Israël n’a toutefois autorisé, entre 2007 et 2010, l’entrée dans la bande de Gaza que de 67 camions par jour, en moyenne, chiffre largement en dessous du nombre recommandé.

En beige: moyennes hebdomadaires du volume des cargaisons entrant dans la bande de Gaza selon les normes de 2005 (selon le document); en bleu: volumes réels des biens selon l’UNSCO, l’OCHA-OPT et Pattrade.

D’autres documents de l’Etat d’Israël, obtenus et publiés auparavant par Gisha, détaillent les catégories de nourriture qu’Israël autorise ou non à entrer dans la bande de Gaza. Gisha indique qu’au nombre des produits interdits se trouvaient de «l’houmous [purée de pois chiches et purée de sésame], de la viande fraîche et de la coriandre en poudre.» 

A la suite de «l’incident» de la flottille en mai 2010, Israël a levé les restrictions alimentaires imposées à la bande de Gaza. Israël poursuit cependant ses restrictions aux exportations en provenance de Gaza au travers de ce que des fonctionnaires israéliens nomment une «guerre économique». L’Etat israélien a, en outre, mis en place ce qu’il appelle une «politique de séparation» entre Gaza et la Cisjordanie.

Le directeur exécutif de Gisha, Sari Bashi, remarque que «le contrôle des mouvements opéré par Israël produit une obligation d’autoriser le libre passage des civils et des biens civils, soumis exclusivement à des contrôles de sécurité; c’est là une obligation qui est restée lettre morte jusqu’ici.» 

En dépit du fait que les médias israéliens indiquent habituellement que la fermeture de Gaza a débuté en 2007, le blocus actuel est l’aboutissement de décennies de restrictions imposées à la liberté de mouvement [3]. Celles-ci ont progressivement mis à genoux la bande de Gaza et son économie. Les restrictions imposées aux importations et aux exportations ont été mises en œuvre dès qu’Israël a occupé, en 1967, la bande de Gaza. L’économie locale a été paralysée dès que la Première Intifida a débuté en 1987. Israël a commencé à restreindre la liberté de mouvement des Palestiniens en 1991. Nombreux parmi ceux qui travaillent en Israël commencèrent à ne plus pouvoir se rendre sur leurs lieux d’emplois. A partir de 1993, des fermetures irrégulières de la bande de Gaza se succédèrent, laissant aux employeurs israéliens l’impression qu’ils ne pouvaient plus compter sur les travailleurs palestiniens, ce qui a conduit certains employeurs à remplacer les journaliers Palestiniens par des travailleurs migrants d’Europe de l’est et du sud-est de l’Asie.

Une clôture fut érigée autour de la bande de Gaza en 1995; en 2000 les étudiant·e·s de Gaza qui souhaitaient poursuivre leurs études en Cisjordanie furent sujets à une interdiction générale de voyager. A partir de 2005, soit deux ans avant que le blocus «débute» selon le gouvernement israélien et les médias dominants, les groupes israéliens de défense des droits de l’homme appelaient déjà Gaza «une grande prison».

L’arrivée au pouvoir du Hamas [dans la bande de Gaza] et la capture du soldat israélien Gilad Shalit [juin 2006-libéré en octobre 2011] a servi de prétexte à l’Etat israélien pour compléter la fermeture de Gaza qu’il avait initiée depuis des décennies. Le document des «lignes directrices» permet donc de penser que le blocus de Gaza relève de la punition collective et qu’il n’a bien peu à voir avec la sécurité. (Traduction A l’Encontre)

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* Article publié le 17 octobre 2012 sur le blog israélien +972

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[1] Voir la traduction anglaise réalisée par Gisha: www.ghisha.org/UsersFiles/File/publications/redlines/red-lines-presentation-eng.pdf
[2] http://www.gisha.org/
[3] http://www.myaguarnieri.com/2011/07/when-did-the-israeli-blockade-of-gaza-begin/

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