mardi
12
novembre 2019

A l'encontre

La Brèche

De jeunes détenus palestiniens sous surveillance. Les soldats font généralement irruption dans la maison au milieu de la nuit, saisissent l’adolescent recherché et laissent à la famille un document indiquant où il est emmené. Photo de Breaking the Silence, organisation de soldats israéliens ayant servi dans les territoires occupés et rompant le silence. Cette «illustration» se trouve dans le rapport publié par Netta Ahituv dans Haaretz

Par Edo Konrad

Le 16 mars 2019, sur le site de Haaretz, Netta Ahituv publiait un long rapport intitulé: «Voyage sans fin en enfer» qui réunissait de nombreux témoignages. L’introduction de son reportage était la suivante: «Israël emprisonne des centaines de garçons palestiniens par an. Ils sont saisis en pleine nuit, les yeux bandés et menottés, maltraités et manipulés pour avouer des crimes qu’ils n’ont pas commis. Chaque année, Israël arrête près d’un millier de jeunes Palestiniens, dont certains n’ont pas encore 13 ans.»

Ce 30 juin, sur le site du magazine israélien +972, Edo Konrad, ancien journaliste de Haaretz, posait la question: «Les enfants palestiniens devraient-ils pouvoir appeler leurs parents depuis la prison? La Cour suprême israélienne décidera». (Réd. A l’Encontre)

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Les enfants palestiniens détenus dans les prisons israéliennes classées comme «prisonniers de sécurité» se voient refuser le droit de parler à leur famille ou de la voir, parfois pendant des mois.

La Cour suprême d’Israël entendra les arguments sur la question de savoir si les enfants palestiniens détenus dans des prisons israéliennes devraient être autorisés à appeler leurs parents au téléphone.

Les mineurs palestiniens classés par Israël comme «prisonniers de sécurité», y compris ceux qui attendent d’être jugés pour des délits tels que le jet de pierres, sont soumis à de nombreuses restrictions identiques à celles imposées aux prisonniers adultes, comme le refus de tout contact téléphonique avec leurs parents.

L’administration pénitentiaire refuserait de traiter les mineurs classés comme «prisonniers de sécurité» conformément aux lois et règles israéliennes régissant le traitement des enfants.

Selon l’organisation israélienne de défense des droits humains HaMoked: Center for the Defence of the Individual, qui s’est adressé à la Cour, le Service israélien des prisons (IPS) impose ces restrictions à tous les mineurs, sans tenir compte de la gravité des allégations ou de la durée de la peine de prison.

Les mineurs palestiniens de Cisjordanie, contrairement à ceux arrêtés à Jérusalem-Est et en Israël, sont souvent empêchés de contacter leurs parents pendant des mois, bien après leur incarcération, car leurs parents doivent subir un long processus pour obtenir un permis de visite en prison – même si ces prisons sont en Cisjordanie.

Selon les témoignages recueillis, au fil des ans, par HaMoked et de nombreux autres groupes de défense des droits, les mineurs palestiniens se voient systématiquement refuser tout contact avec leurs parents lors de leur arrestation et sont interrogés sans la présence de l’un de leurs parents, contrairement aux exigences légales en Israël. Ces témoignages montrent également que les interrogateurs israéliens ont souvent recours à la violence verbale et physique, à l’isolement cellulaire et au déni du droit de voir un avocat.

La pétition de HaMoked soutient qu’il est crucial que les mineurs palestiniens puissent avoir des contacts téléphoniques réguliers avec leurs parents, tout en précisant les dommages psychologiques qu’ils pourraient subir en l’absence de ces appels.

Un jeune Palestinien de 15 ans emprisonné par Israël a raconté à HaMoked qu’il n’avait pas encore contacté ses parents deux mois après son arrestation en pleine nuit.

Un communiqué de presse de HaMoked cite le garçon identifié seulement comme K.N.: «Je n’ai pas reçu de visite», «Je ne leur ai toujours pas parlé [à la famille] du tout. Il n’y a pas de téléphone et aucune possibilité de faire des appels téléphoniques de la prison à la famille… Tout le monde me manque, et je ne sais pas quand je les verrai.»

HaMoked a dit avoir demandé à plusieurs reprises que l’administration pénitentiaire israélienne autorise les mineurs palestiniens à téléphoner à leur famille, mais s’est adressée à la Haute Cour après que l’IPS a envoyé une lettre en juin 2016 dans laquelle elle affirmait qu’il n’y avait «aucune distinction entre la nature et le type de délit dont un détenu adulte est soupçonné, accusé ou condamné et celui dont un mineur est soupçonné, accusé ou condamné».

En ce qui concerne l’utilisation du téléphone, l’IPS a déclaré que «l’utilisation du contact téléphonique n’est pas considérée comme un droit pour la population carcérale».

Selon HaMoked, la façon dont l’IPS classe et traite les mineurs palestiniens est «contraire au langage et à l’esprit de la loi israélienne relative aux mineurs en détention, au principe de l’intérêt supérieur de l’enfant, qui constitue un élément fondamental contraignant pour toute action d’une autorité publique, et au droit international, notamment la Convention relative aux droits de l’enfant, à laquelle Israël est partie». (Article publié sur le site israéien +972, le 30 juin 2019; traduction A l’Encontre)

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PS. En date du 3 juillet 2019, Edo Konrad sur le site +972 confirme la décision de la Cour suprême israélienne d’interdire les mineurs emprisonnés d’appeler par téléphone leurs parents, car ils sont considérés, au même titre que des adultes, comme des «prisonniers de sécurité». La demande de lever cette interdiction avait été faite par l’ONG israélienne Ha-Moked (Centre de défense des droits individuels). Cette dernière insiste sur le fait que le Service des Prisons d’Israël ne prend en compte ni la longueur de la peine, ni la «sévérité des accusations». (Réd. A l’Encontre)

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