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25
avril 2017

A l'encontre

La Brèche

Iran. De la «part de l’iman» – khoms – et celle des affaires

Publié par Alencontre le 27 - janvier - 2016
Hassan Rohani avec Matteo Renzi, Rome, 25 janvier 2016

Hassan Rohani avec Matteo Renzi, Rome, 25 janvier 2016

Par Mahnaz Shirali
et Charles-André Udry

(Mahnaz Shirali) Trente-six ans après son avènement, la République islamique ne ressemble plus à ce qu’elle était à ses débuts. Le monde a désormais affaire à une nouvelle génération de dirigeants, dont la logique politique prime sur la logique religieuse. Le pragmatisme du président iranien, Rohani, l’a rendu très populaire auprès de la population, au moment où le clergé chiite est plus détesté que jamais.

Les paradoxes pèsent lourd et les appréciations divergent: les uns y voient un régime totalitaire; les autres le prennent pour une démocratie. Le rôle et la place de la religion ont complètement changé, les appartenances religieuses des Iraniens se sont évaporées, et l’effondrement des valeurs, des normes et des croyances religieuses est tellement profond qu’il est difficile de présager de l’avenir.

Mais, chose remarquable, ce n’est pas seulement la société iranienne qui est sortie de la religion; les ayatollahs au pouvoir, à leur tour, se sont éloignés des univers spirituels pour devenir des hommes politiques à part entière. Loin de ressembler aux «hommes de Dieu», prêchant des discours apocalyptiques, ils sont devenus de fins stratèges qui savent mener à bien leur travail selon la logique politique des modernes.

L’exemple le plus brillant est celui du président Rohani, qui, avant d’être un religieux, est un homme politique, à la hauteur de sa fonction. S’il est difficile de voir en lui un «président démocrate» – il n’a d’ailleurs ni l’ambition ni la volonté de l’être –, il est encore plus difficile de ne pas remarquer le fossé qui le sépare de ses prédécesseurs, à commencer par l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad.

Pragmatisme

En 2013 à l’ONU, par exemple, le discours pragmatique du président Rohani a agréablement surpris à la fois les Iraniens et la communauté internationale, qui étaient habitués à quelqu’un comme Ahmadinejad, annonçant une fin tragique aux grandes puissances du monde et les conjurant d’aligner leur politique selon la volonté de Dieu.

Si les intérêts de l’islam étaient toujours prioritaires pour l’ayatollah Khomeyni et pour ses successeurs, c’est depuis l’arrivée du président Rohani au pouvoir que, pour la première fois depuis l’avènement du régime islamique, les Iraniens entendent parler de leurs intérêts nationaux avant toute considération religieuse. Pour Khomeyni, c’était l’islam qui était en danger et qu’il fallait protéger, alors que, pour le nouveau président, c’est l’économie qui doit être sauvée. Pour n’en citer qu’un exemple, les généraux de l’armée révolutionnaire (pasdarans), au lieu d’être les «soldats d’Allah», sont devenus des hommes d’affaires.

Ainsi, trente-six ans de l’exercice du politique ont changé la nature des religieux au pouvoir. En s’emparant des fonctions étatiques, Khomeyni et ses ayatollahs ont voulu «islamiser» le politique et le soumettre à la transcendance. Mais l’exercice du politique à travers les institutions modernes – comme le Parlement, le Sénat, les Cours suprêmes… –, mises en place sous le régime Pahlavi, les a contraints à s’adapter aux modes de pensée et d’activité liés au monde d’aujourd’hui. Paradoxalement, le régime islamique n’a fait qu’accentuer l’effondrement de la religion en Iran.

L’Iran d’aujourd’hui est loin d’être une démocratie, les droits de l’homme sont les grands oubliés et les prisons sont toujours pleines; pourtant, malgré les apparences, les dirigeants de ce pays sont en train de se libérer de l’emprise de l’islam. Ironie du sort, ces ayatollahs au pouvoir, ces fervents opposants à la modernité, ces ennemis jurés de la démocratie, des libertés et des droits fondamentaux des individus, indépendamment de leur volonté et sans même le savoir, sont en train de devenir des puissants acteurs de la modernité. (Mahnaz Shirali, article publié dans Le Monde daté du 28 janvier 2016)

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Mahnaz Shirali est née à Téhéran. Docteure en sociologie de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, elle est l’auteur de La Jeunesse iranienne, une génération en crise (Le Monde/Presses universitaires de France, 2001 – prix Le Monde de la recherche universitaire) et La malédiction du religieux: la défaite de la pensée démocratique en Iran (Ed. François Bourin, 2012). La perte d’emprise du religieux sur la société iranienne a été identifiée et décrite, notamment par les ouvrages de Farhad Khosrokhavar et d’Olivier Roy. Mahnaz Shirali développe des idées qui s’inspirent en partie d’un auteur discuté et discutable, Marcel Gauchet.

Le site A l’Encontre est en syntonie sur l’analyse de la situation socio-politique et des orientations de la fraction majoritaire actuelle du pouvoir avec les articles publiés sur ce site en date du 17 novembre 2015 et du 18 janvier 2016. Ces articles peuvent être retrouvés sous la rubrique mal nommée ici Moyen-Orient, pays Iran (http://alencontre.org/category/moyenorient/iran). Réd. A l’Encontre

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Iran: «fusion nucléaire» et «union» entre interprètes
des affaires de la terre et du ciel

Par Charles-André Udry

rohani_5506733La visite à Paris du président Hassan Rohani a débouché sur la signature de nombreux contrats pour les industriels français. Avec la levée des sanctions économiques qui ont frappé le pays à partir de 2006, les capitalistes iraniens – entre autres ceux insérés dans l’appareil du pouvoir et pas seulement les capitalistes «privés» – veulent relancer l’accumulation en fusionnant. L’un des principaux objectifs de la tournée européenne du président iranien n’est autre que de donner un signal aux frères jumeaux en affaires: les «investisseurs»français et italiens et leurs «frères» iraniens, sous-traitants ou partenaires junior.

A cela s’ajoute l’échéance électorale de février 2016 qui pour la première fois sera double: celle de l’Assemblée consultative et celle de l’Assemblée des experts (Majles-e Khobregan).

Lesdits réformateurs iraniens se sont réunis jeudi 14 janvier 2016 à Téhéran. Et cela pour la première fois depuis cinq ans, avec l’ambition de reprendre le Parlement aux conservateurs l’an prochain en profitant de l’élan qui avait porté Hassan Rohani à la présidence en 2013.

Mais la précaution et les calculs d’intérêts sont à l’ordre du jour dans ce système analogue à un concile vaticanesque de sélection des candidats et de soutien, plus ou moins discret. Ainsi, étaient absents l’ancien président Akbar Hachemi Rafsandjani (1989-1997) – un des capitalistes d’envergure du pays – et son successeur, Mohammad Khatami (1997-2005), tout en adressant leurs messages à l’assemblée des «réformateurs». Or, les deux ont contribué à la victoire de M. Rohani; entre autres en obtenant le retrait du candidat «réformateur» Mohammad Reza Aref. Rafsandjani va négocier son soutien à Rohani, le soutien des investisseurs et de ceux qui appellent à «l’unité de la nation», tout en «respectant la volonté de la population» et surtout celle des partenaires aptes à s’allier à lui et aux siens dans de grands projets. La tournée de Rohani est donc multiface.

De nombreux secteurs sont ciblés par les groupes français, qui ont signé ce jeudi 28 février une large palette de contrats, plus exactement pour une part importante de simples lettres d’intention. L’Iran fait jouer la concurrence en termes de prix, d’accords de compensation ainsi que de crédits et garanties à l’exportation pour les transnationales françaises étayées par «leur» Etat.

Il en alla de même lors de la visite à Rome. Aussi bien Hollande-Valls que Renzi annoncent des «accords» pour des sommes vertigineuses, d’une part, au moment où l’Iran voit débloquer quelque 100 milliards «planqués» dans le système bancaire international, d’autre part alors que les nouvelles ayant trait au chômage ne sont pas particulièrement brillantes. Sans mentionner la volonté de rendre plus compréhensible et nécessaire un accord entre l’Iran, la Russie, la Chine pour assurer «une transition» qui laisse Bachar el-Assad sur son fauteuil présidentiel, pour une durée indéterminée.

En 2012, dans le cadre de fiançailles dites proches avec General Motors, PSA (Peugeot-Citroën) avait dû délaisser le marché iranien. Ni Téhéran, ni Washington ne voulaient lancer des dragées sur de futurs mariés ayant ce profil. PSA (Peugeot en l’occurrence) a toutefois gardé un marché en Iran évalué à 25% du total. Donc PSA honore Kohrani et des hommes du pouvoir économique et théocratique. Un mixte historique qui ne se limite pas à l’Iran et qui s’illustre dans d’autres pays, au-delà des formes singulières. PSA va donc «co-investir» 200 millions d’euros avec Iran Khodro. Un délai de 5 ans est prévu afin de tester la capacité d’absorption du marché iranien et la conjoncture politique et économique. L’Iran retrouve sa place dans la région. La négociation se fait aussi avec Renault. Le samouraï Carlos Ghosn (Renault-Nissan) a fait rester «sa firme» en Iran. Reste à régler qui seront les partenaires iraniens, avec les prix de transfert, les impôts, le type de partenariat, etc.

Total est évidemment au rendez-vous. Avec la hauteur de vues d’un élu de l’Ecole des Mines, après l’Ecole polytechnique, et de conseiller auprès de Balladur, puis de Fillon, Patrick Pouyanné, le PDG de Total depuis la fin 2015, parle de «début d’une histoire» avec l’Iran. Il est vrai qu’il a déjà exercé ses talents en Angola et au Qatar.

Airbus plane: des protocoles d’accords pour plus de 100 avions. La flotte iranienne a pris de l’âge depuis 35 ans et risque d’être plus du tout vénérable dans les cieux. Mais ces Airbus «pré-réservés» ne portent pas encore sur leur carlingue l’autocollant double: Airbus et Iran Air. Et le BPT rejoint Airbus: Vinci et Bouygues ainsi que la société Aéroports de Paris vont agrandir ou construire des aéroports. La Turquie et l’Egypte vont avoir des concurrents pour «la découverte d’un Iran qui s’ouvre» aux touristes. La gestion des déchets et des eaux, un problème énorme à Téhéran, pourrait être confiée à Suez. Mollahs et hommes d’affaires: une fusion garantie, comme le nucléaire civil iranien. (28 janvier 2016)

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Philippe Poutou et son message lors des 15 minutes avec les 11 candidats sur France 2, le 20 avril 2017


Présidentielle : revivez le passage de Philippe Poutou dans "15 minutes pour convaincre" sur France 2

Parmi les divers thèmes abordés dans sa campagne, le chômage a une place importante. Le chômage est d'abord une arme – ils ne sont pas désarmés – par les employeurs afin de faire accepter plus facilement des conditions de travail épuisantes, dégradées et des salaires de survie. Car, si «cela ne vous convient pas, il y en a dix qui attendent devant la porte».

Le chômage est aussi un coût qui pèse sur celles et ceux qui le subissent, et aussi bien directement qu'indirectement sur leur famille. Tensions, stress accru, dégradation de la santé physique et psychique. C'est inacceptable.

Michel Husson affirme: «La réduction du temps de travail permet la création d'emplois. Mais la condition essentielle est le contrôle des travailleurs et travailleuses sur la réalité des créations d'emplois. Ce sont eux qui doivent décider collectivement de la meilleure manière de combiner les formes possibles de réduction du temps de travail, de manière à prendre en compte les aspirations différenciées de salarié·e.s: réduction quotidienne (tant d'heures par jour); hebdomadaire (par exemple 4 jours), annuelle (journée RTT), pluriannuelle (année sabbatique).»

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