dimanche
30
avril 2017

A l'encontre

La Brèche

Sur la place Tahrir, le 7 juillet au soir

Sur la place Tahrir, le 7 juillet au soir

Par Jacques Chastaing

A 22h47, Daniel Vallot indique que ce soir, 7 juillet 2013, sur la place Tahrir, «les anti-Morsi parlent en effet de “révolte populaire” et rejettent la formule de “coup d’Etat”». D. Vallot continue ainsi: «La majorité des manifestants assurent que l’armée n’a fait qu’accompagner une révolte populaire qui aurait de toute façon submergé Mohamed Morsi. Un chiffre est systématiquement avancé, celui des 30 millions de manifestants qui auraient défilé contre Morsi le 30 juin dernier. Les portraits du général Sissi sont très populaires dorénavant sur Tahrir, mais il y a également beaucoup de banderoles qui proclament le caractère populaire de cette transition. Des affiches anti-américaines sont également très nombreuses, car on reproche beaucoup, ici, à Washington de ne pas soutenir le processus en cours.» (RFI) Pour faire court, on retrouve là les deux grandes tendances au sein du mouvement de masse anti-Morsi. Avec, parfois, des points de rencontre ponctuels entre cesdeux courants (plus complexes, en fait) qui traduisent les effervescences et émotions de millions d’Egyptiens et d’Egyptiennes qui sont entrés sur la scène politique, alors que de nombreux doctes – ou prétendus tels – prophétisaient, il y a peu, l’apathie congénitale du «peuple égyptien». Le site Ahram Online, ce 7 juillet 2013 écrit: «Déclarant ce jour celui de la “légitimité populaire”» [ce 7 juillet 2013, jour ouvrable], les protestataires ont défié les supporters de Morsi, qui ont aussi manifesté en plus petit nombre à travers le pays pour demander la réinstallation du président chassé et rejettent ce qu’ils considèrent comme un “coup d’Etat”». D’Alger, le président de la Commission européenne, l’ex-maoïste portugais et féal de l’administration états-unienne, José Manuel Barroso, a dit qu’il souhaitait vivement le retour à l’ordre constitutionnel en Egypte. Une «feuille de route» est «négociée», par Abdel Fattah al-Sissi et les représentants «libéraux» de l’opposition, y compris pour changer la Constitution adoptée par référendum les 15 et 22 décembre 2012.

Jacques Chastaing fait le point sur la situation, en ce 7 juillet au soir, et continue son travail d’information, d’analyse. Il éclaire ce que la presse laisse dans l’ombre, simplifie, pour le moins, dans ses formules officialistes et télévisuelles. Un indispensable apport à la compréhension de ce processus révolutionnaire en Egypte. (Rédaction A l’Encontre)

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Egypte, 7 juillet, 22 heures : Les anti-Morsi en foule dans la rue, les pro Morsi démoralisés

Ce soir, 7 juillet, il y a à nouveau des foules énormes anti-Morsi rassemblées au Caire place Tahrir et devant le palais présidentiel Ittahidya comme dans les principales villes d’Egypte (et peut-être partout). L’ambiance est toujours à la fête, la célébration de la chute de Morsi. On voit beaucoup de photos de Sissi (le général qui a renversé Morsi) – distribués par l’armée? –  mais l’ambiance est aussi d’abord à dire «c’est une révolution, pas un coup d’Etat». Bref, c’est le peuple dans la rue qui a fait tomber Morsi. Il y a pas mal de photos, affiches, banderoles ou discussions dans ce sens contre les prises de position d’Obama et des autres puissances occidentales (et leurs médias) contre le coup d’Etat, et soutenant la «légitimité »»électorale des Frères Musulmans. Une personne dit que CNN, dans sa propagande, présente la foule place Tahrir comme étant des Pro Morsi. La télé française n’est pas loin d’être tombée aussi bas, tous ses derniers jours. Je me suis demandé à un moment si I Télé n’avait pas fait la même chose que CNN.

Du côté, des Pro Morsi, il n’y avait qu’un appel à une seule manifestation nationale au Caire en trois endroits. Et bien qu’il n’y ait qu’une manifestation nationale – et qu’ils aient beaucoup plus de raison d’être là – ils sont certes nombreux, mais infiniment moins que les anti-Morsi. L’impression: quelques dizaines de milliers chez les pro Morsi; contre plusieurs centaines de milliers pour les anti-Morsi – et seulement au Caire – alors que pour les uns c’est une manif nationale et les autres, une manifestation locale. Un véritable échec pour les islamistes.

De plus, si l’ambiance est euphorique chez les anti-Morsi, chez les pro, c’est un mélange de colère certes, mais aussi de fatalisme et aussi de … soulagement.

Comme s’ils étaient heureux que ce soit fini, plutôt que subir une mort lente sans fin, comme. Probablement, ils la subissaient tous les mois derniers où ils étaient la cible de toutes les colères populaires. Il y avait aussi un courant chez les Frères Musulmans hostile à l’option politique qui ne voulait faire que du religieux. Ceux-là peut-être respirent.

Il y aurait, ce soir 7 juillet, des résidents du quartier Monial du Caire qui sont descendus dans la rue pour bloquer une manif de pro Morsi excités qui voulaient rejoindre la place Tahrir,afin d’y provoquer des affrontements. Dépités, les islamistes ont tiré sur eux.

Déjà hier soir, on avait vu ce genre de choses, alors que l’armée n’intervenait pas pour arrêter les affrontements, des habitants descendant de leurs immeubles pour bloquer et désarmer tout ce qui pouvait ressembler à des islamistes. Il y a eu les résidents des quartiers Boulak, ceux à côté de Maspéro, ceux de Monial au Caire et ceux de Smouha à Alexandrie qui se sont constitués en milice, peut être encore ailleurs. Ces exemples sont significatifs d’une tendance.

On peut se demander pourquoi l’armée n’est pas intervenue hier, ou seulement trois heures après le début des affrontements, alors qu’ils étaient présents partout.

Il faut se dire d’abord, que si l’armée a renversé Morsi, c’est pour couper l’herbe sous le pied à la révolution, c’est-à-dire que l’armée, malgré ses rivalités avec les Frères Musulmans, est au fond plus proche d’eux que de la révolution.

Leur premier ennemi est la révolution et même s’ils arrêtent des dirigeants et cadres des Frères (mais bizarrement hier, ils en ont relâché quelques-uns qui en ont profité pour exciter leurs troupes), ils n’ont peut-être pas tellement envie que ça de détruire tout l’appareil des Frères.

Sadate, Moubarak avaient donné, de fait, aux Frères la responsabilité du social [structures charitables diverses], pendant qu’eux se réservaient le politique et le militaire. Ils se partageaient le boulot, avec des tensions, mais collaboraient étroitement.

Le coup d’Etat militaire a certes fait tomber Morsi, mais il a sauvé les Frères Musulmans d’un effondrement plus grand encore. En effet, si Morsi avait continué à s’accrocher au pouvoir comme il le faisait, c’est peut-être le peuple qui l’aurait jeté, encore plus profondément, avec tous ses affidés.

Les Frères Musulmans auraient disparu. Au moment où les militaires sont intervenus, la révolution voulait la chute de Morsi pas parce qu’il est religieux, mais parce qu’il menait une politique pour les riches. Les «gens» en avaient donc contre Morsi, mais moins probablement contre les Frères Musulmans, dont ils en côtoient un grand nombre dans leurs quartiers.

Par contre si le peuple avait eu à renverser Morsi il aurait dû franchir encore une étape et aurait alors balayé les frères Musulmans.

Là, comme c’est l’armée qui a fait le dernier geste, les Frères pouvaient dire qu’ils étaient victimes d’un coup d’Etat, pas d’une révolution, avoir le soutien des occidentaux, préserver quelque chose. Ceci dit leur politique violente de tous ces derniers jours a du monter bien des gens contre eux, et pas seulement contre Morsi.

Pour en revenir à hier soir, je me suis même demandé si l’armée n’est pas intervenue au moment où elle a senti que les frères Musulmans pouvaient être balayés par le peuple qui descendait de ses immeubles, et les Ultra qui commençaient à intervenir à Tahrir parce que Tahrir et la révolution pouvaient paraître menacés.

Bref que l’armée est intervenue plus pour protéger les Frères Musulmans que pour protéger les anti Morsi. Bien sûr, sur le fond, l’armée a aussi besoin de jouer ce rôle d’équilibre entre anti et pro Morsi, en Bonaparte, pour justifier toutes les mesures d’Etat, type couvre feu, mesures d’urgence, etc. pour éviter le « bain de sang » et ne pas être trop sous la pression de la seule révolution. S’il n’y a qu’un camp, elle aura plus de mal.

Enfin l’armée a un problème, c’est qu’elle a – en son sein – des soldats et officiers Frères musulmans comme des anti Morsi, la position d’équilibre est plus facile. Enfin, elle n’est pas nécessairement obéie, pour tout et n’importe quoi. J’ai vu sur des vidéos des officiers et soldats fraterniser avec les islamistes et l’inverse; un blindé couvert d’une grappe de jeunes anti-Morsi, foncer vers une manif pro Morsi, qui s’est sauvée.

Est-ce parce que le char avait été pris par les anti-Morsi, ou parce que le pilote, paumé, ne savait plus quoi faire… Bref, ils n’avaient pas trop envie d’un contact prolongé de soldats avec le peuple, surtout tant qu’il n’y avait pas d’affrontements clairs et de positions claires. (7 juillet 2013, 20 heures)

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Le chômage est aussi un coût qui pèse sur celles et ceux qui le subissent, et aussi bien directement qu'indirectement sur leur famille. Tensions, stress accru, dégradation de la santé physique et psychique. C'est inacceptable.

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