samedi
18
novembre 2017

A l'encontre

La Brèche

Arabie saoudite. Le pouvoir saoudien renforce encore son emprise

Publié par Alencontre le 14 - septembre - 2017

Mohammed Ben Salman (MBS), nouveau prince héritier d’Arabie saoudite: dirigeant militaire de la guerre au Yémen et du plan de réduction de la dépendance au pétrole

Par Georges Malbrunot

Alors que le très secret royaume d’Arabie saoudite est plongé dans une crise avec son voisin du Qatar, en l’espace d’une semaine, ses autorités ont arrêté plusieurs influents prédicateurs religieux et mis hors d’état de nuire une cellule de djihadistes liés à l’organisation Etat islamique (EI). Deux Yéménites ont ainsi été appréhendés, qui projetaient de commettre un attentat suicide avec la complicité de deux Saoudiens contre des bâtiments du ministère de l’Intérieur, selon l’agence officielle SPA, qui n’a pas précisé la date de leur arrestation. Les présumés kamikazes s’étaient réfugiés dans une petite maison discrète où, selon l’agence SPA, ils s’entraînaient à l’utilisation de vestes d’explosifs.

Depuis 2014, l’Arabie saoudite a été la cible de plusieurs attentats meurtriers revendiqués par la branche locale de l’EI. Au cours de la décennie précédente, al-Qaida avait déjà multiplié les actes de violences contre des symboles du pouvoir saoudien, qui avait dû son salut au professionnalisme du prince Mohammed Ben Nayef, le patron de l’antiterrorisme, ex-prince héritier que son adversaire au sein de la famille royale, le prince Mohammed Ben Salman (MBS), a récemment écarté de la course au trône. Alors que la rumeur annonce une possible abdication du roi Salman, âgé de 82 ans et diminué par la maladie, au profit de MBS, son fils préféré, ce dernier a repris à son compte la lutte contre les extrémistes islamistes, qui bénéficient toujours d’un terreau favorable au «royaume des deux mosquées sacrées».

Plus intrigante est l’arrestation – non confirmée par Riyad – de Salman al-Awda, Awad al-Qarni et Ali al-Omari, trois prédicateurs, très suivis sur les réseaux sociaux; al-Awda a 14 millions d’abonnés sur Twitter. Trois hommes en marge du tout-puissant bastion des oulémas officiels, ce pilier du pouvoir saoudien, depuis sa fondation.

Dans les années 1990, Salman al-Awda avait participé à l’opposition islamiste appelée la Sahwa (Le réveil), impulsant des débats sur les libertés publiques et individuelles, ou appelant en 2011 à des élections et à une séparation du pouvoir. Autant de menaces pour la monarchie qui l’emprisonna entre 1994 et 1999, son mouvement étant inspiré des Frères musulmans, organisation combattue par le régime saoudien.

Est-ce un hasard? Dans ses derniers tweets, Salman al-Awda avait appelé les frères ennemis saoudiens et qatariens à trouver une issue négociée à la crise qui dure depuis 100 jours maintenant, et menace la stabilité du Golfe.

«Puisse Dieu mettre de l’harmonie dans les cœurs (des dirigeants du Golfe, NDLR) pour le bien-être de nos peuples», écrivait-il samedi dernier, quelques heures après un appel téléphonique de l’émir du Qatar Cheikh Tamim al-Thani au prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman. Un appel fortement suggéré par Donald Trump, qui souleva l’espoir que des négociations puissent s’engager entre Riyad, Abu Dhabi et Doha, pour mettre un terme à l’embargo qui frappe le Qatar, accusé par ses voisins de soutien au terrorisme. Mais ces espoirs furent douchés par un communiqué saoudien.

Une crise qui s’éternise

Au-delà des sympathies de ces prédicateurs pour les Frères musulmans – levier du Qatar pour peser dans les affaires du monde arabe – les raisons de ce durcissement saoudien trouvent leur origine dans la volonté de MBS de mettre au pas toute opposition dans une période particulièrement sensible pour le royaume. C’est l’avis de nombreux experts, qui relèvent plusieurs périls concomitants pour le jeune et ambitieux prince de 32 ans. Outre sa guerre au Yémen dont il n’arrive pas à s’extraire, face au Qatar, l’Arabie, épaulée par les Emirats, n’a pas réussi à faire rendre gorge à Doha. Riyad et Abu Dhabi ont perdu la bataille de la communication. D’où la récente décision saoudienne d’ouvrir en Europe – Londres, Paris, Berlin notamment – des «hubs de la com» pour améliorer l’image du royaume. D’autre part, le plan de MBS de réformes de l’Arabie à échéance de 2030 connaît des ratés. Le prince héritier qui, d’un commun accord avec Paris, a reporté une visite prévue en France en septembre, pourrait en revanche se rendre aux Etats-Unis, où Donald Trump entend bien jouer les médiateurs d’une crise, qui s’éternise. (Publié dans Le Figaro du 14 septembre 2017)

Vous pouvez écrire un commentaire, ou utiliser un rétrolien depuis votre site.

Ecrire un commentaire




Le 21 septembre une nouvelle journée de mobilisation contre le «Code du travail à la Macron» aura lieu en France. Le 22 septembre, le Conseil des ministres examinera les ordonnances de Ia «loi travail XXL». Puis le Président signera et le Parlement n’aura rien à dire, de facto. Donc seule l’action directe prend toute sa place. Et les explications, par exemple, que donnent du contenu de cette contre-réforme les membres du Syndicat des Avocats de France

8. L'accord d'entreprise primera sur la loi et le contrat de travail

9. Casser la loi

10. La fusion des instances représentatives du personnel

11. Diluer la négociation collective

12. Le fonctionnement des instances représentatives du personnel

13. Le recours au référendum

Recent Comments

Le site alencontre.org existe depuis plus de 12 ans. Il vient de changer d’aspect. De manière significative. Mais il n’a pas modifié ses objectifs : informer, analyser, afin de faciliter une compréhension des réalités économiques, sociales, politiques à l’échelle internationale. Dans ce sens, ce site valorise la liaison qui peut s’établir entre comprendre et agir, dans une perspective socialiste et démocratique. Ce «lifting» a été effectué pour répondre aux exigences d’un nombre croissant de lectrices et lecteurs. Nous espérons que celui-ci entrera en résonance avec les attentes des visiteurs de A l’Encontre et de La Brèche. Il leur appartiendra, aussi, de s’en approprier le contenu et de le commenter. Vous pouvez nous contacter sur redaction@alencontre.org