jeudi
27
juillet 2017

A l'encontre

La Brèche

Rédaction

Nous publions, ci-dessous, la suite des Bulletins quotidiens de l’Union syndicale Solidaires.

Le 17 octobre 2010, sur le site Mediapart, selon Mathieu Magnaudeix, le «pari [est] gagné, à nouveau. Pour la cinquième fois en un mois et demi, les syndicats ont réussi à faire défiler les Français en masse samedi contre la réforme des retraites.

En tête du cortège parisien, gai et plus jeune qu’à l’habitude, les leaders syndicaux ont une nouvelle fois demandé au gouvernement d’en tirer les conséquences politiques, à trois jours du vote de la loi au Sénat. «Le mécontentement est fort», a estimé François Chérèque. Ajoutant: «Il faut (…) suspendre le débat parlementaire. Il est temps que ce gouvernement qui radicalise, qui bloque le pays, qui est devenu sourd, ouvre le dialogue avec les organisations syndicales qui le souhaitent.» La CGT, qui parle d’un «mouvement d’ampleur inégalée depuis de nombreuses années», a une nouvelle fois demandé aux sénateurs «de ne pas voter le texte de loi», et réclamé elle aussi l’ouverture de négociations. […]

Selon Annick Coupé (Solidaires), «le mouvement ne désarme pas, se développe et s’enracine. Rien n’est joué si le mouvement continue à s’élargir et à se durcir». Continuer au-delà du vote de la loi [le mercredi 20 octobre au Sénat] ? S’incliner devant la légitimité politique d’une loi votée au Parlement? Voilà précisément le dilemne qui pourrait vite provoquer de profondes dissensions dans l’intersyndicale…

Car s’ils multiplient les déclarations optimistes et les appels à une négociation en bonne et due forme, les responsables syndicaux s’inquiètent déjà de la suite des événements. Grâce à leur unité, ils ont réussi à installer un mouvement de longue haleine, régulièrement rythmé par des journées d’action bien suivies. Mais maintenant? Le calendrier se resserre franchement. […] Les grèves reconductibles, prônées par FO, la FSU, Solidaires et une partie de la CGT, ne prennent pas vraiment, limitées par des «freins objectifs» (le chômage, la précarité, les bas salaires), dit Jean-Marie Pernot, chercheur à l’Ires.

«Cette mobilisation est paradoxale, analyse Guy Groux, directeur de recherche au CNRS. D’un côté l’opinion se montre assez hostile au projet gouvernemental et une partie manifeste, mais il y a beaucoup moins de répondant quand il s’agit de s’engager dans la grève, surtout dans le privé.»

Dans le même temps, les lycéens semblent décider à se remobiliser dès lundi mais leur mouvement échappe aux organisations syndicales, qui ne voient pas cette spontanéité désorganisée d’un bon œil. Quant aux étudiants, ils ne sont toujours pas vraiment entrés dans la bataille. […]

Sortir du conflit? Annick Coupé dit qu’on en est pas encore là. Elle ne renonce pas au scénario d’un blocage du pays. «De nouveaux secteurs entrent dans la contestation.» Référence aux routiers, si mobilisés en 1995, qui tiennent des AG lundi 18 octobre 2010.

A la CGT, certains secteurs continuent à faire monter la pression. La CGT-cheminots a appelé à «renforcer» la grève dès dimanche soir, mais le taux de grévistes ne cesse de baisser depuis mardi 12 octobre 2010. Dans la pétrochimie, bastion CGT, le conflit reste très dur. Les douze raffineries du pays sont en grève, dix sont déjà à l’arrêt ou en cours d’arrêt.

L’aéroport de Roissy ne dispose de réserves de kérosène que jusqu’à mardi 19 octobre, et 230 stations-service sont à court de carburant – le gouvernement, lui, exclut toute pénurie.

Tenter de bloquer le pays en s’appuyant sur des secteurs clés? L’idée peut paraître tentante pour tordre le bras au gouvernement. […] Ces temps-ci, le discours officiel de la CGT, divisée entre contestataires et réformistes, est encore plus sibyllin que d’ordinaire. Ainsi, le secrétaire général de la CGT (Bernard Thibault) refuse de faire de la pénurie d’essence un «objectif», mais souhaite un «mouvement que le gouvernement ne pourra pas éluder», sans dire quelle pourrait en être la nature…

«Même une loi votée ne met pas un terme à la contestation», précise Thibault, se reférant implicitement au CPE, voté par le Parlement en 2006, et dont les manifestants avaient eu la peau.

Bravade rhétorique pour calmer la base (et sauver les apparences), ou vraie volonté d’en découdre? Le patron de la CGT va devoir clarifier ce flou assez vite: jeudi 21, l’intersyndicale doit décider des suites à donner au mouvement. Or parmi les syndicats, deux camps émergent. Il y a ceux qui veulent porter le rapport de force le plus loin possible, comme Solidaires, la FSU, etc. Et ceux qui voient difficilement comment continuer à contester la loi dès lors qu’elle sera votée. Entre les deux, il y a la puissante CGT, tiraillée entre les inclinations réformistes de son sommet et la culture du conflit de sa base… «Il faut éviter un effilochage du mouvement, explique Alain Olive (Unsa, réformiste), qui ne voit pas franchement dans le mouvement lycéen le fameux élargissement tant attendu. Même si nous trouvons que cette loi est entachée d’illégitimité, nous sommes en démocratie et il y a quand même une différence entre un projet de loi et une loi votée par les représentants du peuple.» En clair: il faut savoir arrêter une grève… A la CFDT, on fait la même analyse, sans le dire aussi clairement. «Si la loi est votée, la situation sera différente. Il faudra en tenir compte, de même que des vacances et de la lassitude des salariés», explique Chérèque. La CFDT pourrait-elle rompre avec la CGT? Non: «Si les deux plus grands syndicats français se déchiraient, ça plairait à beaucoup de gens, explique-t-il à Mediapart. On retrouverait les vieux schémas. Eh bien non: je n’ai pas envie de faire plaisir.» Pour les organisations, la situation est complexe. Si elles n’arrivent pas à minorer leurs dissensions, l’intersyndicale éclate et tous en pâtiront. Si elle tient, cela ne change rien au fait que, malgré plusieurs manifestations réussies, des actions nombreuses sur le terrain, et la sympathie de l’opinion, elles n’ont aucun trophée à afficher. Pas la moindre concession gouvernementale à accrocher au tableau de chasse… «Les syndicats sont dans une nasse, estime Françoise Piotet, professeur de sociologie à la Sorbonne, spécialiste de la CGT. Ils ont même perdu quelque chose d’invraisemblable: dans la loi, une réforme de la médecine du travail est passée en douce, qui est tout simplement un décalque des propositions du Medef….»

A l’entendre, le mépris dans lequel le pouvoir tient les syndicats est donc total. «Dans les prochaines semaines, les syndicats peuvent perdre beaucoup. Mais le pouvoir aurait tort de les humilier, prévient-elle. Quand les syndicats sont affaiblis, le risque d’explosion tous azimuts est grand. Et le retour de bâton politique pour le pouvoir risque d’être très douloureux.» En 2012. Ou même avant.»

*****

Bulletin Solidaires du 16 octobre 2010

La grève continue. Des centaines de manifestations sont organisées dans toute la France. Le renforcement du mouvement en début de semaine prochaine s’organise. Le gouvernement lâche sa police contre des piquets de grève et contre les lycéens et lycéennes.

La grève reconductible s’étend

Cinquième jour de grève dans le pays. Là où le mouvement est reconduit depuis mardi 12 octobre, il tient bien, malgré les diverses attaques patronales et gouvernementales (interventions policières, manipulation des chiffres de grévistes, menaces vers les salarié·e·s qui rejoignent la grève, etc.).

Les Assemblées Générales ont reconduit la grève, la plupart du temps jusqu’à lundi.

On note l’entrée en grève de plusieurs entreprises et services vendredi, mais surtout de nombreuses décisions d’extension du mouvement à compter du début de semaine prochaine: routiers, fonction publique, industrie, et bien d’autres… les secteurs les plus divers s’organisent pour développer la grève reconductible en cours depuis le 12.

L’Union syndicale Solidaires appelle à l’extension du mouvement

Mêmes les «grands» médias le reconnaissent: la population soutient massivement le mouvement. Le meilleur moyen de soutenir les grévistes, c’est de faire la grève.

C’est surtout la solution efficace pour gagner l’abandon de ce projet de loi. C’est ce que font de plus en plus de salarié·e·s: par la grève totale partout où c’est possible, parfois par des débrayages quotidiens comme dans les centaines d’entreprises de la Métallurgie, de la Chimie, de la Construction qui sont touchées par la grève.

L’Union syndicale Solidaires réaffirme sans ambiguïté son appel à la grève interprofessionnelle, reconductible en Assemblées Générales.

Nous y travaillons avec de nombreuses autres équipes syndicales. Nous constatons son développement, qui va prendre une tournure décisive en début de semaine.

Aujourd’hui, on manifeste !

Partout en France, ce samedi est jour de manifestation. Nous serons encore une fois des millions de salarié·e·s, de retraité·e·s, de chômeurs·ses, de jeunes en formation, à exiger le retrait du projet de loi.

C’est important dans le cadre du rapport de force qui nous oppose au gouvernement et au patronat, car cela donne une visibilité à notre mouvement.

Et demain on continue…

On continue par la grève, par la nouvelle journée de manifestations de mardi, par les rassemblements, blocages, initiatives diverses décidées chaque jour par les salarié·e·s en lutte et leurs organisations syndicales.

Dans beaucoup de départements, Chambres de Commerce et d’Industrie et locaux du MEDEF font l’objet de l’attention particulière des grévistes, qui pointent ainsi directement les commanditaires du projet de loi sur les retraites.

On continue aussi en amenant toujours plus de collègues, de voisins, de proches, dans la lutte. Celles et ceux qui veulent nous prendre des années de temps libre ont pour eux le poids de l’argent qu’ils·elles nous volent. Nous avons, nous, la force du nombre, de la sincérité, de la détermination, de la solidarité.

Nous ne voulons pas des légions d’honneur qu’Eric Woerth distribue si généreusement à ses amis; nous voulons le respect des travailleurs·euses, la justice sociale, une autre répartition des richesses que nous produisons.

Nous voulons et gagnerons le retrait du projet de loi !

Etre jeune n’est pas un délit !

Le gouvernement affiche tout son mépris pour les jeunes, en les faisant passer pour des imbéciles manipulés par les organisations syndicales. Dans le même temps, il recourt à la vieille pratique des provocations policières pour tenter de faire dégénérer leur mouvement. L’Union syndicale Solidaires soutient les jeunes lycéen·ne·s et étudiant·e·s qui prennent leur place dans les luttes sociales en cours, nous affirmons l’autonomie des mouvements de jeunesse, et condamnons la violence exercée par le Pouvoir à leur encontre.

*****

Bulletin de Solidaires du 17 octobre 2010

Des millions dans la rue

Pour la sixième fois en un mois, nous étions des millions dans la rue, hier samedi 16 octobre.

La persistance de ce fort nombre de manifestant·e·s montre à quel point le projet de loi sur les retraites est rejeté par la population.

Demain la grève continue

On continue la grève reconductible entamée le 12 octobre. C’est ce qu’ont décidé les Assemblées Générales qui se sont réunies dans quelques secteurs samedi. Mais beaucoup avaient, dès vendredi, reconduit le mouvement jusqu’à lundi.

Lundi, marquera d’ailleurs l’entrée en grève de nouvelles professions… et mardi l’ensemble des syndicats appelle à une nouvelle journée nationale de grèves et manifestations partout en France.

La semaine prochaine sera extrêmement importante. Dès lundi, la grève doit prendre de l’ampleur… nombre d’indications vont dans ce sens.

Retrait du projet de loi !

Mercredi 20 octobre 2010, le Sénat veut voter cette loi.
Sur la base de quel mandat ? Celui donné par le Président de la république qui, il y a quelques mois, expliquait que «le report de l’âge de la retraite n’est pas dans son programme» ? Une autre solution serait de prendre en compte l’avis des millions de salarié·e·s qui s’opposent à la régression sociale.

Retirer ce projet de loi, puis négocier sur la base des revendications syndicales qui portent sur l’amélioration de la protection sociale, la lutte contre la pénibilité du travail et sa compensation… Voilà un mandat clair !

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