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avril 2017

A l'encontre

La Brèche

Royaume-Uni. Le Brexit et la montée du racisme

Publié par Alencontre le 2 - juillet - 2016

0,,19065588_303,00Par Neil Faulkner

Des fragments de la gauche vivent dans le déni concernant le vote Brexit [voir ici l’article antérieur sur cette question]. De nombreux socialistes [terme à la connotation radicale aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, contrairement au «continent»] ont mené campagne en faveur du Leave sur l’appréciation que l’UE (Union européenne) est contrôlée par des banquiers et des bureaucrates, qu’elle est connectée à l’austérité, aux privatisations et à la financiarisation de l’économie et, enfin, que l’entrée en crise de ce mega-projet des élites politiques et entrepreneuriales sera une opportunité pour la gauche. Nous savons désormais que c’est là une erreur. Il nous incombe de faire face à cette réalité.

Le référendum sur l’UE n’était pas une bataille entre la gauche et la droite. Ce n’était pas un débat portant sur le capitalisme contre le socialisme, entre le 1% et la classe laborieuse. Il s’agissait essentiellement d’une division des conservateurs qui mettait aux prises une droite «molle» contre une droite «dure». Les partisans du Brexit ont utilisé deux arguments principaux.

Le premier était un argument contre l’Etat. Son refrain: «nous devons reprendre le contrôle». Ce contrôle, nous a-t-on dit, était aux mains des bureaucrates de l’UE. La haine populaire des élites patronales et politiques a ainsi été canalisée contre une section de celle-ci (l’élite de l’euro) par une autre section (la droite conservatrice).

Le deuxième argument était contre les migrants. Dans ce cas, le mécontentement populaire émergeant d’une pauvreté croissante de la base de la société a été dirigé contre d’autres sections de la classe laborieuse. L’argument explicite était que les migrants en provenance de l’UE constituaient le problème. L’argument implicite – comme c’est toujours le cas avec les discours racistes ou xénophobes – était que toute personne «pas comme nous» est un problème. Ainsi, le contrecoup du Brexit frappe les musulmans britanniques autant que les travailleurs migrants polonais.

Malgré cette leçon à l’école de la dure réalité historique, des sections de la gauche restent frappées de déni. Ce que je peux encore entendre peut se résumer ainsi:

«Toutes les personnes qui ont voté Leave ne sont pas racistes. Les gens ont voté Leave pour de nombreuses raisons. Il y avait de bonnes raisons de voter ainsi. Il s’agissait véritablement d’un vote de classe contre les élites. La droite a détourné la campagne, l’a teintée de racisme et les médias libéraux ont colporté cela sous une forme paternaliste. Le Remain constituait une campagne du grand capital qui n’offrait rien aux gens. Les opposants au Brexit ne sont que des apologistes de l’UE.»

Cette opinion est soulignée par une décomposition des données statistiques du vote dont le but est de montrer que le vote Remain est de la classe moyenne alors que le Leave est de la classe laborieuse. Lisez, par exemple, l’article de Charlie Kimber intitulé le Vote Brexit est une révolte contre les riches publié sur le site du Socialist Workers Party (SWP) ou encore le texte d’Alastair Stephens Ce vote est bien plus qu’un vote sur l’immigration sur le site de Counterfire [organisation issue d’une rupture avec le SWP].

L’argument rate sa cible à tous les coups. Personne n’a dit que tous ceux qui ont voté Leave sont racistes. Personne ne nie que la campagne du Leave a surfé sur des réservoirs profonds de misère et de désespoir. Personne ne doute qu’un grand nombre de personnes ont voté Leave parce qu’ils sont pauvres et sans pouvoir. Personne n’affirme que la campagne Remain représentait les intérêts de la classe laborieuse.

En ce qui concerne les statistiques de vote, l’utilisation de ces dernières de cette façon revient à abandonner l’analyse marxiste au profit de la sociologie «bourgeoise». Le marxisme voit l’affrontement de classes comme un processus contradictoire et dynamique et non comme une matière pour des catégories statiques.

Toutefois, même au niveau de la psephologie – nom par lequel se nomme la prétendue science qui étudie le comportement électoral [terme qui renvoie à la pierre qui enregistrait le vote en Grèce antique] – l’analyse Lexit [contraction de left, la gauche, et d’exit, la sortie; soit la campagne de gauche en faveur du Brexit] est défaillante. L’appartenance aux syndicats est bien plus élevée parmi les travailleurs diplômés du secteur public que parmi les travailleurs non qualifiés du secteur privé; la probabilité que les premiers aient voté Remain est bien plus élevée. Il y a quelques indices qui montrent également que jusqu’à deux tiers des électeurs travaillistes ont voté Remain. Et, bien sûr, il y a des évidences claires que les jeunes ont voté largement Remain.

Retournons maintenant aux catégories marxistes. Quelle est cette stratégie socialiste qui s’oriente sur les fractions les plus arriérées et inorganisées de «la» classe? Quel genre de stratégie pour un changement radical ne se fonde-t-elle pas en premier lieu sur les jeunes, les travailleurs syndiqués et les électeurs du Labour?

La véritable question est la suivante: le mécontentement à la base de la société a été organisé et mobilisé par la droite et non par la gauche. L’ensemble de la politique britannique s’est, en conséquence, déplacée fortement vers la droite. Le racisme est devenu courant, légitimé d’une façon inconnue depuis au moins les années 1960. Il s’agit, en outre, d’un phénomène mondial. La campagne Brexit a été la franchise locale d’un consortium mondial qui comprend Donald Trump, Marine Le Pen et Viktor Orban.

Il serait utile que nous nous souvenions comment fonctionne le racisme. Il est endémique dans les sociétés de classes où les gens sont contraints à entrer en concurrence pour les emplois, les logements, les services, etc. Il reflète la fragmentation de la classe laborieuse le long de divisions nationales, ethniques et religieuses. C’est un instrument qui peut être utilisé par la classe dominante pour diviser les salarié·e·s et rediriger leurs colères contre le système vers une attaque contre les opprimé·e·s.

Historiquement, des poussées de racisme se sont souvent produites lorsque le système entre en crise, que le mécontentement progresse et que les élites établies sont discréditées. La fonction historique du racisme est double: 1° affaiblir la solidarité et l’unité dans les luttes et 2° lier politiquement les travailleurs à des fractions de la classe dominante. C’est-à-dire, le racisme fonctionne comme un élément qui contrecarre les actions collectives et reconfigure le rapport entre les travailleurs et les dominants. C’est une alternative à une action de la classe laborieuse elle-même et à sa tentative de devenir un agent indépendant pour son auto-émancipation.

Ce n’est pas nouveau. Cela forme le b.a-ba de la théorie et de la pratique marxistes. La difficulté est toujours d’appliquer la théorie à des situations concrètes. En ce moment précis, cela a deux implications:

Tout d’abord, nous devons reconnaître l’étendue de la vague raciste et le danger que représentent l’UKIP (Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni, dont le le dirigeant est Nigel Farage) et la droite conservatrice. Ce n’est pas le fascisme, mais il ne s’agit pas non plus du conservatisme traditionnel; nous assistons à un déplacement qualitatif vers un «populisme» plus dur, dans un contexte de crise générale de l’ordre néolibéral et de déclin relatif du capitalisme occidental.

Les socialistes ne devraient pas prendre le danger à la légère et considérer qu’il n’est pas sérieux avant que nous ayons des chemises noires dans les rues. Le fascisme classique a certainement pris cette forme: il requiert des organisations paramilitaires détruisant physiquement l’organisation de masse de la classe laborieuse. Le mouvement des salarié·e·s aujourd’hui, en revanche, est évidé par 40 ans de contre-révolution néolibérale. Le fascisme n’a pas besoin de prendre la même forme ou de suivre la même trajectoire qu’au cours des années 1930.

Le deuxième élément découle, ensuite, de cela. Des luttes massives sont nécessaires pour reconstruire une organisation de classe. Nous devons offrir un pôle d’attraction alternatif et nous ne pouvons le faire uniquement en l’affirmant. Une once de pratique vaut une tonne de théorie. Nous devons démontrer aux gens qui travaillent qu’il est possible de s’organiser et de lutter, sur une base classiste, les Noirs et les blancs, les «natifs» et les migrants, pour faire avancer leurs intérêts communs au travers d’actions collectives.

En résumé, nous avons besoin de mouvements de masse contre le racisme liés aux mouvements de masse contre l’austérité et les privatisations.

Trois moments immédiats sont déjà devant nous:

La manifestation du 9 juillet Rise Up For Europe en défense de la libre circulation et des migrants appelée par Another Europe is Possible. Le 14 juillet, lorsque les travailleurs de la santé, soutenus par d’autres syndicalistes et des activistes de la gauche radicale, bloqueront la rue pour protester contre la privatisation du NHS. Le 16 juillet, lors de la manifestation contre l’austérité et le racisme appelée par la People’s Assembly. (Article publié le 1er juillet sur le site LeftUnit.org, traduction A L’Encontre)

*****

Fascisme – je crains parfois
par Michael Rosen

Je crains parfois que

les gens pensent que le fascisme arrive vêtu de vêtements étranges

portés par des monstres et des ridicules

ainsi que cela est joué dans des reprises sans fin des nazis.

Le fascisme arrive en tant qu’ami.

Il restaurera ton honneur,

te fera sentir fier,

protégera ta maison,

te donnera un emploi,

nettoiera ton voisinage,

te rappellera combien tu étais grand par le passé,

fera disparaître le vénal et le corrompu,

effacera tout ce qui ne te semblera pas comme toi…

Il ne vient pas en affirmant: «notre programme a pour implication les milices, l’emprisonnement de masse, les déportations, la guerre et les persécutions».

 

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Présidentielle : revivez le passage de Philippe Poutou dans "15 minutes pour convaincre" sur France 2

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