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La Brèche

Raffinerie de Feyzin: «Un vrai soutien populaire, c’est émouvant»

Publié par Alencontre le 26 - octobre - 2010

Premier blocage... en février 2010

Par Mathieu Magnaudeix

Un quart des stations-service ne sont pas approvisionnées, mouvement social contre la réforme des retraites oblige. Mais entre dimanche 24 octobre et lundi 25 octobre 2010, trois raffineries sur douze, celles des groupes Esso et Petroplus à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), Gravenchon (Seine-Maritime), Reichstett (Bas-Rhin) ont voté la reprise du travail. Et tous les dépôts de carburant ont été débloqués par les forces de «l’ordre».

Le mouvement dans les raffineries est-il sur le déclin? «La mobilisation est toujours aussi importante» et soutenue par un vaste élan de solidarité, explique David Faure, secrétaire du comité d’entreprise de la raffinerie Total de Feyzin (Rhône), en grève illimitée depuis deux semaines. Cela va-t-il durer? «Aujourd’hui, nous sommes plus en tête que les autres. A un moment donné, ce sera très dur à porter. Les salariés de Total ne peuvent pas être le seul porte-drapeau du reste de la France contre la réforme des retraites», avertit l’élu [voir sur ce site l’article paru en date du 21 octobre 2010]. Entretien.

Quelle est la situation à Feyzin ?

La grève a commencé le 12 octobre 2010, on sera mardi 26 octobre à deux semaines de grève. La mobilisation est toujours aussi importante.

Vendredi, lors de l’assemblée générale, nous avons reconduit la grève pour une durée illimitée. Il y avait 377 votants sur 620 salariés, et 75% des votants se sont déclarés grévistes, contre 70% la semaine dernière. Les salariés de la production sont très mobilisés: il y a jusqu’à 90% de grévistes.

La raffinerie est totalement arrêtée, plus rien ne sort. Nous sommes dans un site Seveso II (installations dangereuses), il y a donc en permanence une quinzaine de salariés grévistes réquisitionnés par la direction pour surveiller les unités jour et nuit, assurer la sécurité, faire des travaux…

Quel est l’état d’esprit des grévistes ?

Ils estiment avoir fait le plus dur, et veulent tenir. En même temps, ce sont autant de jours de salaire de perdus. Chez Total, les jours de grève ne sont pas payés, contrairement à ce qu’on entend parfois. Les salariés ont donc conscience que la fin du mois risque d’être dure, mais ils veulent continuer. Le président de la République a reçu Thierry Henry après une grève de deux heures des Bleus lors du Mondial, les représentants des salariés eux aussi pourraient être reçus pour négocier cette réforme!

A Donges (Loire-Atlantique) et Grandpuits (Seine-et-Marne), des grévistes ont été réquisitionnés. Pourquoi, pas à Feyzin ?

A Donges et à Grandpuits, les réquisitions ont visé les dépôts. Or ici, nous n’avons pas de dépôt, il y a donc très peu de produit à réquisitionner, sauf le peu qui reste dans les cuves. Je pense que le préfet du Rhône n’a donc pas très envie de courir ce risque de réquisition pour récolter une demi-journée de production. Et s’il le fait un jour, c’est vraiment qu’il n’y aura plus de carburant nulle part…

Comment les salariés de Feyzin ont-ils perçu ses réquisitions?

Très mal. C’est une honte, une atteinte frontale au droit de grève inscrit dans la Constitution. Devra-t-on bientôt porter un brassard quand on est en grève, comme au Japon?

Le gouvernement importe de l’essence de l’étranger. Est-ce un moyen de casser la grève?

Le gouvernement veut montrer qu’on peut fonctionner normalement avec des raffineries à l’arrêt. C’est une stratégie pour démoraliser les grévistes, mais il ne pourra pas continuer longtemps à importer autant de pétrole de l’étranger…

Organiser la pénurie de pétrole, est-ce votre objectif ?

Notre but n’est pas de mettre le pays à sec mais de nous faire entendre. Le pétrole est un secteur stratégique, et bloquer cette activité permet de paralyser un peu le pays. Mais le but n’est pas d’embêter nos concitoyens, car ils sont tous concernés par cette réforme des retraites. Ce que nous regrettons en revanche, c’est la pénurie de dialogue social. Alors là oui, on peut parler de pénurie, mais celle-ci est clairement de la responsabilité du gouvernement. On n’en serait pas là si le gouvernement était sorti de son mutisme.

Si le mouvement se poursuit, la pénurie de carburant est-elle envisageable ?

Depuis le début du conflit, le gouvernement répète qu’il n’y a pas de pénurie, tout en prenant de plus en plus de mesures pour l’éviter, à commencer par la réquisition des dépôts ou le rationnement de certaines pompes à essence. La réalité, c’est qu’il y a de sérieux problèmes d’approvisionnement. Nous sommes en situation de crise, il y a une grande tension sur le marché et une inquiétude du gouvernement, comme le montrent l’accumulation des réunions de crise et la multiplication de déclarations censées rassurer les Français.

Combien de temps comptez-vous tenir ?

Nous sommes dans un mouvement illimité, Donges est en grève au moins jusqu’à vendredi, et Grandpuits n’est pas franchement en voie de redémarrage. Nous ferons le bilan après la journée de grèves et de manifestations de jeudi 28 octobre. Mais je peux vous dire que les réponses à l’appel à la solidarité que nous avons lancé nous confortent dans notre combat.

Combien d’argent avez-vous récolté? Qui sont les donateurs ?

Nous avons reçu entre 10.000 et 15.000 euros, et encore nous n’avons pas tout compté. Les chèques arrivent par la poste, ou par Paypal (virement en ligne sur Internet). L’argent est même bloqué sur Paypal pour l’instant, car nous avons dépassé la limite admise par le site! Mais nous allons régler ça très vite, et évidemment ceux qui le souhaitent peuvent continuer de nous soutenir par ce biais, ou par chèque. Les dons continuent d’affluer, de quelques euros à 500 euros. Quelques-uns viennent même de Belgique ou d’Allemagne. Aujourd’hui, le député André Gérin (PCF) est venu nous apporter 500 euros, le NPA ou Attac nous aident également.

Le midi surtout, beaucoup de gens viennent nous rendre visite. Des enseignants, des médecins, les pompiers sont venus apporter leur obole au piquet de grève, des retraités ont donné une petite pièce, des salariés du privé ont fait cadeau de leurs tickets-restaurant, de petits entrepreneurs locaux nous ont fait des chèques… Des maîtres de conférences de l’université de Lyon-III et de Paris-VIII nous ont fait parvenir des dons. Ce midi, plusieurs dizaines d’agents territoriaux de Venissieux nous ont apporté 1000 euros, d’autres de Vaulx-en-Velin des fruits, des légumes, de l’alimentation, etc., collectés auprès des commerçants.

Je n’ai jamais vu une telle générosité. C’est vraiment un soutien populaire, beaucoup d’ouvriers mais pas seulement. Ils nous remercient, écrivent des mots de soutien, nous demandant de tenir bon. C’est émouvant. A Grandpuits, les grévistes observent exactement le même élan.

Avez-vous l’impression que vous soutenir, c’est pour eux un moyen de faire grève par procuration ?

Oui, c’est ce que beaucoup nous disent. Ils ont l’œil rivé sur nous, nous disent qu’on peut être l’élément moteur qui pourrait contraindre le gouvernement à changer de position. Même si pour l’instant il reste inflexible.

Comment comptez-vous redistribuer l’argent ?

Cet argent sera redistribué entre les grévistes, on fera en sorte que tout le monde ait perdu à peu près la même somme. Tout cet argent ne compensera pas les pertes de salaire, mais ça nous aide à tenir moralement. On n’est pas là pour faire un trésor de guerre. Si par hasard on a des surplus, on redistribuera à d’autres secteurs en grève. Evidemment, nous serons très transparents, nous communiquerons la somme totale récoltée et la façon dont l’argent a été utilisé…

La CFDT a également une grosse caisse de grève nationale, dotée d’environ de 100 millions d’euros (source AFP). Va-t-elle être mise à contribution ?

Les adhérents CFDT seront soutenus à raison de 18 euros par jour par la caisse nationale de grève de la CFDT (Cnas). En revanche, l’argent des dons ira à tous les grévistes, qu’ils soient ou non adhérents CFDT.

La raffinerie à l’arrêt, que deviennent les sous-traitants ?

Malheureusement, il y a des dommages collatéraux. Comme il n’y a plus de production dans la raffinerie, les employés des sous-traitants doivent donc poser des congés ou des RTT. Mais pour l’instant, il n’y a pas de chômage technique.

Vous êtes en pointe du conflit, alors que la grève mobilise peu dans d’autres secteurs, à commencer par les cheminots. Cette situation peut-elle durer longtemps ?

D’habitude, la locomotive, c’était les cheminots. Aujourd’hui, nous sommes plus en tête que les autres. A un moment donné, ce sera très dur à porter. Les salariés de Total ne peuvent pas être le seul porte-drapeau du reste de la France contre la réforme des retraites. Mais au moins aurons-nous tenté de porter quelque chose, d’être la locomotive. Le gouvernement n’entend rien, alors nous continuons. Si demain les salariés nous disent «on arrête parce qu’on est tout seuls à suivre le mouvement», on arrêtera, mais ce n’est pas encore le cas. Pour l’instant, cette mobilisation tient grâce à cette solidarité qui émane de toute la population. Après, combien de temps cela peut durer, je n’en sais rien.

* Article publié sur le site Mediapart

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