lundi
20
août 2018

A l'encontre

La Brèche

Hristijan Mickovski, le nouveau dirigeant du VMRO-DPMNE

Rédaction Courrier des Balkans

Samedi 3 juin 2018, les nationalistes-conservateurs (VROM-DPMNE: Organisation révolutionnaire macédonienne interne-Parti démocratique pour la Macédoine) ont tenu leur premier grand rassemblement à Skopje depuis leur départ du pouvoir il y a tout juste un an. Avec deux priorités : la tenue d’élections anticipées et le refus de tout compromis sur le nom avec la Grèce. Ils ont reçu le soutien de Viktor Orbán.

De nombreux cars avaient été affrétés pour acheminer les militants des quatre coins de la Macédoine jusque dans le centre de la capitale, devant le siège du gouvernement. Comme au bon vieux temps, quand les nationalistes-conservateurs de Nikola Gruevski gouvernaient d’une main de fer de 2006 à 2017. Mais cette fois, aucun chiffre n’a circulé.

Pour son premier rassemblement contre le gouvernement social-démocrate de Zoran Zaev, le VMRO-DPMNE entendait faire peau neuve et tourner la page des années Gruevski, ternies par les affaires de corruption. Exit donc l’ancien Premier ministre, tout juste condamné par la justice macédonienne, et les autres cadres de son administration. C’est tout juste si Nikola Gruevski a envoyé un message sur Facebook. La photo de son cousin, l’ancien chef des services secrets Sašo Mijalkov, en train d’observer la foule depuis une fenêtre, a été largement commentée.

À la tribune, Hristijan Mickoski, le nouveau chef du VMRO-DPMNE, a réclamé la tenue d’élections législatives anticipées en 2019, en même temps que la présidentielle, accusant le gouvernement actuel de n’être qu’un « cartel de criminels ». Selon lui la nouvelle majorité, qui rassemble les sociaux-démocrates et l’ensemble des partis albanais, est corrompue, a la main-mise sur le système judiciaire comme sur les médias et ne produit aucun résultat concret pour améliorer la situation socio-économique de la Macédoine. Des critiques qui ressemblent étonnamment à celles que le SDSM proférait contre le VMRO-DPMNE quand il était dans l’opposition.

Hristijan Mickoski ne décolère pas non plus contre le compromis que tente d’obtenir Zoran Zaev avec la Grèce sur le nom. Il y a quelques jours, le Premier ministre macédonien avait annoncé un accord sur l’appellation « Macédoine du nord », avant d’être partiellement désavoué par Alexis Tsipras. Pour le VMRO-DPMNE, les sociaux-démocrates sont en train de « brader » les intérêts nationaux de Skopje. « En secret. »

Après avoir dû quitter le pouvoir sous la pression des Occidentaux au printemps 2017 malgré un baroud d’honneur qui a failli faire basculer la Macédoine, le parti nationaliste-conservateur est aujourd’hui en pleine reconstruction. La nouvelle direction peut se targuer d’avoir reçu le soutien de Viktor Orbán, qui a félicité le VMRO-DPMNE de ne « pas céder face aux pressions étrangères », et de Joseph Daul, le discret mais puissant chef du Parti populaire européen (PPE). (Publié dans le Courrier des Balkans, en date du 4 juin 2018)

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Macédoine-Grèce. La bataille des noms, des nationalismes et l’OTAN en chien de garde

Par Ivana Kostovska

Haute Macédoine, Macédoine du Nord, Nouvelle Macédoine… Quelles sont les options sur la table pour en finir avec l’interminable dispute entre Athènes et Skopje autour du nom de la Macédoine et débloquer ainsi l’intégration du pays ? Un compromis est-il véritablement possible malgré la bonne volonté affichée des deux côtés ? Tour d’horizon.

Cela fait 27 ans que dure cette « querelle du nom » entre Athènes et Skopje. 27 ans que les deux pays voisins se déchirent sur l’usage du terme « Macédoine » depuis que l’ancienne République fédérée yougoslave a déclaré son indépendance le 8 septembre 1991. 27 ans qu’une ombre tenace plane au-dessus des relations bilatérales, alimentant le nationalisme et la frustration dans les deux camps.

Dix ans après le veto posé par la Grèce à l’entrée de Skopje dans l’Otan lors du Sommet de Bucarest, les deux voisins ont relancé les négociations pour dépasser leur opposition et trouver, enfin, un accord. Si Zoran Zaev et Alexis Tsipras y parviennent rapidement, comme ils le souhaitent, le Conseil européen pourrait décider de l’ouverture des négociations d’adhésion de la Macédoine lors du sommet du 28-29 juin et deux semaines plus tard, la Macédoine pourrait être invitée à rejoindre l’Otan. Ce scénario idéal, c’est celui dont rêve le Premier ministre social-démocrate macédonien depuis son arrivée au pouvoir en mai 2017.

Ces derniers mois, les ministres des Affaires étrangères des deux pays, Nikola Dimitrov et Nikos Kotzias, ont multiplié les rencontres, de même que les deux Premiers ministres. Leur dernière rencontre à Ohrid le 12 avril a néanmoins montré qu’il restait encore beaucoup à faire pour parvenir à débloquer totalement la situation. « Vous comprenez, plus nous approchons du but, moins il y a de points à régler. Mais ce sont les plus difficiles », soulignait alors le Grec Nikos Kotzias.

Un compromis est-il possible ?

« Il est important que la Grèce et la Macédoine montrent leur volonté politique de surmonter leur différend sur le nom », se félicite Sefer Tahiri, qui enseigne à l’Université de l’Europe du Sud-Est. « Pour la première fois, nous avons discuté d’un calendrier et des étapes à suivre pour parvenir à une solution, à quoi celle-ci ressemblerait et comment la mettre en œuvre », soulignait ainsi Nikola Dimitrov après la rencontre d’Ohrid tandis que son homologue grec confirmait de son côté que 2018 serait l’année où Athènes solderait les contentieux avec ses voisins. Malgré cet enthousiasme de façade, il y a au moins trois obstacles à surmonter avant de régler cette querelle.

Le premier, c’est que la Grèce demande que le futur nom officiel soit utilisé erga omnes, c’est-à-dire sous le même terme à l’international comme à l’intérieur de la Macédoine. Cela signifie qu’il faudrait amender la Constitution macédonienne, ce que Zoran Zaev a qualifié de « déraisonnable », s’inquiétant même d’un risque d’échec à cause de ce point.

Le deuxième concerne l’identité macédonienne : Athènes voudrait que l’on puisse aisément distinguer ce qui se réfère à la Macédoine grecque et ce qui se réfère à Skopje, un point subjectif et, de fait, très délicat. Lors d’une visite récente dans la capitale macédonienne, le médiateur de l’Onu, Matthew Nimetz a d’ailleurs expliqué que cette question de l’identité ne figurait pas dans son mandat. Le diplomate américain a été nommé en 1999 pour faciliter le processus de négociations, avec un salaire symbolique d’un dollar par an. Il aurait néanmoins émis des propositions sur le gentilé devant désigner les habitants de la Macédoine, suggérant que figure sur les passeports le terme « Makedonski » ou bien l’indication « Nationalité : Republika Nova Makedonija ». Or, en Macédoine, le terme de « nationalité » se traduit par nacionalnost et renvoie à l’appartenance communautaire, pas à la citoyenneté (drzavjanstvo, en macédonien).

Troisième problème : celui de l’opinion publique. Si les responsables politiques grecs et macédoniens ont manifesté leur volonté de parvenir rapidement à un compromis, ils peinent à convaincre leur population. Les démonstrations de force dans les rues de Thessalonique en janvier, puis d’Athènes quinze jours plus tard sont venues rappeler à Alexis Tsipras que le camp nationaliste n’avait pas dit son dernier mot. En Macédoine, le VMRO-DPMNE, au pouvoir de 2006 à 2017, a eu plus de peine à mobiliser, mais les nationalistes-conservateurs ont pu compter sur le soutien de la diaspora.

En signant un « compromis historique » avec la Bulgarie au mois d’août 2017, Zoran Zaev a gagné la sympathie de Bruxelles et de Washington. Un sentiment renforcé par sa décision, très symbolique, de débaptiser l’aéroport de Skopje et l’autoroute nationale, qui portaient tous deux le nom d’Alexandre le Grand, dont l’héritage est aussi revendiqué par la Grèce. Le Premier ministre macédonien a en outre répété qu’il était prêt à adjoindre au nom de Macédoine un qualificatif géographique, comme le réclame Athènes.

Plusieurs options sont aujourd’hui sur la table. Le négociateur de l’Onu aurait retenu les suivantes, si l’on en croit les médias grecs et macédoniens : Republika Nova Makedonija (République de Nouvelle Macédoine), Republika Makedonija (Skopje), Republika Severna Makedonija (République de Macédoine du Nord), Republika Gorna Makedonija (République de Haute Macédoine), Republika Vardarska Makedonija (République de la Macédoine du Vardar).

Des propositions sur la table de longue date

Republika Nova Makedonija : cette proposition a été faite pour la première fois en avril 1992 par le ministre portugais des Affaires étrangères, mais la Grèce l’avait immédiatement rejetée. Cyrus Vance et Lord Owen avait suggéré en mai 1993 de retenir « Nova Makedonija », sans traduction, ce qui avait de nouveau été refusé par Athènes. Pour Skopje, cette appellation est positive parce qu’elle laisse entendre que le pays est tourné vers l’avenir, loin des querelles autour de l’héritage antique d’Alexandre le Grand et de son père Philippe II de Macédoine. Athènes est cependant favorable à un indicateur géographique.

République de Skopje (Macédoine) : Selon un document révélé par Wikileaks, la chancelière allemande Angela Merkel avait poussé le gouvernement de Nikola Gruevski à accepter le compromis proposé par la Grèce avant le sommet de l’Otan à Bucarest, en 2008. Ce compromis déplaît à Skopje puisqu’il relègue le nom de Macédoine entre des parenthèses.

République de Macédoine (Skopje) : Cette option serait envisageable pour Skopje, mais n’a pas les faveurs d’Athènes. Elle a été mise sur la table pour la première fois fin 1992 par le diplomate britannique à la retraite Robin O’Neil, qui affirmait alors que l’ancienne République yougoslave était prête à utiliser cette appellation pour les documents officiels internationaux. En 2013, le Premier ministre Nikola Gruevski révélait qu’il avait accepté ce compromis avant le sommet de Bucarest. La Grèce n’en aurait pas voulu. En 2005, Matthew Nimetz proposait que la dénomination internationale de la Macédoine soit « Republika Makedonija – Skopje », sans traduction. Athènes avait accepté de négocier sur cette base, mais Skopje l’avait refusé. Le nom de République de Macédoine (Skopje) a été remis sur la table en janvier par Matthew Nimetz.

République de Macédoine du Nord : Cette appellation a d’abord été suggérée par Matthew Nimetz en 2008, d’après les médias grecs. Deux ans plus tard, le médiateur de l’Onu serait revenu à la charge avec la même idée. « La position grecque est connue », avait alors déclaré Dimitris Droutsas, le secrétaire d’État aux Affaires étrangères. « Nous voulons un nom composé avec un qualificatif géographique. Cette idée va donc dans le sens de ce que demande la Grèce. » Skopje avait rejeté ce compromis au motif qu’Athènes insistait pour que ce nom soit utilisé dans les documents internationaux, mais aussi intérieurs à la Macédoine. C’est aujourd’hui à nouveau une option.

Haute République de Macédoine : Les propositions incluant l’adjectif « haute » sont plusieurs fois revenues en 27 ans de négociations. « Haute République de Macédoine », voilà une des cinq propositions qu’avait faites Matthew Nimetz en 2008 pour permettre l’intégration de Skopje à l’Otan et éviter le véto grec. Il avait aussi suggéré : République constitutionnelle de Macédoine, République démocratique de Macédoine, République indépendante de Macédoine, Nouvelle République de Macédoine. En 2013, il avait proposé la variante en macédonien : Gorna Republika Makedonija et comme gentilé, Nationalité de la Haute République de Macédoine. Athènes s’était offusqué, demandant que l’adjectif soit placé immédiatement devant Macédoine.

Republika Gorna Makedonija : Cette appellation, écrite en alphabet latin, est une des propositions actuelles de Matthew Nimetz. Selon les médias macédoniens, il pourrait s’agir de la meilleure option. Elle aurait, en plus, les faveurs de la communauté internationale. Pour la partie grecque, ce serait aussi acceptable, mais il faudrait que Gorna et Makedonija ne forment qu’un seul mot : Republika GornaMakedonija. « Pour Athènes, GornaMakedonija en un seul mot et avec sa prononciation slave, cela ne sonne pas comme Macédoine », note l’Agence de presse Greek Reporter. Le ministre macédonien des Affaires étrangères, Nikola Dimitrov a qualifié d’« inacceptable » cette option, affirmant que Skopje préférait encore le nom d’Ancienne République yougoslave de Macédoine, qui, traduite dans les six langues officielles des Nations unies, contient au moins le mot « Macédoine ».

République de la Macédoine du Vardar : Ce nom, qui fait référence au plus long cours d’eau de Macédoine, qui vient se jeter à l’ouest de Thessalonique, a un temps été considéré comme une solution, si l’on en croit la télévision grecque Antenna. C’est aussi l’appellation qui aurait aujourd’hui la préférence d’Athènes, d’après le grand quotidien conservateur Kathimerini. Skopje ne s’est pas prononcé publiquement à ce propos.

République d’Ardvark : Exaspérés par cette querelle interminable, certains diplomates internationaux se sont parfois laissés aller à des propositions improbables. L’ancienne secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice, fâchée de voir que le « conflit du nom » avait bloqué l’intégration de Skopje à l’Otan, avait par exemple laissé entendre que le nouveau nom du pays pourrait être « République d’Ardvark », du nom afrikaans de ce mammifère d’Afrique australe termitivore. Cela aurait permis à Skopje de figurer en tête de la liste alphabétique des États du monde. (Publié le 30 avril 2018 dans le Courrier des Balkans)

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