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novembre 2017

A l'encontre

La Brèche

Grèce. «Les affaires sociales iront d’euphémisme en… euphémisme»

Publié par Alencontre le 13 - septembre - 2016
Bureau, hors service, de la Régie d’électricité, Athènes, septembre 2016

Bureau, hors service, de la Régie d’électricité, Athènes, septembre 2016

Par Panagiotis Grigoriou

Nos plages se vident peu à peu. Premières pluies, orages et… déjà inondations. Fin de saison. Cinq morts dans le Péloponnèse, météorologie qualifiée d’implacable par la suffisance habituelle des humains. Et partout ailleurs en Grèce, la vie comme on aime dire parfois, ne reprendra plus tous ses droits, telle est la conviction désormais largement partagée, «le pire… du pire est devant nous pour la société» croit savoir Katerina, amie et (toujours pour l’instant) vice-présidente aux affaires sociales à la Région d’Attique… combat perdu d’avance à mon humble avis.

Les affaires dites sociales iront ainsi d’euphémisme… en euphémisme, le commun des mortels se débat dans ses problèmes financiers, contre l’angoisse de se voir disparaître définitivement de l’économie réelle, et ainsi de l’existence… l’électricité en moins.

Il suffit d’observer (et surtout de vivre) par exemple une journée dans les locaux de la Régie d’Électricité (DEI), accueillant «son» si large public pour tout dire furieux et toujours à bord de l’explosion. Depuis… l’avènement de la crise et de la Troïka en Grèce, la facture d’électricité s’est considérablement alourdie, pour devenir… insupportable; cela, entre l’accumulation de bien nombreuses taxes, les augmentations tarifaires, et les “autres coûts et prélèvements divers” que l’on voit apparaître dans les factures.

Ce que les Grecs ne savent pas toujours, c’est que ces… autres coûts ainsi facturés, tentent à couvrir en réalité les pertes que la Régie subit depuis que les branchements… sauvages et forcément illégaux sur son réseau se sont multipliés. Ce phénomène prend des proportions jamais imaginées, plus de 5500 cas ont été détectés durant les six premiers mois de cette année, au lieu de 8500 cas similaires avérés pendant toute l’année 2015, d’après les données rendues publiques par la Régie, reprises par pratiquement toute la presse ce dernier temps.

Les agents de la Régie… enregistrent chaque mois près de 1000 nouveaux cas de branchements illégaux et dangereux (on compte déjà un certain nombre de morts par électrocution parmi les… intéressés) ; au palmarès des pratiquants ainsi repérés, on y découvre non sans une certaine surprise, des hôtels, des restaurants, des boutiques, des étables et évidemment, de nombreuses habitations. Et lorsque les agents s’y rendent sur place, leurs tentatives… de neutralisation des compteurs s’avèrent fort risquées, entre menaces, passage à tabac, d’où peut-être tout “l’intérêt” d’installer un jour en Grèce des compteurs Linky (comme actuellement en France), histoire de pouvoir réaliser les opérations d’interruption et de mise en service à distance! Début septembre, le patron d’une taverne dans la banlieue d’Athènes a même ouvert le feu contre le véhicule des agents de la Régie, lesquels se sont aussitôt rendus au commissariat de la commune. En attendant, et pour s’éviter le flagrant délit, l’auteur des faits a pris la fuite.

Le courant ne passe décidément plus comme avant en Grèce, car aux milliers de branchements illégaux, s’ajoutent les factures impayées. La somme globale… avoisine tout de même les trois milliards d’euros. Pour faire face à cette situation, la Régie renouvelle sans cesse ses «Programmes d’arrangement», échelonnant sur plusieurs mois le règlement des factures impayées, avec l’obligation faite aux consommateurs de ne plus retarder d’un seul jour, le paiement des factures suivantes. Tout un programme… Devant les locaux de la Régie d’un quartier d’Athènes, un graffiti en dit long sur la situation: «Tu peux m’envoyer autant de factures que tu veux, je resterai toujours redevable de 492€!» Compte… alors exact.

C’est alors ainsi que depuis la… recrudescence de la violence mémorandaire sur la société grecque avec la complicité active des pseudo-gouvernements grecs (dont celui de SYRIZA), les services d’accueil de la Régie (DEI) sont pris d’assaut par le public, tant les demandes d’échelonnement de la dette… électrique se comptent par centaines de milliers, auxquelles s’ajoutent, les réclamations, les contestations et pour tout dire, cette expression d’un ras-le-bol profond et général, exprimé de la sorte par «le bas» comme une lame de fond.

Les bénéficiaires malheureux du courant électrique en Grèce, doivent donc arriver sur les lieux très tôt le matin et lorsqu’ils retirent leur ticket à l’entrée, ils savent qu’ils doivent par la suite patienter en moyenne quatre à cinq heure dans la salle, avant que leur moment… fatidique n’arrive enfin. Frottés à la crise, les gens se frottent autant entre eux, l’ambiance ne peut être que délétère, les agents – et les politiciens avec – sont ouvertement insultés, cependant, ces agents d’accueil sont de moitié moins nombreux que par le passé et ils ne chôment certainement pas.

Mais il y a pire. En visitant un peu le bâtiment de la Régie, l’observateur… participant et averti, constatera avec stupeur qu’il s’agit d’un immeuble vidé et laissé à l’abandon, sauf au rez-de-chaussée, les réductions successives de l’effectif sont passées par là. «C’est comme durant l’autre Occupation Allemande d’après ce que ma mère me racontait, ils nous réduisent au niveau du bétail pour nous humilier» lance d’une voix bien forte une femme âgée, tandis qu’un homme plus jeune réplique aussitôt:

«Il faut Madame, s’en prendre aux politiciens, lesquels ont trahi tout en remplissant leurs poches, Tsipras compris. Nous avons eu tort de voter en leur faveur et cela depuis des lustres. Il va falloir… les liquider enfin, il n’y a pas d’autre perspective». Une autre femme se lève brusquement et elle prend la parole: «Non, voyons, devenons pour une fois logiques, votons en faveur de Koulis (Mitsotakis – Nouvelle Démocratie), non pas pour qu’il accomplisse le miracle, mais pour qu’il nous débarrasse de la bande à Tsipras, c’est déjà par là qu’il va falloir commencer…»

Sauf qu’une bonne partie… de l’Assemblée populaire improvisée ne l’entend tout de même pas de la même oreille. «Se débarrasser oui, mais pas pour installer Koulis, non…», réplique un homme âgé. Le ton monte, l’ambiance est électrique, c’est le cas de le dire. Certains agents se lèvent alors pour crier de toute leur force: «Silence, taisez-vous, ici ce n’est pas un café, nous ne pouvons pas travailler dans ces conditions, en plus, nous perdons du temps, votre temps à vous… enfin.»

Le silence revient, tout relatif. Puis, le vacarme aussitôt reprend… à la première remarque lancée telle une fusée dans l’air comme dans l’ère du temps. Certains décident de quitter finalement la salle, pour certainement revenir une à deux heures plus tard, lorsque leur tour arrivera. Quittant les locaux de la Régie, ils vont boire leur café, observer les établissements en faillite du quartier, s’attardant parfois devant une statue taguée du soldat grec, héros forcement des guerres du passé. Certains iront jusqu’à acheter leurs pâtes, leurs pots de miel et leurs tomates à la superette du coin, ils remarqueront peut-être que certains pots de miel grec, sont désormais… équipés d’une alarme antivol, douceurs bien grecques.

De retour… dans l’évidence électrique, ils s’aperçoivent parfois que leur tour vient de passer et ce sont les numéros de ticket suivants qui sont désormais à l’honneur. Ils crient, ils protestent, ils insistent dans le but de réintégrer leur place dans cet enfer, les agents tentant d’expliquer en vain, qu’une fois le numéro passé, il faut malheureusement revenir le lendemain, mais il n’y a rien à faire, les gens insistent, altercation et insultes souvent à la clef. Temps si présent. Humiliation.

Tsipras: «Le pays tourne la page»

Samedi 10 septembre, Alexis Tsipras a inauguré la Foire (annuelle) Commerciale de Thessalonique, par un discours de politique économique dans le style: «Le pays tourne la page, la croissance reviendra en 2018», agrémenté de… faux gilets de sauvetage lancés aux naufragés de la crise du type: “Les dettes (cotisations non-versées) des indépendants envers leurs caisses d’Assurance Maladie et de Prévoyance seront gelées sans être pour autant effacées, à condition toutefois de pouvoir régler les cotisations en cours et futures”, et tout le pays… en rigole.

Manifestants à Thessalonique, le 10 septembre, Presse grecque

Manifestants à Thessalonique, le 10 septembre, Presse grecque

Près de vingt mille personnes ont manifesté à Thessalonique à l’occasion de la fiesta gouvernementale (et de celle des chefs de l’opposition, Mitsotakis et les Pasokiens n’ont pas été du reste dans la pantomime des méta-démocrates conscients), «Honte Salopards», pouvait-on lire sur la pancarte qu’une femme alors brandissait sans se faire visiblement trop d’illusion, la phrase est d’ailleurs une paraphrase d’une expression d’Homère, c’est vieux comme le monde on dirait.

Un homme a réussi toutefois de s’approcher d’Alexis Tsipras durant l’allocution, lui criant toute son indignation, éloigné aussitôt par le service d’ordre. Les images de la scène ont été largement reproduites par les médias grecs, on y découvre un Alexis entier dans sa… souriante pantomime de la marionnette incarnée, face à une victime de sa politique, forcément issue d’un autre… système intergalactique. D’ailleurs, plus de cinq mille policiers et agents divers ont été mobilisés à Thessalonique pour assurer la sécurité des politicards vidés de tout sens véritablement politique, et encore moins démocratique.

La coupe est pleine, notre régime (et système) politique est ainsi vidé de tout sens. Premières pluies entre-temps, et les Grecs rigolent autant de la dite «Réunion au sommet des dirigeants des pays Méditerranéens de la Zone Euro» qui s’est tenue à Athènes le 9 septembre, rencontre initiée par Alexis Tsipras… avec «l’aimable participation du mort-vivant de la scène politique française» (Hollande), l’expression appartient à un éditorialiste de la presse grecque (le quotidien Kathimerini du 11 septembre).

Le soir même, le hasard a fait que j’ai assisté en tant que spectateur bloqué dans l’embouteillage, de la course, tout comme de la précipitation alors effrénée des limousines des officiels près de l’aéroport, pour les faire entrer directement sur le tarmac, histoire de se mélanger le moins possible avec la… plèbe, si dangereuse potentiellement comme sous chaque Ancien Régime agonisant. Sauf que cette agonie peut s’avérer fatale pour nos sociétés, voire, pour la planète entière.

Signe des temps, dans Athènes, la moindre manifestation d’une poignée d’employés licenciés organisée près de la résidence du Premier ministre, conduit la Police à bloquer complètement la rue… du pouvoir ; «Gauche radicale» !

Anna, notre amie de Crète que nous ne voyons plus car nous ne voyageons plus que dans le but de… gagner notre vie, nous téléphone pour nous dire qu’elle n’a pas été rembauchée en tant qu’enseignante vacataire (Professeure de Lettres et de Grec Ancien) par le Ministère de l’Éducation. La ligne du Ministère, c’est de réduire (encore) drastiquement les heures d’enseignement du Grec ancien comme on sait.

«J’ai demandé à être embauchée dans la récolte et le conditionnement des fruits et légumes. Les… nôtres, n’ont pas voulu nous embaucher préférant les immigrés. Nous avons demandé à être payés autant que les immigrés, pas question. C’est affreux… et pourtant… nous sommes Crétois, le pays, la société nous vomit… les politiciens nous ignorent». Aveuglements d’époque, à l’image de ce touriste, plus anonyme que jamais, «visitant» notre Cap Sounion et son Temple de Poséidon en ce septembre 2016.

Nos plages se vident donc peu à peu. Premières pluies, orages et… déjà inondations, quotidien supposé prévisible, bois de chauffage stocké et voilier en panne, poussé par un zodiac et escorté par une vedette des gardes-côtes. Décidément fin de saison.

Euphémismes des mortels, seuls nos êtres adespotes (un chat sans maître) en rigolent, on dirait, à leur manière. Douceurs grecques ! (Article publié sur le site http://www.greekcrisis.fr/Greek Crisis – en date du 12 septembre 2016; l’intertitre a été ajouté par la rédaction)

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