lundi
27
mai 2018

A l'encontre

La Brèche

Protestations lors des «mises aux enchères». Réponse: «enchères électroniques»!

Par Panagiotis Grigoriou

Pluies et vents. Dans l’ancien temps nous croyions préparer Noël. La semaine dernière, les administrateurs coloniaux de la Troïka étaient de leur déplacement habituel à Athènes, afin de recevoir les ministrions locaux à l’hôtel Hilton. Histoire surtout de surveiller l’exacte poursuite du programme d’anéantissement de leur proie. 2018 sera l’année où le processus de déshellénisation de l’économie, (et) qui passe autant par la saisie des biens privés et publics des Grecs, s’accélérera.

Les para-ministres à Tsipras sourient sans cesse devant les caméras, et les Grecs les haïssent. Oui, la haine, c’est-à-dire, la disparition absolue du geste politique.

La vente aux enchères, désormais électronique, des biens immobiliers saisis par les banques et par le «fisc grec» a ainsi pu reprendre, une exigence… historique et insistante de la Troïka.

Les médias rapportent que plus de 18’000 biens seront liquidés, rien que dans un premier temps. Il faut préciser que ceux qui perdent leurs biens (le plus souvent, appartements et maisons sous forme de résidences principales) n’auront pas le droit de les «racheter» à 5% de leur valeur (en passant par un arrangement avec «leurs» banques, par exemple), ni en règle générale les autres citoyens du pays. Car les acquéreurs (ceux seulement autorisés à «acheter» ces biens à 5% de leur valeur) sont exclusivement issus de ces fameux fonds étrangers, ou dans certains cas leurs associés grecs, triés sur le volet.

En effet, tout nous laisse penser que 2018 sera l’année où le processus de déshellénisation de l’économie (saisie des biens privés et publics des Grecs comprise) s’accélérera. Les biens publics et privés passeront ainsi progressivement aux mains des nouveaux propriétaires du pays. On touche alors à l’épine dorsale économique et symbolique de la société grecque, car perdre son bien immobilier dans un pays où ce n’est guère (et à juste titre) l’Etat qui est historiquement considéré comme l’ultime protecteur, mais son propre toit, ainsi que sa propre structure familiale. En même temps, c’est ce même processus qui fera des travailleurs grecs les esclaves des patrons restant au pays, voire de ceux de la probable prochaine et future industrie allemande ou autre, à moins que la robotisation n’en décide autrement (et cela) plus tôt que prévu.

Les résidences secondaires des Grecs près des côtes et sur les îles deviendront avec le temps les résidences quasi principales des retraités européens, tandis que les résidences principales des Grecs déjà saisies seront perdues à jamais. Ainsi, et c’est dès lors et autant perceptible, certaines activités liées à la mer, au tourisme, au secteur agricole entre autres sont déjà en phase de passer également sous contrôle étranger. On nous dira peut-être que «tel est alors le résultat d’une faillite globale, d’une dette publique et privée alors énorme qui plus est sous le… soleil brûlant de la globalisation», raisonnement intentionnellement simplifié et réducteur, car il constitue autant un élément essentiel dans la guerre psychologique et en somme asymétrique que la Grèce, ou bien d’autres pays, peuples et sociétés, subissent et subiront.

On sait donc, qu’à travers ce processus certains Grecs profiteront du butin, d’ailleurs, sans la moindre vergogne d’après nos observations. Ces mêmes gens en profitent déjà en tant que conseillers, liquidateurs (à l’instar de la société Qualco appartenant au cousin Orestis du ministre des Finances Tsakalotos par exemple) et collaborateurs aux multiples cabinets d’avocats spécialisés, engagés sur place par les fonds acquéreurs, pour ainsi… liquider le travail final avec l’aimable participation des institutions grecques, censées protéger les citoyens (forces de l’ordre, justice, notaires). Il faut préciser que la loi dite «loi Katséli», du nom de la ministre d’alors, au début des mémorandums, qui protégeait la résidence principale des saisies est largement amendée pour devenir pratiquement inopérante.

Nous avons ainsi l’impression que si ce «gouvernement» n’est pas renversé, si les citoyens ne réagissent pas… ou si une guerre civile n’éclate pas (pour ainsi imaginer un scénario terrible et extrême), finalement, une certaine croissance économique, celle tant évoquée par nos ministrions, pourrait enfin se concrétiser. Naturellement… la classe moyenne grecque sera entièrement détruite bien avant, et les Grecs ne profiteront guère de ce retour à la croissance, hormis cette nouvelle «élite» en gestation, d’ailleurs en partie liée aux anciennes castes du népotisme politico-financier et pour tout dire mafieux… au pays des Ephialtès sans cesse renouvelés.

Les Grecs ne profiteront guère de ce retour à la croissance, ni des investissements qui finiront alors par arriver, puisque les biens publics et privés ne seront plus grecs. Ainsi, certains capitaux arrivent déjà, par exemple pour acquérir des appartements et des immeubles proposés par lots. Et cette nouvelle «élite», elle, habitera dans des quartiers de plus en plus protégés, éloignés des… plébéiens et des migrants, à l’image d’autres pays aux Amériques et en Asie, et ainsi, nous pouvons même parier que l’économie de la colonie finira par dégager des «excédents» budgétaires à répétition. Comme le dirait sans doute Racine en son temps: «Et pour nous rendre heureux, perdons les misérables», c’est toute une… méthode.

Et encore, un réaménagement de la dette grecque deviendra sans doute enfin évident aux yeux des nouveaux maîtres du pays, une manière aussi de faire payer pour le supposé redémarrage de l’économie grecque les citoyens des autres pays de la funeste Union européenne, étant donné que depuis 2012, les banques privées françaises et allemandes ont été sauvées… de la dette grecque (tel a été entre autres le but du «jeu», et non pas le «sauvetage de la Grèce», d’après même les déclarations récentes d’un certain Jeroen Dijsselbloem, sur le départ de l’Eurgroupe, remplacé par le Portugais Mario Centeno, dès le 13 janvier 2017).

Cette nouvelle situation est déjà passablement acquise, les salaires pratiqués sont divisés par quatre comparés à ceux de l’avant 2010, les conventions collectives sont abolies, et depuis la semaine dernière, les administrateurs coloniaux de la Troïka élargie ont (entre autres mesures et en passant par le doublement du montant des contraventions liées au code de la route) enfin… obtenu des pantins Tsiprosaures la restriction considérable du droit de grève des salariés, rien que par la modification du processus décisionnel au sein des entreprises et, encore, en rendant illégale toute grève initiée uniquement par les centrales syndicales et non pas par les syndicats au sein de l’entreprise au cas par cas.

Les Grecs auront déjà compris que «leurs» centrales syndicales auront parfaitement incarné le rôle de soupape à la cocotte-minute sociale surtout durant les premières années de l’Occupation (troïkanne). Cela, après avoir organisé entre 2010 et 2013 de nombreuses grèves et manifestations très disparates, le plus souvent dans la désunion réellement existante car programmée, le tout derrière un langage historico-révolutionnaire. Ces “syndicats”, au demeurant financés également par les fonds de l’Union européenne, peuvent désormais disparaître après mission accomplie, depuis en réalité plus de trente ans de réformisme, et leurs récentes manifestations d’une journée à Athènes et à Thessalonique ne changeront d’ailleurs plus la situation […]. (Greek Crisis, 6 décembre 2017)

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