vendredi
18
août 2017

A l'encontre

La Brèche

A «gauche» et à «droite» de Theresa May, ses deux chefs de cabinet, depuis un certain temps, sont «sacrifiés» et laisse la Première ministre face à ses «très chers ami·e·s» du Parti conservateur…

Par Gregor Gall

Pour la grande majorité des syndicats de Grande-Bretagne, l’idée d’un Parti travailliste menant la bataille d’une élection générale avec une direction de rêve composée de Jeremy Corbyn et de John McDonnell [chancelier de l’Echiquier dans le cabinet fantôme de Corbyn] constituait une manne paradisiaque après l’épisode du New Labour [reprise en main à droite du Parti travailliste par le courant «Tony Blair» depuis 1990 jusqu’au début de 2010]. Entre 1997 et 2010, nombre de syndicats étaient convaincus que les gouvernements travaillistes successifs représentaient un «pouvoir sans principes».

Les syndicats sont parvenus à faire élire Ed Miliband [dirigeant de l’opposition à la coalition du gouvernement de David Cameron de mai 2010 à juillet 2016; Corbyn est élu à la direction du Labour Party en septembre 2015] comme dirigeant en 2010, plutôt que son frère David plus «au centre», mais cela n’a pas entraîné une modification dans l’équilibre entre pouvoir et principes en vue des élections générales de 2015.

Les dernières élections [du 8 juin 2017] ont vu un progrès imprévu et significatif du Labour malgré des médias hostiles et de profondes divisions internes au parti. Le pari d’élections anticipées de Theresa May a échoué lamentablement; le résultat étant un parlement sans majorité [alors que les élections anticipées avaient pour but d’élargir sa majorité absolue précédente]. Il est toutefois probable que les soutiens syndicaux à Corbyn se trouvent en position de défendre des principes même sans le pouvoir gouvernemental.

Les 14 syndicats affiliés au Parti travailliste, représentant 3,5 millions de membres, ont été rejoints par des syndicats non affiliés tels que le syndicat de fonctionnaires PCS (Public and Commercial Services Union) ou celui des transports RMT (Britain’s largest Specialist Transport Union) qui ont invité avec force leurs membres et leurs familles et amis à voter travailliste [rappelons qu’historiquement le Parti travailliste constitue la représentation politique des syndicats britanniques]. Corbyn et McDonnell ont aligné le Labour sur une idéologie syndicale [et sociale, explicitée dans le programme For The Many, Not The Few] plus que jamais auparavant; leur récompense a été des événements organisés tels que le «Trade Union Tuesday» du 6 juin lorsque les syndiqués ont été encouragés à sortir et à mener campagne pour le Labour.

La pression du pouvoir

Ces efforts de campagne ont été réalisés plus par espoir qu’avec des attentes, eu égard à la distance avec les conservateurs indiquée par de nombreux sondages. Toutefois les résultats de la nuit dernière montrent qu’une victoire travailliste était à portée de main. Malgré une progression claire, les syndicats vont désormais faire face à la perspective qu’un parti conservateur affaibli, mais allié au Democratic Unionist Party (DUP – afin d’avoir les 326 sièges – si l’alliance fonctionne, il y a aura une majorité de 328 – donnant une majorité parlementaire) d’Irlande du Nord [parti protestant ultra-conservateur qui va être un allié compliqué pour le gouvernement de T. May car, à la fois, il fera pression pour des financements dans «sa région» et prolongera la crise gouvernementale en Irlande du Nord qui court depuis janvier 2017]. Un tel gouvernement mènera encore plus une politique d’austérité, ne fera rien pour restreindre l’écart entre riches et pauvres, engagera de nouvelles privatisations et cherchera à détruire les droits du travail dans le cadre de la sortie de l’UE [pour autant que la crise interne du parti Tory ne bouscule pas les divers plans de T. May et de ses supporters amaigris; or, le 19 juin 2017 doit marquer le début des négociations avec l’UE sur le Brexit; leur déroulement compte pour le profil politique du duo Merkel-Macron, qui pourrait être surpris en octobre par l’éclatement d’une crise bancaire et politique en Italie].

Que vont donc faire les syndicats maintenant? Les politiciens travaillistes pourraient suggérer de se préparer à remporter les élections de 2022 (ou même d’autres non prévues auparavant). Cela serait toutefois une maigre consolation pour les 6,5 millions de syndiqué·e·s voulant un changement ici et maintenant.

Que se passerait-il si le Parti travailliste, de concert avec les syndicats, décidait que la meilleure façon de procéder consiste à agir hors du parlement? Même ceux qui remportent des élections peuvent obtenir des postes, mais non des positions de pouvoir. Lorsque les marges sont aussi étroites que maintenant, le véritable pouvoir politique dépend d’une situation où les citoyens et citoyennes soit acceptent positivement le nouveau gouvernement ou, au moins, l’approuvent à contrecœur. Lorsque ni l’un ni l’autre ne semblent acquis, il se pourrait bien qu’il y ait plus de valeur à s’opposer au nouveau gouvernement par le biais d’une résistance extra-parlementaire. En effet, un gouvernement de coalition affaibli, dont May serait à la tête – ou tout autre conservateur –, serait plus sensible aux pressions extérieures.

Cela rappellerait le souvenir du début des années 1970 [juin 1970-mars 1974] lorsque le nouveau gouvernement conservateur d’Edward Heath a été mis hors d’état de nuire par une opposition populaire. Son Industrial Relations Act de 1971 est resté lettre morte à la suite d’une lutte massive menée par les syndicats et il a dû entamer plusieurs tournants critiques. Lors des élections de février 1974, il a posé la question: «Qui gouverne la Grande-Bretagne?» La réponse est venue, ce n’était plus lui.

Le duo Jeremy Corbyn et John McDonnell

Mener la lutte

A la différence du début des années 1970, le Parti travailliste a désormais un dirigeant qui ne devra pas être contraint à soutenir une résistance extra-parlementaire. Lorsque le mouvement syndical a envisagé une résistance massive à la coalition des conservateurs et des libéraux-démocrates à la suite des élections générales de 2010, Ed Miliband ne faisait pas figure d’ami. La question cruciale est désormais de savoir si Corbyn et McDonnell – en tant que figures clés – mèneront la résistance extra-parlementaire au nom des syndicats.

S’ils le font, en parallèle aux directions orientées à gauche de la plupart des grands syndicats, cela pourrait bien devenir une force irrésistible. Si les années 1970 semblent trop anciennes pour beaucoup, le combat contre la «poll tax» [impôt personnel unique] de la fin des années 1980 et du début de la décennie suivante est un exemple plus récent d’une action extra-parlementaire réussie. Grâce à une campagne de non-paiement, l’image de «Dame d’acier» de Margaret Thatcher a été réduite en cendre; elle a dû quitter le gouvernement en novembre 1990.

Corbyn peut également offrir le fait d’être lié à la jeunesse, ce qui a été fort visible lors de ses deux campagnes pour la direction travailliste, la mise en place du mouvement Momentum ainsi que par la fraction élevée au sein des jeunes électeurs et électrices qui ont voté Labour, ce qui est indiqué par les sondages à la sortie des urnes.

La vigueur de la jeunesse peut-elle être employée pour créer en faveur des syndicats une rébellion populaire semblable à celle du début des années 1970? Cela sera sans aucun doute nécessaire dès lors que les niveaux de grève demeurent très faibles. Du côté des syndicats, le problème de leur contribution à cette rébellion est double. Tout d’abord, le nombre de syndiqués parmi les jeunes âgés de 18-24 ans est largement en dessous de 10%. Ensuite, le nombre de syndiqué·e·s est plus élevé (autour de 30%) parmi les travailleurs âgés de 50 ans et plus. Nombre de ces derniers n’étaient toutefois pas particulièrement favorables aux travaillistes au cours de la campagne.

Prêts?

Pour faire partie de cette rébellion, les syndicats doivent mobiliser les jeunes qui ne sont pas encore membres ainsi que les vieux travailleurs qui le sont. Combiner la lutte sur les lieux de travail et dans les quartiers – à l’instar de la bataille contre l’Industrial Relations Act de 1971 ou contre la poll tax – pourrait bien représenter la meilleure façon pour les syndicats et les «corbynistes» d’engager une action sur les arrières du gouvernement conservateur élu par moins de 30% de citoyens en âge de voter.

Un premier indicateur en ce sens viendra du résultat que l’appel du Trades Union Congress [TUC, la centrale syndicale] à une réunion des syndicats de fonctionnaires le 14 juin. Mark Serwotka, le secrétaire général du PCS, a affirmé qu’elle devrait être un «conseil de guerre» dans le cas d’une victoire des conservateurs. Cela n’est toutefois pas une garantie absolue. Si la coalition des conservateurs avec le DUP s’embourbe rapidement, il se pourrait bien que l’on se retrouve à voter plus tôt qu’on ne le voudrait. Cela serait un véritable test pour les syndicats après des décennies de néolibéralisme et d’austérité. (Gregor Gall est professeur d’«Industrial Relations» à l’Université de Bradford. Il est éditeur de la Scottish Left Review et directeur de la Jimmy Reid Foundation. Cet article a été publié le 9 juin 2017 sur le site The Conversation; traduction A L’Encontre, les passages entre crochets sont de la rédaction A l’Encontre)

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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