mardi
11
décembre 2018

A l'encontre

La Brèche

Par Rupert Neat

[Nous publions cet article qui prouve une fois de plus l’inégalité massive dite salariale, qui relève en fait de la captation impériale de la plus-value par les dirigeants d’entreprise, sans mentionner les actionnaires, dont ils font partie aussi. Il est caractéristique que face à cette expression de l’exploitation capitaliste, l’orientation de membres du Labour se limite, d’une part, à dénoncer les inégalités, d’autre part, à valoriser les commissions de rémunération bidon et, enfin, à éviter toute question portant sur la propriété privée et l’appropriation privée de la plus-value. Une fois la croissance de «l’inégalité salariale» soulignée – en fait les revenus des PDG et d’une partie du management sont un prélèvement direct sur la plus-value et ont peu à voir avec ce qui est qualifié de salaire pour les travailleurs – la voie «de sortie» revient à établir un «ratio raisonnable», ici de 20 à 1, pour d’autres jeunes socialistes de 12 à 1. –  Réd. A l’Encontre] Les patrons des principales entreprises britanniques auront gagné plus d’argent à l’heure du déjeuner jeudi que ne le gagnera l’ouvrier «moyen» britannique toute l’année, selon une analyse indépendante portant sur le vaste écart de salaire entre les dirigeants et l’ensemble des autres salariés.

Les PDG des firmes cotées au FTSE 100 (Bourse de Londres) reçoivent en moyenne 3,45 millions de livres sterling par an, soit 120 fois plus que les 28’758 livres gagnées en moyenne (en fait salaire médian) par les salariés britanniques à plein temps [les dirigeants d’entreprise accumulent 30’000 euros de plus-value en 72 heures].

Sur une base horaire, les patrons auront gagné plus en moins de trois jours de travail que l’employé moyen va «ramasser» cette année, conduisant les militants à qualifier le 4 janvier de la journée «Fat Cat Thursday» [«Le jeudi des gros bonnets»].

Frances O’Grady, secrétaire générale du TUC, a déclaré qu’il était scandaleux que les patrons ramassent des «salaires qui ressemblent à des numéros de téléphone» alors que les travailleurs «subissaient la plus longue contraction des salaires depuis l’époque napoléonienne».

L’analyse du Chartered Institute of Personnel and Development (CIPD) et du High Pay Center montre que les dirigeants des entreprises du FTSE 100 reçoivent en moyenne 898 livres sterling par heure, soit 256 fois le salaire minimum des apprentis.

Tim Roache, le secrétaire général du syndicat GMB – Britain’s General Union, a déclaré que l’écart de rémunération entre les patrons et les travailleurs était «simplement obscène».

«Est-ce que quelqu’un pense vraiment que ces gros bonnets méritent 100 fois plus que les travailleurs qui soutiennent leurs empires?», affirme-t-il. «Ces travailleurs qui doivent compter chaque centime et mettre de côté pour nourrir leur famille et avoir un toit sur leur tête, et qui – comme la plupart des travailleurs britanniques – vont après la période des fêtes ressentir toutes les difficultés?»

Roache ajoute que la première ministre n’a pas tenu sa promesse de lutter contre les salaires excessifs : «L’année dernière, Theresa May a rompu sa promesse de garantir la représentation des travailleurs dans les conseils d’administration des entreprises, ce qui aurait permis de faire la lumière sur les excès des entreprises et de rétablir l’équilibre vers une rémunération plus juste.»

O’Grady a convenu que les travailleurs devraient avoir des sièges dans les «comités de rémunération» [des structures alibis que le Financial Times reconnaît lui-même comme telles et qui ont pour fonction de valider les «inégalités salariales» les plus grandes à part les Etats-Unis] pour «apporter du bon sens et de l’équité à la rémunération du conseil d’administration», et a demandé que le salaire minimum soit porté à 10 £ l’heure. Le salaire minimum pour les plus de 25 ans passera de 7,50 à 7,83 £ le 1er avril. Les moins de 18 ans peuvent n’être payés que £ 4.05 et les apprentis £ 3.50.

Le PDG le mieux payé dans l’analyse, qui est basée sur les chiffres de 2016, était Sir Martin Sorrell, qui a été payé £ 48 millions par la société de publicité WPP. En 2015, WPP a payé 70 millions de livres à Sorrell [en cinq ans, de 2012 à 2016, son «salaire» a atteint £ 210 millions]. Sa rémunération réduite a contribué à ramener les forfaits de rémunération médians des hauts dirigeants du FTSE 100 de 3,97 millions £ en 2015 à 3,45 millions £ en 2016 [en 2016, pour des raisons politiques et sous pression de certains groupes d’actionnaires, le salaire en tant que tel de certains PDF a été abaissé, comme l’a indiqué Peter Cheese, directeur général du Chartered Institute of Personnel and Development (CIPD), une structure patronale créée en 1913].

La palme pour le patron de la firme cotée le mieux payé cette année est presque certain d’être Jeff Fairburn, le directeur général de Persimmon, société de construction immobilière, qui est sur la bonne voie pour recueillir un bonus de £ 110 millions.

Stefan Stern, le directeur du think tank High Pay Center, a déclaré qu’il était encourageant que les comités de rémunération aient exercé «un peu de retenue» sur les salaires l’année dernière. «[Mais] il existe encore des écarts très excessifs et injustifiables entre les sommets de la pyramide et le reste des salariés», a-t-il déclaré.

Stern a déclaré que l’écart entre les patrons et les travailleurs avait plus que triplé en 20 ans.

Peter Cheese, le directeur général de la CIPD, a déclaré que la nation avait besoin de «repenser de manière significative comment et pourquoi nous récompensons les PDG». Cheese a déclaré que les indemnités touchées par les patrons devraient plus largement refléter les impacts des entreprises sur toutes les parties prenantes, des employés à la société plus largement.

Les travaillistes ont déclaré que les chiffres montraient comment l’inégalité était devenue hors de contrôle en Grande-Bretagne. Rebecca Long-Bailey, secrétaire aux affaires du Cabinet fantôme, a déclaré: «Le prochain gouvernement travailliste s’attaquera à l’inégalité salariale avec un salaire minimum vital d’au moins 10 £ l’heure, avec une limite aux rémunérations excessives et en établissant des ratios de salaire maximum de 20:1 dans le secteur public et dans les entreprises soumissionnant pour des marchés publics.» (Article publié dans le Guardian le 4 janvier 2018; traduction A l’Encontre)

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Le travail dans les entrepôts à l’heure de «l’économie numérique»

Entre votre livraison à domicile d’une commande passé à Amazon et les profits nets de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, il y a un «problème». Le tout «fonctionne» sur la base d’une plate-forme qui organise une très nombreuse main-d’œuvre. «Elle» – ses fonctions sont conçues par la direction du groupe – intensifie et contrôle au plus près du travail des salarié·e·s; «elle» contribue à rendre les emplois plus précaires et instables.

Au cours de cette session du séminaire consacré au capitalisme, à Toronto (Canada), Alessandro Delfanti discute des changements à l’œuvre dans l’organisation du travail, de la composition de la classe salariée et de l'évolution des rapports de travail résultant des relations entre le capitalisme et la technologie. Il le fait sur la base d'une étude récente d’un entrepôt d’Amazon en Italie.

Alessandro Delfanti enseigne à l'Institut de Communication, Culture, Information et technologie à l'Université de Toronto. Il fut l'un des principaux membres fondateurs du réseau Log Out! Réseau de résistance des travailleurs et travailleuses à l'intérieur et contre l’économie des plates-formes. Son intervention est en langue anglaise. (Réd. A l’Encontre)

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