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France. Pacte de compétitivité, «gagnant-gagnant»?

Publié par Alencontre le 30 - avril - 2014
Pierre Gattaz, du Medef, et François Hollande

Pierre Gattaz, du Medef, et François Hollande

Par APEX

L’ancien ministre du Travail (Michel Sapin) du gouvernement Ayrault l’a dit: «Le gouvernement n’est jamais tombé dans l’illusion publicitaire d’un chiffre national. Ce n’est pas nous qui avons affiché à notre boutonnière le chiffre d’un million d’emplois». Il souhaite toutefois «plus de» 120’000 créations d’emploi par an afin d’absorber au moins la hausse annuelle de la population active et préfère que les objectifs soient fixés par branche.

S’il n’y a aucune visibilité au niveau global, n’y en a-t-il au niveau des branches? La réponse est non. Alors comment le gouvernement va-t-il arbitrer le fameux gagnant-gagnant entre compétitivité et emploi? Mystère.


Les branches: compression d’effectifs partout

Au moment où le grand mouvement des fusions-absorptions reprend, comment les branches pourraient-elles favoriser l’emploi alors qu’à l’ordre du jour figurent synergies, réduction des doublons et départs en retraites non remplacés.

Ce ne peut certainement pas être grâce à l’abaissement des charges de quelques points puisque les réductions d’effectifs déjà enregistrées ou annoncées relèvent de stratégies mondiales (chimie), d’évolutions réglementaires ou technologiques (banques), de transformation du modèle commercial (La Redoute, 3 Suisses, Auchan), de gains de productivité, de crise de la demande, de surcapacités productives (PSA, Renault Trucks) ou encore de réduction des budgets des collectivités locales (secteur associatif), etc. Pas un grand groupe et pas une filière ne semblent échapper à cette réduction des effectifs : EADS, BASF, Total, Merck, Air France, TUI, Orange…

La baisse des charges est assurée, la hausse de l’emploi moins

Les gains de marge engendrés par la baisse des charges sociales ont potentiellement plusieurs traductions possibles : embauches, investissements, renforcement de la trésorerie, réduction de l’endettement, remontée des dividendes…Il faudrait donc que les branches professionnelles veuillent encadrer ces arbitrages en faveur de l’emploi, et soient en mesure de le faire. Qui peut croire à cela ?

C’est d’autant moins crédible que de toute manière ces choix potentiels n’ont pas la même temporalité. Il faut d’abord être capable d’abaisser ses prix pour gagner des parts de marché et donc éventuellement embaucher dans un second temps (sans préjuger des gains de productivité ou de la saturation préalable des capacités de production). Or, cette contrainte marchande primaire est assez incertaine puisque partout en Europe et aux États-Unis le mot d’ordre général est «abaissement des coûts du travail». Tout le monde faisant a priori la même chose, il va être très difficile de faire bondir les parts de marchés des uns et des autres !

Le fantasme d’une politique de l’offre

Selon les partisans des « politiques de l’offre », l’objectif de croissance implique la réduction ou la levée des freins sur la production de biens ou de services : réduire le coût salarial, alléger l’environnement juridique des entreprises et leur imposition pour favoriser l’investissement…donc la production… donc l’offre. Et au bout de compte, relancer l’emploi.

Pourtant, si dans un premier temps on réduit la part salariale ainsi que les recettes publiques (fiscalité) la demande globale stagne. Du coup, pourquoi une entreprise investirait-elle si elle a le sentiment qu’elle ne vendra pas plus ?

La contradiction d’une offre sans demande

Une étude récente (Revue de l’OFCE – Observatoire français des conjonctures économiques – No 129, 2013) montre qu’une part significative des entreprises se déclare en surcapacités de production. Ce qui logiquement doit les conduire à attendre la reprise durable de leur carnet de commandes avant même d’envisager de nouveaux investissements. Une étude de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) cette fois montre qu’en 2013 59% des entreprises industrielles mentionnaient d’abord la faible demande comme cause de leurs difficultés. Par conséquent toute reprise modérée se fera sans embauche proportionnelle, les entreprises se contentant de redresser leur indicateur de productivité. (17 avril 2014)

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