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La Brèche

France. L’école de la vie… du macronisme ministériel

Publié par Alencontre le 23 - mai - 2017

Jean-Michel Blanquer

Par B. Girard

Si l’on considère la nomination d’un ministre comme un signal fort, alors celle de Jean-Michel Blanquer [juriste qui se disait «presque frère» de François Baroin, dirigeant actuel de Les Républicains (LR) et qui «finira» directeur du groupe l’ESSEC-Business School, structure présente à Cergy, La Défense et à Singapour, avant son poste de ministre] à l’Education nationale (EN) est incontestablement un très mauvais signal.

Car l’homme n’est pas un inconnu: comme recteur de l’académie de Créteil de 2007 à 2009 puis, surtout, comme directeur général de l’enseignement scolaire de 2009 à 2012 [sous le ministère du sarkozyste Luc Chatel], il a occupé les plus hautes fonctions dans l’EN à une époque que l’on peut considérer comme l’une des pires de l’histoire de l’enseignement: les années Sarkozy. On ne parle pas ici simplement de la suppression de dizaines de milliers d’emplois qui ont marqué la période, mais du fait que Blanquer, par son dogmatisme, par sa méconnaissance certaine d’un domaine où les clichés lui suffisent, par sa brutalité, son refus du débat, a largement contribué à déstabiliser lourdement un système éducatif qui n’en avait pas besoin.

Parmi ses titres de gloire, on citera en vrac: la suppression de la formation des enseignants (à qui il suffisait de distribuer un DVD pour leur expliquer comment faire leur travail…), la mise à mal de l’éducation prioritaire, la promotion de méthodes simplistes et caricaturales d’enseignement (point de salut hors de la syllabique), les désastreux programmes 2008 de l’enseignement primaire, mais aussi des créations ubuesques dont il est manifestement très fier, comme les ruineux internats dits «d’excellence» (dont le principe consiste à prélever les meilleurs élèves des établissements défavorisés pour les rassembler à l’écart du menu peuple des collèges) ou encore les ERS (établissements de réinsertion scolaire conçus comme des lieux mi-d’enfermement mi-d’éducation pour des élèves qualifiés de «perturbateurs»), gadgets typiquement sarkozyens, tellement coûteux et inutiles qu’ils ne lui ont pas survécu.

Avec Blanquer, c’est incontestablement un représentant de la droite dure qui prend la tête de l’EN, avec un programme qui, dans ses grandes lignes, ne diffère guère de celui qui était envisagé par le candidat Fillon qu’il a d’ailleurs fidèlement servi de 2007 à 2012. Un personnage clivant, perpétuellement dans le conflit, incapable d’écouter: «la société apaisée, réconciliée», vantée par Macron ne passera sûrement pas par l’école.

En 2014, Blanquer avait précisé ses conceptions dans un bouquin modestement intitulé L’école de la vie. Pour que chacun puisse réussir (Ed Odile Jacob, septembre 2014) dont la revue critique serrée par François Jarraud peut être lue sur le site Le Café pédagogique. (17 mai 2017, Question de Classes)

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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