jeudi
21
septembre 2017

A l'encontre

La Brèche

Par Dominique Albertini

Isolé dans la nouvelle Assemblée et dirigé par une Marine Le Pen sortie affaiblie de la présidentielle, le Front national (FN), dont les cadres se réuniront dans deux semaines, est plus que jamais miné par ses divisions internes. Au point de risquer la scission.

«Même fonctionnement que dans le monde de l’entreprise. Commercialisation échouée d’un bon produit = revoir stratégie de vente.» Daté du 22 juin, ce tweet de Lilian Noirot, jeune élu FN de Bourgogne-Franche-Comté, n’a pas plu à tous ses camarades. Il illustre pourtant le chantier en cours, dans un mouvement bouleversé par ses derniers revers électoraux. «Tout changer»: ce mot d’ordre, lancé par Marine Le Pen, est devenu celui d’un Front national à la structure figée depuis quarante-cinq ans, mais désormais saisi d’une fièvre réformatrice. Reste à mesurer la sincérité de l’exercice, dans le moins démocratique des grands partis français. Et à voir dans quel état en sortira celui-ci, plus divisé que jamais sur son futur visage.

Député UMP [Union pour un mouvement populaire créé en 2002, renommé en 2015 Les Républicains (LR); l’UMP a soutenu les gouvernements Chirac et Sarkozy] entre 2002 et 2007 et candidat FN aux dernières législatives, Jérôme Rivière mesure ce risque: «Il faut totalement remettre en cause la stratégie. Peut-être qu’on va se déchirer pendant un an. Peut-être qu’on passera pour des nuls. Peu importe : si on sort de là avec une bonne stratégie, on aura réussi.»

«Gauchisation»

Le processus a déjà commencé. Depuis les législatives, des groupes de travail planchent sur les pistes de réforme. Celles-ci seront examinées par les principaux cadres frontistes lors d’un séminaire au siège du parti, à Nanterre, les 21 et 22 juillet. En sortiront les termes d’une consultation des adhérents à la rentrée: celle-ci dessinera les contours de la «refondation», officialisée lors d’un congrès début 2018. Le FN en sortira, a minima, avec un nouveau nom.

Dans l’immédiat, ce débat rend évidente une diversité interne que les dirigeants frontistes avaient, jusqu’ici, niée avec obstination – en public au moins. Sur les réseaux sociaux, cadres et élus du FN expriment des visions parfois radicalement opposées de l’avenir du parti. «Le boulevard électoral était sur notre droite et les coups de volant n’ont eu de cesse de nous conduire vers la gauche pour finir dans une impasse, a posté vendredi sur Facebook le Vauclusien Hervé de Lépinau, proche de Marion Maréchal-Le Pen. Le Front national doit-il rester dans le “ni droite ni gauche” ou s’assumer comme un parti de droite populaire, attaché à l’esprit d’entreprise?» On devine l’avis de l’auteur. Ainsi que ses sentiments vis-à-vis du vice-président Florian Philippot, vu comme l’artisan de cette «gauchisation» et dont il dénonce le «chantage à la scission».

«Le Front national est mort: il faut le débrancher en refondant un parti dédié à la défense des classes moyennes et populaires», écrit quant à lui Julien Acard. Ce jeune élu régional de Bourgogne-Franche-Comté, soutien de Philippot (et récemment suspendu du parti), juge nécessaire de défendre «le retour à une monnaie nationale» et d’«arrêter les discours anxiogènes, notamment sur l’immigration et l’insécurité».

Un point de vue répandu dans le clan Philippot, et qui horripile la tendance conservatrice du FN. «Sur l’immigration, le choix des mots est important, abonde l’eurodéputée Sophie Montel, principal soutien de Philippot. Certains expriment les choses de manière caricaturale, et je m’inquiète de leur volonté de renforcer encore la place de ce sujet dans le discours du FN.» Ces désaccords, et le précédent mégrétiste [Bruno Mégret venant du RPR a rejoint le FN dans les années 1980 et a rompu en 1998 pour créer le Mouvement national républicain, et va soutenir Marine Le Pen], alimentent l’idée d’un divorce à venir.

«Tout le monde autour de moi s’attend à un éclatement», reconnaît un cadre de l’est de la France. Si Florian Philippot a exclu cette hypothèse, il voit se réduire un entourage composé de jeunes diplômés, acquis à sa personne et à son discours. Ces derniers temps, ils sont plusieurs à avoir pris leurs distances avec un Front national jugé amateur, irréformable et sur le point de revenir à ses vieilles obsessions. «Qu’est-ce que vous voulez faire quand vous avez cinq personnes qui bossent, face à une armée de fonctionnaires?» lâche l’un d’eux, dépité.

Chirac

Quant à Marine Le Pen, indécise de caractère, soumise à des influences et des impératifs contradictoires, elle se tient pour l’instant sur une ligne de crête. «Nous allons essayer de concilier la nécessité d’être souverains chez nous et de rassurer les Français sur cette question monétaire», a-t-elle expliqué jeudi sur Europe 1. Qualifiant elle-même ce programme de «quadrature du cercle».

L’avenir de la présidente du FN est le principal angle mort du débat interne. Seul l’élu régional Pascal Gannat, désormais en disgrâce, a osé évoquer un «retrait» de Marine Le Pen, sortie démonétisée de son débat raté face à Emmanuel Macron et mise en examen dans l’affaire des assistants européens du parti. Mais faute d’alternative crédible, c’est pour l’oreille de la présidente, plus que pour son siège, que rivalisent aujourd’hui les acteurs du conflit. «En 1988, Chirac se plante à la présidentielle alors qu’on le voyait gagnant, rappelle Jérôme Rivière. Tout le monde se dit que c’est un demeuré qui n’arrivera jamais à rien. Mais en 1993, la droite gagne les législatives, et plus personne ne rigole. Chirac passe de con à champion, parce qu’il a maintenu son autorité sur le parti tout en autorisant un débat parfois violent. Je dis à Marine Le Pen qu’on peut suivre le même chemin». Et refaire de la frontiste le «bon produit» qu’elle fut. (Publié dans Libération, en date du 7 juillet 2017)

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