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août 2017

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La Brèche

France. La victoire des Fralib contre Unilever

Publié par Alencontre le 23 - juin - 2016

FralibPar Maxime Blanchard

«Demain c’est la fête (26 mai 2016), deux ans que nous avons gagné face à Unilever», se réjouit Gérard Cazorla, président de la Scop Ti (Société Coopérative et Participative). Un titre dont le technicien de maintenance, délégué CGT chez Fralib (usine qu’Unilever avait décidé de fermer et qui employait 182 salarié·e·s à Gémenos, commune des Bouches-du-Rhône), devenu «cadre» de Scop Ti se passerait bien, lui qui porte blouse et casquette vertes comme tous ses collègues: «Un président c’est bien parce qu’il en fallait un, j’ai été élu, mais ici on n’aime pas ces termes, on préfère le partage des responsabilités.»

En mai 2014, après quatre ans de lutte contre la fermeture du site et la disparition de leurs emplois, 76 employés de l’usine devenus coopérateurs reprennent la production des sachets de thé. Sûrs de la rentabilité de l’activité et de son potentiel sur le site de Gémenos, ils prouvent aujourd’hui que la délocalisation vers la Pologne n’était pas une fin en soi. D’occupation de l’usine en annulation de plans sociaux, les Fralib tiennent tête au propriétaire des marques de thé Lipton et Éléphant durant 1336 jours. Un nombre gravé dans les mémoires des salariés coopérateurs de Scop Ti et sur leur nouvelle tenue de travail. Et pour cause, 1336 c’est désormais la marque du thé qu’ils produisent, commercialisée dans la grande distribution.

Réembaucher les copains

En investissant les 20 millions d’euros arrachés à Unilever, géant néerlandais de l’agro­alimentaire, ainsi qu’une partie de leurs indemnités de licenciement, les ex-Fralib réussissent à relancer l’activité en réembauchant 33 salariés. Si l’usine Fralib en comptait 182 à sa fermeture, aujourd’hui Scop Ti embauche à nouveau et les contrats se multiplient.

Dans la salle dédiée à l’expédition de la marchandise, les étiquettes collées sur les palettes chargées de boîtes de thé en témoignent. Les commandes destinées aux magasins Carrefour de la région parisienne sont prêtes, l’entreprise vient de conclure un contrat avec 51 grandes surfaces de la région. Et les négociations avec la grande distribution se poursuivent. Leclerc, Auchan, figurent déjà parmi les clients des coopérateurs de Gémenos. Ce jour-là sur les machines, au rythme de plusieurs centaines de sachets à la minute, les produits de la marque distributeur Système U sont en cours de production.

Création de nouveaux mélanges dans le laboratoire, mise en sachet, conditionnement, la production a donc repris, comme à l’époque. Une seule différence, et non des moindres, l’organisation du travail et la philosophie de l’entreprise. Du cariste au responsable marketing, tous ont le même pouvoir de décision sur les grandes orientations de la Scop.

La gestion quotidienne de l’entreprise est certes assurée par un comité de pilotage, mais celui-ci n’a pas davantage de pouvoir que la trentaine d’ouvriers répartis sur les lignes de production. «Au sein de ce comité, je suis chargé de la maintenance et de la production mais il m’arrive de donner un coup de main aux collègues pour mettre des sachets dans les boîtes», précise Gérard Cazorla.

Quant aux bureaux surplombant l’usine, autrefois fief de la direction, inutile désormais de frapper avant d’entrer. Lorsque Joël Paumier, ancien de l’usine du Havre, autre site de Fralib fermé en 1998 par Unilever, doit s’absenter, il ne vient pas demander la permission: «Gérard, ma femme est en panne sur l’autoroute, je reviens dans une demi-heure». Pas de supérieurs ni d’inférieurs hiérarchiques dans une Scop, Gérard Cazorla acquiesce et demande des nouvelles de l’épouse de Joël à son retour.

Des ouvriers au marketing

A l’image du président, d’autres coopérateurs sont passés de la production à la direction. Malgré un BTS d’assistante de direction, Rime Hidri était ouvrière depuis huit ans chez Fralib, elle s’occupe aujourd’hui de la comptabilité de Scop Ti. «C’est beaucoup de travail mais c’est intéressant, je fais des choses que je n’ai même jamais apprises durant mes études», avoue la jeune femme affairée sur ses dossiers.

A Gémenos, certains ouvriers sont montés d’un étage pour prendre les rênes de l’entreprise, d’autres sont sur les machines, mais tous travaillent désormais pour eux. Et les résultats sont là, l’objectif des 200 tonnes pour la première année de production sera atteint cet été. A terme, Scop Ti espère créer de nouveaux emplois et atteindre 1000 tonnes par an, soit le tiers du volume produit lors de la fermeture en 2010. Mais le pari est déjà réussi et à voir le soin qu’ils portent à leur outil de travail, les ex-Fralib n’ont pas dit leur dernier mot. «Regardez cette machine, elle est unique au monde, elle permet de fabriquer la mousseline dans laquelle le thé infuse et celle-ci, si on la remet en marche, elle peut produire jusqu’à 600 sachets à la minute», pendant que Gérard Cazorla fait visiter l’usine, un copain, comme s’appellent les coopérateurs entre eux, entretient les mélangeurs. A l’arrêt depuis 2010, ces cuves servaient à faire des mélanges de thés, bientôt elles reprendront du service.

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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