dimanche
7
juin 2020

A l'encontre

La Brèche

(Photo Corentin Fohlen pour Libération)

Par Rachid Laïreche

C’est une première depuis 23 ans: les partis de gauche, du NPA au PS en passant par LFI ou EE-LV, ont tenu mercredi soir une réunion commune, à Saint-Denis, à l’initiative du PCF.

Un hasard du calendrier: mercredi, à la Bourse du travail de Saint-Denis, les gauches se retrouvent quelques heures après les annonces du Premier ministre, Edouard Philippe. La soirée débute par une «bonne nouvelle»: la CFDT de Laurent Berger appelle à rejoindre la manifestation du mardi 17 décembre. La réforme de retraite du gouvernement rassemble l’opposition au sens large. Le chef des communistes, Fabien Roussel accueille les différentes personnalités les unes après les autres. Le député du Nord rêve de proposer une contre-réforme «commune» des retraites. Il a écrit quelques propositions sur une feuille. Pas si simple…

Les invités grimpent sur l’estrade et le public s’installe. Tous parlent d’un «petit exploit». Pour cause, la photo est belle. De gauche à droite ça donne: Guillaume Balas (Génération. s), Olivier Besancenot (NPA), Marie-Noëlle Lienemann (GRS), Eric Coquerel (LFI), Fabien Roussel (PCF), Olivier Faure (PS), Julien Bayou (EE-LV) et Nathalie Arthaud (LO). Un fait de taille: il faut remonter au début du siècle pour trouver la trace d’un panel politique aussi large. Olivier Besancenot prend la parole en premier: «Je remercie du fond du cœur Édouard Philippe pour le second souffle qu’il vient d’offrir à la mobilisation.» Le décor est planté

«Nous sommes différents»

Les gauches partagent quelques points en commun, notamment celui de serrer les coudes pour faire reculer le gouvernement. Une journaliste de L’Humanité interroge et fait tourner la parole. Les politiques étalent leurs oppositions et proposent des chemins. L’ambiance est cool. Même lorsque Olivier Besancenot ou Éric Coquerel prennent leur distance avec le Parti socialiste. On ne s’attendait pas à des papouilles le premier soir. Fabien Roussel, lui, ne regarde pas la couleur des fanions. Le chef des rouges explique: «Nous sommes tous d’accords pour améliorer la prise en compte de la pénibilité et les pensions des petites retraites et carrières hachées.»

Au fil des échanges: la vérité prend la lumière. Les gauches ne sont pas prêtes pour proposer un chemin main dans la main. Des désaccords et des rancœurs qui persistent. Pas grave. L’urgence est ailleurs. «Nous devons mouiller le maillot pour que le gouvernement retire sa réforme, nous ne sommes pas ici pour nous faire des promesses», lâche Olivier Besancenot. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, est sur la même ligne mais avec d’autres mots: «Nous sommes différents. Nous avons des propositions différentes. Mais nous avons des combats communs. La réforme des retraites en est un.»

«Historique»

Fabien Roussel prend la parole en dernier. Il ne perd pas le nord. Le député sort une petite feuille de sa poche, la déplie et fait des propositions concrètes. Une sortie commune sur un «piquet de grève» la veille de la grande manifestation du 17 décembre; la naissance d’un «comité de liaison» entre les différents partis avec une première réunion le lendemain de la manifestation au siège du PCF, place du Colonel-Fabien; la création d’un «groupe de travail» entre les sénateurs et les députés pour faire des propositions «communes et concrètes» dans les hémicycles. Le chef des communistes replie sa feuille.

Le meeting se termine et les politiques papotent. Fabien Roussel prévient : «Il y a des propositions et la porte est ouverte à tout le monde.» L’insoumis Éric Coquerel ne se montre pas très emballé. «Nous sommes disponibles pour toutes les mobilisations communes afin de soutenir le mouvement et les grévistes mais pas pour écrire un projet en commun car il existe trop de différences entre les uns et les autres», dit-il en jetant un regard en direction d’Olivier Faure. Les âmes se dispatchent. Et Fabien Roussel tente de résumer la soirée: la prise de dialogue de toute la gauche est «historique» et toutes les couleurs souhaitent faire plier le gouvernement et sa réforme. Le reste, on verra plus tard. (Article publié dans Libération daté du 12 décembre 2019)

*****

Plus que jamais renforçons la mobilisation

Les organisations syndicales constatent que le gouvernement s’obstine sur son projet de régime unique à points et ne veut pas prendre la mesure de la mobilisation exprimée par les salariés en grève.

Au contraire, les annonces d’Edouard Philippe confirment que le projet du gouvernement conduirait à un recul des droits par la baisse programmée des pensions de tous les salariés du privé comme du public et l’obligation de travailler plus longtemps.

Il confirme en particulier le maintien d’un âge pivot à 64 ans obligeant à reculer son âge de départ. Ce sont en particulier les jeunes générations qui en subiront pleinement les conséquences, ayant les plus grandes difficultés à se constituer un droit à la retraite dans une société de chômage et de précarité !

Aucune prise en compte des propositions des organisations syndicales, qui appellent à renoncer à un tel projet pour ouvrir des négociations immédiates pour améliorer le système par répartition actuel.

Plus que jamais, les organisations syndicales réaffirment leur appel à renforcer la mobilisation par la grève et sa reconduction quand les salariés le décident et par les manifestations notamment les 12 et 17 décembre prochains.

Soyons encore plus nombreux dans tous les secteurs professionnels pour gagner. (11 décembre 2019)

 

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Coronavirus. «On doit s’attendre à l’ouragan»

L’émission «Arrêt sur images» de Daniel Schneidermann – une émission à laquelle le site alencontre.org pense qu’il est opportun de s’abonner – a été mise gratuitement, ce 14 mars 2020, sur Youtube «en raison de son utilité sociale». Deux médecins «qui parlent vrai» interviennent. François Salachas, le neurologue qui avait interpellé Emmanuel Macron lors d'une visite à la Pitié-Salpêtrière (Paris). Il souligna alors l’urgence liée à la pandémie et un fait d’évidence: la mise à niveau de l'hôpital nécessitera de gros moyens humains et financiers. Et Philippe Devos, intensiviste au CHC de Liège, président de l'Association belge de syndicats de médecins (Abysm). A voir, à partager: utile pour comprendre et réfléchir. (Rédaction A l’Encontre)

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