mardi
25
juin 2019

A l'encontre

La Brèche

Pierre Laurent (PCF) et
Jean Luc Mélenchon (Parti de Gauche)

Par Frédéric Métézeau

Lundi soir, 24 juin 2013, Jean-Luc Mélenchon a reçu le prix d’humour politique du meilleur twitt : «je suis de plus en plus nombreux» répondait-il aux journalistes qui évoquaient un affaiblissement du Front de gauche.

Le prix est mérité, la formule fait rire et en même temps elle illustre la situation beaucoup moins drôle que connaît le mouvement. Pendant la présidentielle, scrutin hautement personnalisé et incarné, Mélenchon avait porté avec panache la parole de son mouvement. Le souci, c’est que cette hyperpersonnalisation a fini par desservir le Front de gauche (FDG). Si l’on considère comme Gainsbourg que l’humour est la décontraction de l’intelligence et comme Mélenchon est quelqu’un de très intelligent, ce tweet n’est pas qu’une plaisanterie.

Il démontre que le Front de Gauche a bien du mal à être autre chose que l’écurie d’un homme, un attelage de circonstance, en l’occurrence l’élection présidentielle. La preuve, après les législatives, le Front de Gauche n’a pu constituer de groupe tout seul, il a dû rallier des élus utra-marins non-inscrits [ cinq députés d’outre-mer, soit Huguette Bello de la Réunion, Alfred Marie-Jeanne de la Martinique, Jean-Philippe Nior de la Martinique, Gabriel Serville de la Guyanne et Brunot Nestor Azerot de la Martinique; ce groupe, au nom estampillé de Gauche Démocrate et Républicaine est présidé par le membre du PCF: André Chassaigne] pour atteindre les 15 membres, dont l’essentiel sont des communistes sauvés par le bon vieil accord Parti socialiste et Parti communiste français.

Depuis, aux huit législatives partielles, le FDG n’a eu aucun élu avec des scores autour de 5-6%, malgré la crise, malgré le chômage et la politique social-démocrate de Hollande. Pire que cela, comme au premier tour de la présidentielle et comme à Hénin-Beaumont, le FDG n’est pas parvenu à décoller l’électorat populaire du Front national qui l’a toujours devancé et n’a jamais cessé de creuser l’écart aussi bien dans l’Oise [mars] que dans le Lot-et-Garonne [juin].

Pour Mélenchon, le «front républicain» aujourd’hui «n’a aucun sens, c’est une escroquerie, un traquenard». Au sein du Front de Gauche, les relations sont tendues avec les communistes. Un député PCF nous confie qu’il ne croit pas à la stratégie à la grecque de Mélenchon (un effondrement des socialistes pour rafler la mise): «En Grèce la droite a repris le pouvoir» explique-t-il; «Mélenchon fait le pari de l’échec de Hollande, nous nous souhaitons qu’il réussisse».

Tout à sa vendetta contre le PS, Mélenchon pousse à des listes autonomes aux municipales, alors que seule l’union de la gauche peut sauver les mairies communistes.

Aujourd’hui le Front de Gauche de Mélenchon risque de devenir le MODEM de Bayrou: un assemblage pour un seul homme. Entre Bayrou et Mélenchon, il y a d’ailleurs bien des similitudes: culture historique et littéraire, intégrité, intrépidité jusqu’à la rupture avec sa famille politique d’origine et même l’admiration de Mitterrand, mais aussi un risque d’impasse stratégique, une incapacité à l’autocritique et donc à l’autodérision malgré un humour caustique… Derrière l’humour, la politique toujours… (26 juin 2016- Billet politique sur France culture)

Vous pouvez écrire un commentaire, ou utiliser un rétrolien depuis votre site.

Ecrire un commentaire




Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

Recent Comments

Le site alencontre.org existe depuis plus de 12 ans. Il vient de changer d’aspect. De manière significative. Mais il n’a pas modifié ses objectifs : informer, analyser, afin de faciliter une compréhension des réalités économiques, sociales, politiques à l’échelle internationale. Dans ce sens, ce site valorise la liaison qui peut s’établir entre comprendre et agir, dans une perspective socialiste et démocratique. Ce «lifting» a été effectué pour répondre aux exigences d’un nombre croissant de lectrices et lecteurs. Nous espérons que celui-ci entrera en résonance avec les attentes des visiteurs de A l’Encontre et de La Brèche. Il leur appartiendra, aussi, de s’en approprier le contenu et de le commenter. Vous pouvez nous contacter sur redaction@alencontre.org