Le 23-F, Juan Carlos Ier et son coup de gouvernail à tribord

Par Jaime Pastor

Toujours en attente de la déclassification des documents officiels sur cette affaire [tentative de coup d’Etat du 23 février 1981] – parmi eux, les enregistrements des conversations téléphoniques dans l’après-midi et la nuit entre les occupants du Congrès et ceux se tenant à l’extérieur du Congrès –, protégés par une loi sur les secrets officiels d’avril 1968 scandaleusement toujours en vigueur, plusieurs sont les versions écrites et audiovisuelles qui ont circulé tout au long de ces années sur ce qui s’est passé au cours d’une journée dont, dans moins d’un an, nous célébrerons le 40e anniversaire.

La version la plus récente que je connaisse est celle du documentaire de l’EITB [radio-télévision basque], diffusé le 23 février dernier, avec le titre «23F, Jusqu’où peut aller la main du roi?». On peut y écouter, à nouveau, différents récits sur ces événements, parmi lesquels se démarque celui de la journaliste, alors amie de Juan Carlos Ier de Borbón, Pilar Urbano («Le roi a arrêté un coup qu’il avait lancé»); ou encore la mention faite du rapport de l’ambassadeur d’Allemagne, déclassifié en 2012 dans son pays, dans lequel il dit que dans sa conversation avec le roi, celui-ci a montré de la compréhension, voire de la sympathie, pour les comploteurs du coup d’État [1]. Pratiquement, aucune des personnes interrogées n’a exonéré le roi des soupçons portant sur sa connaissance de ce qui se préparait le 23-F et ses hésitations avant d’apparaître sur TVE (la Télévision publique), 7 heures après l’occupation du Congrès par le lieutenant-colonel Antonio Tejero et la prise de Valence par le général Milans del Bosch. Un discours dans lequel il exprime sa condamnation du coup d’Etat… de Tejero, «pas nécessairement du coup d’État d’Armada [Alfonso Armada y Comyn, marquis de Santa Cruz de Rubadulla, 1920-2013]», comme le reconnaît Javier Cercas. L’auteur, soit dit en passant, d’un «essai de chronique» exhaustif et intéressé, comme il l’appelait lui-même, Anatomie d’un instant, publié en 2009, véritable apologie d’Adolfo Suárez, de Gutiérrez Mellado et de Santiago Carrillo qui, néanmoins, ne fait pas figurer parmi ses héros le Bourbon. [Adolfo Suarez (1932-2014) est le premier chef du gouvernement après l’adoption de la Constitution de 78, le général Gutierrez Mellado (1912-1995), chef de l’état-major et son ministre des armées et Santiago Carrillo (1915-2012) est alors secrétaire général du PC espagnol et député aux Cortes.]

Derrière cet intérêt officiel de ne pas vouloir faire connaître toute la vérité se cache, sans aucun doute, et surtout, le mythe qui à partir de cette date a été mis en place sur le rôle qu’aurait joué le roi comme sauveur de la patrie et de la démocratie, prétendant nier pour l’opinion publique la complicité de Juan Carlos Ier jusqu’au dernier moment avec le général Alfonso Armada (tête du complot) et son acceptation de l’accord (le pacte du «capò») que ce dernier a signé avec Tejero (le lieutenant de la Garde civile qui a envahi le Congrès pistolet à la main). Un pacte qui, en échange de sa reddition, fixait des limites dans le procès futur des personnes impliquées dans cette opération [2]. Un pacte dans lequel il était promis de «mettre de l’ordre dans les autonomies», objectif qui a commencé à se réaliser le 24 février même, dans l’après-midi, lors d’une réunion à huis clos avec les partis espagnols présidée par le roi et dont étaient exclus les partis relevant du Pays Basque et de la Catalogne.

L’ami Armada et l’Opération de Gaulle

Rappelons que le 23-F s’est produit à un moment où la transition politique entamée à partir de la fin de 1976 était toujours ouverte: l’appareil d’État hérité du franquisme se maintenait intact (il suffit de rappeler que ceux qui avaient dirigé, parmi eux Tejero et Ricardo Sáenz de Ynestrillas Martínez (1935-1988), un projet de coup d’État appelé Opération Galaxia en novembre 1978, avaient été condamnés à un peu plus de quelques mois d’arrestation), la gauche avait triomphé lors des élections municipales et en Euskadi ainsi qu’en Catalogne les forces politiques en faveur d’une plus grande autonomie progressaient dans les communautés autonomes, tandis que des attentats meurtriers commis par l’extrême droite et l’ETA ont continué à se produire.

Tout cela contribuait à montrer la faiblesse d’Adolfo Suárez à la tête du gouvernement et du conglomérat de fractions qu’était son parti, l’Union du centre démocratique (UCD), dans une conjoncture internationale de la seconde Guerre froide, avec Ronald Reagan déjà à sa tête, réticent devant les velléités tiers-mondistes du président du gouvernement espagnol. Dans ces conditions, un complot civilo-militaire s’est formé sur différents fronts, à commencer par l’extrême droite (avec le journal El Alcázar en tête), la hiérarchie militaire (et le CESID, les Renseignements généraux) en particulier [3]; sans oublier des secteurs de l’Alliance populaire de Fraga Iribarne (ancien ministre de Franco), d’autres membres de l’UCD et le roi lui-même; et pour terminer certains personnages du PSOE (Enrique Múgica, 1932-avril 2020) et même du PCE (Ramón Tamames), dont le principal dirigeant, Santiago Carrillo, ne cessait d’exiger un gouvernement de concentration.

En tant que médiateur parmi toutes ces forces, un nom se détachait: celui d’Alfonso Armada, précepteur du prince Juan Carlos, chef du secrétariat de la Maison Royale jusqu’en 1977 et nommé le 12 février, par Juan Carlos Ier, deuxième chef d’état-major. Son projet, appelé Opération de Gaulle, s’inspirait de celui que ce général avait mené en 1958 en France: c’est-à-dire un coup d’État légal qui pourrait être basé sur l’article 99 de la nouvelle Constitution espagnole, selon lequel la proposition de candidature à la présidence du gouvernement par le roi n’exige pas que cette personne soit membre du parlement ou du parti le plus voté. Armada avait même déjà établi un projet de gouvernement, incluant la distribution des portefeuilles, à partir des réunions qu’il avait précédemment tenues avec des représentants de différentes forces politiques au cours de l’automne précédent dans sa résidence de Lleida en Catalogne (Lérida).

Il s’agissait d’une opération civico-militaire qui, après la démission non prévue de Suárez, le 29 janvier 1981, devait être mise en marche avant la fin du vote au Congrès pour le nouveau candidat Premier ministre, Leopoldo Calvo Sotelo. Pour cela il devait également s’appuyer sur les secteurs putschistes que représentaient Tejero et Milans del Bosch et sur leur réseau complotiste civil impliqué. Ceux-ci occuperaient l’Assemblée nationale d’une manière non sanglante de façon que, plus tard, Armada puisse se présenter comme le personnage capable de les neutraliser, et de pouvoir s’imposer comme un recours, une alternative face au vide de pouvoir qui pouvait être ainsi créé. Mais la forme tonitruante que prit l’irruption de Tejero dans la Chambre des députés (la retransmission en direct par la télévision des coups de feu a été déterminante) «conférait une scénographie de “coup d’État dur” à ce qui devait être un “putsch doux” ou au moins en donner l’apparence, et rendait difficile au roi, à la classe politique et aux citoyens de passer des compromis avec lui», note Javier Cercas dans le livre que nous avons cité plus haut. La proposition du gouvernement civico-militaire d’Armada devenait donc plus compliquée, alternant fortes pressions et concessions, jusqu’à ce qu’enfin, après de longues heures de silence, le roi apparut à l’aube à la télévision (TVE) pour désavouer le coup d’État.

Saurons-nous un jour tous les détails du comportement du roi Juan Carlos Ier, lors de ces moments décisifs qui l’ont finalement conduit à ne plus couvrir son ami Armada? Outre les conseils de son parent grec Constantin II qui avait vécu une expérience similaire [en décembre 1974] qui l’avait conduit à l’exil, la thèse selon laquelle, il aurait craint qu’après la violente irruption de Tejero la variante constitutionnelle du «putsch doux» perdait de sa crédibilité au profit de la version «dure», et l’aurait amené à se distancier finalement de la tentative putschiste, semble plausible. Dans l’ensemble, il ne cessera de montrer ses doutes qu’à la dernière minute, comme en témoigne le télégramme qu’il envoya le soir même à son ami Milans, dans lequel il précise que «je ne peux plus revenir en arrière». Ce ne sont donc pas ses convictions démocratiques qui l’ont conduit à sa décision finale.

Il y a aussi deux données importantes ce jour-là que nous ne pouvons pas manquer de signaler. L’une est celle qui fait référence au comportement de certains acteurs influents: la Conférence épiscopale, qui se réunissait ce même jour, et qui n’a pas dit un seul mot contre le coup d’État et la CEOE (Confederación Española de Organizaciones Empresariales), l’organisation patronale, qui est également restée silencieuse jusqu’à ce que le roi apparaisse à la TVE. Quant aux États-Unis, la réponse du secrétaire d’État de l’époque, Alexander Haig, a été de déclarer que c’était «une affaire intérieure»... Ces faits constituent sans aucun doute une preuve suffisante que tous étaient au courant des plans précédents et qu’ils attendaient seulement de voir quel en serait le résultat, peu soucieux de l’avenir de la démocratie.

Mais le prix payé le plus lourd pour ce type de transition fut que la grande majorité des citoyens – qui avaient déjà été démobilisés par le discours officiel du triple «consensus» (sur l’oubli de la répression franquiste, sur les règles du jeu du présent… et sur celles d’un avenir qui devait être selon la formule de Franco «atado y bien atado»-«ficelé et bien ficelé») au cours des années 1977-79 – attendit passivement l’issue du coup d’État. Il y eut cependant des appels à la grève générale dans des zones importantes, tels que ceux lancés par les CCOO en Catalogne [4] et à Madrid, par l’UGT à Alava et aux Asturies et par différentes organisations au Pays basque. Des arrêts de travail d’au moins 2 heures eurent lieu en général dans les zones industrielles, telles que des Asturies, Barcelone, Madrid, Navarre, Vizcaya, Galice, Séville et Cadix. Mais très vite ces initiatives ont été rejetées par les plus hautes instances dirigeantes des CCOO, du PCE et, bien sûr, du PSOE et de l’UGT, sous la pression des «hautes autorités». Nous ne savons pas ce qui se serait passé si l’occupation du Congrès avait été prolongée (elle s’est terminée à midi le 24). Quoi qu’il en soit, nous étions une petite minorité qui, ce soir-là, est sortie dans les rues de Madrid pour protester près de la Plaza de las Cortes, tandis que le rôle principal passait aux médias en attendant que le roi prenne position. C’est sur cette scène que Juan Carlos Ier, ce symbole maximum du lien entre le franquisme et la démocratie, a traversé une période courte mais décisive, pleine de doutes quant à la réponse qu’il devait apporter à la situation créée par Tejero, Milans et Armada, dont les relations étroites étaient évidentes.

Cette attitude démobilisatrice de la majorité de la gauche politique et sociale s’ajoutait à celle qu’ils avaient déjà adoptée depuis les Pactes de la Moncloa [*], mais elle est devenue plus grave au vu de la menace contre la fragile démocratie que cette tentative putschiste représentait. Même lors des manifestations du 27 février 1981, ces forces politiques et syndicales n’ont pas osé exiger des mesures pour purger tout le réseau civil et militaire du coup d’État et du complot militaire (par contre elles ont su attaquer ceux qui manifestaient en faveur de cette épuration), se limitant à sanctifier le roi et à faire confiance à certains juges qui finiraient par réduire autant que possible l’enquête et la punition de ceux qui faisaient partie du tissu civil et militaire à l’origine du 23-F.

Une monarchie autoritaire

Une tentative a ensuite été faite pour présenter l’événement 23-F comme un simple bricolage. En réalité, c’était la confirmation du caractère contrôlé et encadré que le processus de transition avait et de la marge d’autonomie avec laquelle la hiérarchie militaire pouvait agir, mais aussi du rôle que le roi s’était attribué en temps de crise politique, en tant que chef suprême des forces armées. Il se tenait ainsi au-dessus du pouvoir civil [5] contre toute avancée incontrôlée du processus de démocratisation politique et sociale. L’échec technique des différentes tentatives de coup d’État ne doit donc pas nous faire oublier que, en plus d’avoir un coût judiciaire très modeste pour leurs auteurs, leurs principaux objectifs politiques ont ensuite fait leur chemin, cherchant à réorienter la transition vers la droite, tant au niveau des autonomies qu’au niveau social et géopolitique.

Le 23-F a démontré, en somme, la capacité de chantage et de pression des secteurs économiques et sociaux les plus conservateurs et de la hiérarchie militaire depuis le début de la transition, notamment en ce qui touche l’Espagne des autonomies; question dans laquelle ils se sentaient forts depuis qu’ils avaient forcé les pères présumés de la Constitution à accepter le libellé final de leur article 2 [**]. Ce n’est pas en vain que l’une des concessions faites aux vaincus du coup d’État fut l’approbation rapide de la célèbre LOAPA [***], pactée entre l’UCD et le PSOE, afin d’essayer de mettre un terme au processus modéré de décentralisation politico-administrative qui commençait et dont on craignait qu’il ne soit débordé, même en Andalousie. Une autre concession non moins importante a été l’engagement formel du successeur de Suárez, Calvo Sotelo, d’accélérer l’adhésion à l’OTAN, justement au moment où commençait la seconde guerre froide.

Les effets les plus visibles sur le plan politique de cet événement ont été à la fois le processus de décomposition du principal parti de droite d’alors, l’UCD – au profit de Alianza Popular-AP (Alliance Populaire) de Fraga Iribarne, capable d’intégrer l’extrême droite puis de donner naissance au Partido Popular-PP (Parti populaire) renouvelé au plan générationnel –, et la tendance à la concentration du vote de la gauche sociale et démocratique en général autour du PSOE de Felipe González. Celui-ci apparaît alors comme le leader capable d’empêcher le retour en arrière, de consolider le nouveau régime, d’entrer dans l’Europe mythifiée et, quelque chose qu’il oubliera bientôt une fois au pouvoir, la promesse de sortir de l’OTAN, même si c’était avec son slogan consciemment ambigu: «OTAN de entrada NO!» («l’OTAN, d’entrée Non!»). Un renoncement qui lui a coûté un affrontement croissant avec une mobilisation intense et massive en faveur de la sortie de l’OTAN qui a failli remporter le référendum du 12 mars 1986 dans ce qui serait «la dernière bataille de la transition».

Dans l’ensemble, le résultat le plus durable de cette date au profit d’un régime encore en construction fut l’imposition d’un récit, partagé par toutes les forces de l’establishment, visant à blanchir Juan Carlos Ier pour le présenter comme le moteur de la Transition contre le protagonisme de la rue et de la classe ouvrière. L’objectif était donc de faire oublier son origine franquiste et son refus de se soumettre à un référendum populaire (comme Adolfo Suárez le reconnaîtra des années plus tard) pour faire de lui le père de la démocratie alors que, en fait, sa décision finale dans la nuit du 23 au 24 février n’était due qu’à un simple calcul rationnel de la meilleure option pour rester au pouvoir. Car il ne fait aucun doute que, comme le résume Bartolomé Clavero: «Le roi, au minimum, savait, protégeait et dissimulait les préparatifs d’un coup d’État, pas tant l’État que le gouvernement, une sorte d’auto-coup d’État avec l’intention de forcer la formation d’un cabinet de concentration sous une présidence militaire qui entreprendrait des actions telles que la promotion d’une politique antiterroriste en termes de limitation des libertés communes et une réforme de la Constitution avec un signe de recentralisation et de dé-garantie.» [6] Et, en effet, c’est ce qui a été proposé d’appliquer le lendemain par d’autres moyens, afin d’orienter le cours de la transition plus vers la droite.

Compte tenu de ce précédent, on ne peut être surpris par le discours belliqueux de Felipe VI, le 3 octobre 2017, à l’appui de la répression brutale que les forces de l’ordre ont exercée lors du référendum sur le futur de la Catalogne qui avait eu lieu pendant deux jours avant. Le jeune Bourbon s’est ainsi avéré être un fidèle disciple de l’héritage de son père, qui n’a jamais renié sa promesse au dictateur Franco sur son lit de mort de défendre par tous les moyens nécessaires «l’unité sacrée de l’Espagne» et, avec elle, les intérêts du bloc dominant transnationalisé dont elle fait partie, sans oublier d’y inclure la corruption systémique qui a toujours caractérisé les Bourbons. (Article publié sur le site Viento Sur, le 25 avril 2020; traduction rédaction A l’Encontre)

Jaime Pastor est politologue et éditeur de Viento Sur

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* Les Pactes de la Moncloa: Ces deux Pactes, l’un politique et l’autre économico-social, négociés et signés le 25 octobre 1977 au palais gouvernemental de La Moncloa entre le chef du gouvernement Adolfo Suarez (UCD) et les dirigeants des partis de l’opposition démocratiques représentés au Parlement – le PCE, PSOE, Convergencia i Unio de Catalogne et le PNV du Pays Basque –, l’organisation patronale CEOE, le syndicat des Commissions ouvrières CCOO et l’UGT. Particulièrement le Pacte économico-social visait à fixer un cadre et un rythme contrôlé aux revendications et aux mobilisations démocratiques et sociales des travailleurs et de la jeunesse. Un nombre important de dirigeants de l’UGT étaient opposés à ces négociations et à la signature du Pacte ainsi que certains secteurs des CCOO, mais seule la CNT refusa de le signer. Alianza Popular de Fraga Iribarne ne signa que la partie sociale du Pacte.

** L’article 2 de la Constitution, affirme «l’Unité indissoluble de la Nation espagnole» tout en reconnaissant et respectant l’autonomie des nationalités et régions qui la composent.

*** LOAPA: Cette Loi d’harmonisation du processus autonomiste a été négociée entre le PSOE et l’UCD en 1981-82. Elle tente d’égaliser la dynamique des processus d’autonomie des 17 «autonomias» de façon à discipliner et contenir les processus au sein de ce que la Constitution désigne comme les autonomies historiques (Pays Basque, Catalogne et Galice.

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[1] Selon Der Spiegel dans son édition du 6 février 2012, dans ce document, l’ambassadeur de RFA, Lothar Lehn, a rapporté que lors de la rencontre qu’il a eue le 26 mars 1981 avec Juan Carlos Ier, il «n’a montré aucun mépris ni indignation contre les acteurs, il a en outre fait preuve de compréhension, sinon de sympathie» et lui a dit que «les dirigeants ne voulaient que ce que nous voulions tous, en particulier le rétablissement de la discipline, de l’ordre, de la sécurité et de la tranquillité».

[2] Lors du procès qui s’est déroulé entre février et juin 1982, le tribunal militaire a condamné Tejero et Milans à 30 ans de prison et Armada à 6 ans pour crime de rébellion militaire, puis a demandé la grâce pour chacun d’eux. Plus tard, la Cour suprême en 1983 a augmenté les peines de plusieurs de ceux qui avaient été acquittés par le tribunal militaire et a porté la peine d’Armada à 30 ans, mais le gouvernement présidé par Felipe González a accordé une grâce à ce dernier en 1988. Une générosité qui avait déjà été précédée, dès le premier instant, par celle montrée par son ministre de la Défense Alberto Oliart, lorsque le procureur du procès militaire, le général García Escudero, est allé le voir lors du procès pour dire: «Monsieur le Ministre, si j’applique le Code militaire à la lettre, j’ai de quoi poursuivre tous les officiers et sous-officiers de la division blindée et du Maestrazgo.» A quoi le ministre a répondu qu’il ne devait poursuivre que les chefs de la conspiration qui en étaient les figures. (“Los hombres clave: Alberto Oliart”, Nativel Preciado, Memoria de la Transición, 13, p. 236, El País). Par ailleurs, sauf dans le cas de l’ultra Juan García Carrés, le complot des civils n’a jamais fait l’objet d’une enquête.

[3] Le CESID avait préparé un rapport en novembre 1980, intitulé «Aperçu des opérations en cours», dans lequel il distinguait trois opérations militaires et une opération civico-militaire. Dans ce document, il tenait déjà compte de l’expérience du coup d’État militaire qui avait triomphé en Turquie le 12 septembre 1980 comme source d’inspiration pour celui qu’Armada allait promouvoir. Le rôle clé des dirigeants de cet organe, Javier Calderón et José Luis Cortina, dans le complot du coup d’État est bien établi.

[4] Pour une chronique des tensions qui ont eu lieu dans la nuit du 23 février entre Jordi Pujol, alors président de la Generalitat, et les dirigeants du CCOO, le témoignage de l’un des participants à ces pourparlers, Higinio Polo, présente un intérêt particulier, comme le montre son article «Une agitation lointaine ou vingt-quatre heures de la vie d’un pays», El viejo topo, 149, février 2001, pp. 12-17. L’auteur raconte, entre autres, l’état de crise nerfs de Jordi Pujol après s’être entretenu quelques minutes auparavant avec le capitaine général Pascual Galmés et lui avoir demandé son avis sur la solution d’Armada. Malgré sa crainte du pire, Pujol ne cessera de tenter de convaincre les dirigeants du CCOO de renoncer à leur appel à la grève générale.

[5] «Le roi, qui préside occasionnellement les réunions du gouvernement, ne se réunit pas avec le gouvernement par intérim qui se forma avec les sous-secrétaires et les vice-ministres alors que le gouvernement en titre se trouvait séquestré dans la salle de l’Assemblée nationale. En outre, dans sa communication télévisée au public dans la nuit du 23 au 24 février, il a placé la junte des chefs d’état-major au-dessus des autorités civiles pour résoudre la situation. Habillé en capitaine général en tenue de gala, il voulait agir exclusivement en tant que commandement suprême présumé. Et puis il n’a pas officiellement communiqué avec les Cortes ou le gouvernement. À partir de ce moment-là, rien ne pouvait impliquer une inculpation ou être retenu contre lui plus tard. En bref, il y a une continuation prononcée de la légende entre transition et coup d’État (Bartolomé Clavero, Constitution a la deriva, Pasado y Presente, Barcelona, ??2019, p. 285).

[6] Op. cit., p. 359.

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