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septembre 2017

A l'encontre

La Brèche

Etat espagnol. «Leur grande coalition et la nôtre»

Publié par Alencontre le 15 - mars - 2016
Teresa Rodríguez, secrétaire générale de Podemos en Andalousie, aux côtés du syndicaliste Diego Cañamero, du syndicat des ouvriers agricoles.

Teresa Rodríguez, secrétaire générale de Podemos en Andalousie, aux côtés du syndicaliste Diego Cañamero,
du syndicat des ouvriers agricoles.

Par Teresa Rodríguez
et Miguel Urbán

• Le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) fait une chose lorsqu’il est au gouvernement et il dit autre chose lorsqu’il se trouve dans l’opposition. C’est là une chose que nous avons répétée à de multiples reprises lors de la campagne électorale.

Nous avons été, en réalité, très indulgents. Il n’est pas même nécessaire que ce parti soit au gouvernement pour qu’il contredise son programme. Il suffit qu’il cherche un accord qui lui permette de maintenir ouverte la possibilité de former un gouvernement (ou, plus simplement, qui permette à son appareil de survivre) pour que le masque tombe. Ce PSOE est l’un des acteurs fondamentaux qui a permis la consolidation du régime politique actuel. C’est un acteur nécessaire pour définir un cadre possible pour sa restauration. [Voir sur ce site la déclaration des Anticapitalistas en date du 10 mars 2016: http://alencontre.org/europe/espagne/etat-espagnol-vers-la-creation-dune-grande-coalition-sociale.html]

• Un scénario de restauration qui ne peut se réaliser qu’au moyen d’une espèce de «grande coalition». Actuellement ou, simplement, lorsque la machinerie des appareils des partis de l’ordre se soumettent à nouveau aux intérêts des élites économiques, y compris si ceux-ci s’opposent frontalement aux intérêts électoraux et d’appareil de ces partis.

Intérêts de partis qui, jusqu’ici, ont été sauvés par la fausse alternance du jeu du bonneteau des différences difficiles à remarquer en ce qui concerne les aspects fondamentaux. Voilà la contradiction à laquelle doivent s’affronter ces partis. A nouveau, des appels au consensus, aux grands accords ainsi qu’à la rénovation de la culture du compromis résonnent en différents endroits du spectre politique.

Un revival du spectre que le 15M semblait avoir détruit: la culture de la Transición [période de constitution du régime politique «démocratique» après la mort de Franco], la conciliation d’intérêts matériels incompatibles.

• Pour ceux qui, comme nous, sont convaincus que la politique est conflit(s) ou, dit autrement, que cette pulsion à la rénovation consensuelle ne relève pas de la politique, l’objectif qui est poursuivi est clair: remettre à l’ordre du jour ce que les mouvements sont parvenus (partiellement) à bouleverser.

Il vaut la peine de l’expliquer. Au cours des huit dernières années, il est apparu évident qu’il n’est pas possible de défendre simultanément les intérêts des banques et ceux des personnes dont le domicile est hypothéqué; de faire concorder les intérêts des entreprises de l’Ibex 35 (Indice de référence de la Bourse de Madrid) et les droits du travail – en voie de disparition – de la majorité sociale. On ne peut aimer fiscalement de manière identique les rentiers et ceux et celles qui vivent de leurs mains et de leurs intelligences. Il n’est pas possible de défendre ceux qui paient des factures d’électricité, de fourniture d’eau et du gaz asphyxiant, au moment où l’on sauve l’oligopole énergétique. Il n’est pas possible d’envisager des mesures afin d’éradiquer la violence machiste en même temps que ce terme est effacé du langage. Voilà ce qui semble être le «métissage politique» génétiquement impossible, le Frankenstein antipolitique que nous propose Pedro Sánchez [leader du PSOE].

La négation du conflit de classe, des intérêts antagoniques et l’affirmation d’un consensus soumis aux dogmes néolibéraux sont les ingrédients de la recette déjà classique de ce qui a été a défini, par divers auteurs, par le terme: «d’extrême centre». Voilà à quoi correspond l’offre du PSOE et de Ciudadanos (C’s). Ainsi que leurs limites.

• En politique il faut toutefois, comme disait le vieux révolutionnaire, dire la vérité. Aussi difficile que cela puisse paraître. Nous sommes convaincus que c’est aussi ce que souhaitent les citoyens et citoyennes toujours plus abasourdis par la théâtralisation des négociations entre partis ou par l’obstruction croissante des déclarations de nombreux dirigeants politiques.

Miguel Urban Crespo, euro-député

Miguel Urban Crespo, euro-député

Pour cette raison, nous affirmons que suite à la signature de l’accord entre le PSOE et C’s (ainsi que la recherche d’une discussion directe avec le PP – Parti populaire de Mariano Rajoy) la marge de manœuvre a été épuisée.

Au cours des dernières semaines, chaque acteur a fait la démonstration, dans ce jeu d’ombres chinoises, de la nature de ses responsabilités. Mais, surtout, où se situent leurs loyautés. Nous faisons malheureusement face à deux possibilités: soit une «grande coalition», soit de nouvelles élections [en juin 2016].

Ce n’est pas un désir, il s’agit d’une réalité au jour d’aujourd’hui. Nous ne voulons pas de nouvelles élections – ce qui reviendrait à dire que les électeurs électrices ont mal voté, antérieurement – mais nous n’allons pas assumer des politiques néolibérales qui élargissent la brèche ouverte et sanglante des inégalités en acceptant le chantage selon lequel la convocation de celles-ci (élections) nous seraient défavorables.

• Nous ne manquons pas de ressources pour ce voyage. C’est le PSOE qui, en dernière instance, a décidé que ce tournant soit aujourd’hui apparemment inévitable.

Il ne faut toutefois pas que nous nous payions de mots. Au cours des derniers jours, une (nouvelle) campagne s’est déclenchée avec pour objectif d’user Podemos en tentant d’ouvrir une brèche qui sape l’appui populaire de notre organisation.

Cette campagne apparaît précisément alors que, suite au discours de Pablo Iglesias, lors de la première session d’investiture, Podemos est à nouveau apparu comme contestation claire des éléments les plus régressifs et de ceux qui sont à l’origine de l’effondrement social et politique dans lequel nous vivons.

Un discours de notre camarade Pablo Iglesias qui recueillait une fraction du meilleur de notre mémoire de luttes, d’images et de symboles. Un discours qui, de son côté, a contribué à contester ce qui a été une bonne partie de la trajectoire de la gauche «subalterne» [au PSOE]. Cela précisément parce que Podemos est né en renonçant à être la «jambe gauche» d’un régime politique en décomposition. Cet imaginaire destituant [qui vise à «défaire» le régime pour une constitution nouvelle] doit rester présent au moment où nous avons besoin de renforcer une puissante idée de changement qui permette de transformer les structures économiques ainsi que les rapports de domination de quelques-uns sur la majorité.

• Dans cette conjoncture, nous faisons face à des dangers évidents. Mais les risques ne peuvent pas nous paralyser. Nous devons continuer de jouer à l’offensive. Nous ne devons être ni une forteresse assiégée, ni utiliser le gardien pour marquer un but à la dernière minute afin de tenter de gagner. Penser tactiquement le moment, penser stratégiquement la période. Il importe donc de nous préparer pour ce qui approche. C’est pour cette raison que nous disons que Podemos et les listes de convergence doivent déjà se préparer pour les nouveaux scénarios probables. A notre avis, cela passe par le développement d’une dynamique alternative à celle des élites car cette dernière est clairement orientée vers la production de l’illusion d’une prétendue menace à la stabilité sociale. Cette dernière n’existe de toute façon pas dans les foyers de la majorité des personnes assaillies par le chômage, la précarité et le coût sans cesse croissant de l’accès aux biens essentiels pour l’existence.

Par conséquent, nous avons besoin de lancer une dynamique de remobilisation qui accroît la base sociale du bloc en faveur du changement. Il s’agirait, en définitive, que les forces du changement différentes et plurielles continuent à œuvrer à la construction d’un bloc socio-politique alors que les partis du régime bâtissent leur grande coalition.

En résumé: que nous nous développions vers l’extérieur, que nous sortions du repli auquel ils tentent de nous soumettre, que nous nous étendions à nouveau au-delà de la logique parlementaire et médiatique.

• Nous vivons des temps vieux-nouveaux. De même que les fumiers de la Transición ont nourri une culture politique fondée sur le cynisme et l’apathie, nous faisons aujourd’hui face au même danger. Transformer une indignation juste en cynisme impuissant semble être une sortie possible face à une politique séquestrée, à nouveau, par les partis et leurs représentants.

Continuer d’approfondir l’auto-organisation, au sein des activités citoyennes ou favoriser la prise en mains de leurs destinées par les classes populaires, reste notre meilleur vaccin face à ceux qui doivent tourner la page du désordre et de l’instabilité d’en haut. La polarisation entre la grande coalition et les forces du changement est déjà là.

Il s’agit de continuer d’élargir la brèche et d’accumuler des forces. Le temps politique du changement reste ouvert, ôtant le sommeil à ceux qui préfèrent l’injustice et alimente les espoirs de ceux dont les rêves sont beaux, ceux qui rêvent de justice, de démocratie, de pain, de toit et de dignité. (Traduction A l’Encontre, tribune publiée le 14 mars 2016 sur un blog du quotidien espagnol en ligne Publico.es; Teresa Rodriguez, ex-députée européenne de Podemos, est, actuellement, dirigeante de la fraction parlementaire de Podemos dans le parlement d’Andalousie; Miguel Urban est député européen de Podemos)

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