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La Brèche

Etat espagnol. Le régime résiste face au pari du «changement»

Publié par Alencontre le 28 - juin - 2016

rajoy-ribera-1Par Jaime Pastor

Avec une participation inférieure de 4% seulement à celle du 20 décembre dernier (69,84% contre 73,20%), les résultats de ce «deuxième tour» supposent un répit pour le régime. Soit un PP qui augmente le nombre de ses suffrages (600’000 de plus, à 33%) et atteint 137 sièges (14 de plus) et un PSOE qui, malgré une perte de voix (de plus de 100’000, à 22,7%) et de sièges (5), se maintient au rang de seconde force. Un répit face à Unidos Podemos (qui perd plus de 1,1 million de voix et conserve le même nombre de sièges) et qui n’est par arrivé à se transformer en une «marée des marées» [les «mareas» sont les divers mouvements sociaux espagnols, chacun portant une couleur spécifique] en faveur du changement. La bonne nouvelle, c’est le recul notable de C’s, qui a perdu plus de 400’000 voix et 8 sièges, même si cela a été au bénéfice du PP, qui a su exploiter le vote utile contre le «changement».

Néanmoins, s’est produit un scénario qui montre la persistance d’une claire majorité en faveur du droit à décider en Catalogne: 56,6% des voix et 29 sièges face à 40,4% et 18 sièges. C’est là que réside la fissure la plus visible du régime et qui s’élargira sans doute si, dans la prochaine période, un mouvement se réactive qui sache, nous l’espérons, unir sa revendication d’un référendum [pour l’indépendance] et d’un processus constituant propre avec le rejet ferme des coupes sociales du nouveau gouvernement de l’Etat et de la droite catalane.

Il faudra du temps pour analyser les facteurs qui ont influencé ce résultat final, bien différent de celui annoncé par la grande majorité des sondages et sur lequel a sans doute influé le triomphe du Brexit pour un secteur d’indécis qui se sont exprimés en faveur du principal parti conservateur. Il n’est pas difficile, par conséquent, de conclure qu’en comparaison avec le 20 décembre, la tendance en faveur du «changement» ne s’est pas renforcée. Au contraire, la balance s’est inclinée vers une résistance à celui-ci.

Dans tous les cas, le scénario qui s’ouvre aujourd’hui n’est pas celui d’une gouvernabilité facile: le PP aura besoin non seulement du soutien de C’s (32 sièges) et de la Coalition canarie (1 siège), mais aussi du soutien ou de l’abstention du PNV [Parti nationaliste basque] (5 sièges) et du PSOE (85 sièges) pour pouvoir former un gouvernement, même si c’est à la majorité simple. Autant C’s que le PSOE souffriront en outre de la pression qui résultera d’avoir permis qu’un tel gouvernement soit présidé par un Rajoy qui sort renforcé de ces élections, malgré les promesses faites lors de la campagne selon lesquelles ils ne permettraient pas à une telle hypothèse de se réaliser.

Cette pression est déjà à l’œuvre, en particulier sur le PSOE, de la part de médias comme le quotidien El País, dont l’éditorial d’aujourd’hui [27 juin] exige déjà qu’il «permette par son abstention que gouverne celui qui dispose des suffrages nécessaires pour le faire». 

Nous nous trouvons donc toujours face à un panorama qui, au milieu des incertitudes créées par le Brexit face à une UE qui fait déjà office de projet en faillite et d’une zone euro toujours plus asymétrique et polarisée entre les «créanciers» et les «débiteurs», n’a rien d’autre de certain que la croissance des inégalités et, avec elle, le mal-être social et l’instabilité politique face à la persistance des politiques austéritaires. Le défi reste toujours identique: quelles seront les forces capables de canaliser ce mal-être? Celles qui exploitent la «politique du ressentiment» face à ceux et celles d’en bas (les réfugié·e·s et les immigré·e·s) pour reconstituer des néofascismes «sociétaires» (ainsi que le dénonçait il y a longtemps Boaventura de Sousa Santos [sociologue portugais né en 1940]) ou, au contraire, de nouvelles formations sociopolitiques alternatives qui visent à une refondation solidaire des liens qui unissent les peuples, à commencer par ceux du Sud de l’Europe, face à la xénophobie et à la «dettocratie»?

Quant à UP (Unidos Podemos), bien qu’il renouvelle sa première place en Catalogne et en Euskadi, il est incontestable que les attentes engendrées par la coalition de Podemos avec IU ne se sont pas reflétées en termes de suffrages et n’ont pas abouti au «dépassement» du PSOE qu’annonçaient les sondages.

Il faudra en analyser les causes ainsi que décrypter vers quelles autres options se sont dirigées ces 1,1 million de voix qui n’ont pu être gagnées à cette occasion. Je crois que nous pouvons trouver quelques éléments de réponse dans la coexistence et la succession de discours différents en peu de temps, ce qui a pu déconcerter les deux côtés de l’électorat potentiel d’UP.

Ainsi, depuis le discours «national-populiste», qui a démontré ses limites après les élections catalanes du 27 septembre 2015, nous sommes passés à un autre, «plurinational», qui a été rapidement subsumé par l’obstination de «resignifier» une certaine idée de la «patrie» laquelle, ainsi que nous venons de le voir, ne semble pas être parvenu à coaguler…

Simultanément, surtout à partir du 20 décembre, on est passé d’un oubli de l’axe «le peuple contre la caste» pour s’aligner sur la gauche en son sens le plus conventionnel, en incluant y compris le PSOE comme force de «changement» et, en même temps, en concluant un accord avec une IU qui aspirait à reconquérir l’espace d’une gauche de rupture et qui s’est insérée désormais dans un ensemble chaotique de discours prononcés par Pablo Iglesias, sans toutefois parvenir à convaincre une partie significative des électeurs de cette formation. Un Pablo Iglesias qui, bien sûr, aux côtés de Íñigo Errejón, a continué à représenter un leadership dont l’usure est désormais indéniable, raison de plus pour qu’une nouvelle direction d’une pluralité élargie et partagée soit mise en place dès maintenant.

Les limites et les contradictions de cette trajectoire discursive sont plus évidentes lorsqu’elles sont mises en relation avec l’ambiguïté programmatique manifeste face à des questions fondamentales comme l’attitude à adopter face à la Troïka, le problème de la dette ou le bilan critique qui aurait dû être tiré il y a longtemps de la défaite de Syriza en Grèce, pour mentionner la plus importante. Des ambiguïtés qui se sont reflétées clairement lors des négociations avec le PSOE après les élections du 20 décembre et les reculs et renoncements successifs au point de mettre aux oubliettes l’aspiration à une rupture constituante.

Des limites qui ont été aggravées par le fait de ne pas avoir pu compter sur l’ancrage territorial qui aurait pu être atteint si un modèle de parti différent de celui de Vista Alegre [Congrès de fondation de Podemos en 2014] avait été choisi. Un «modèle», celui de la «machine de guerre électorale», qui a été en réalité celui d’un parti très conventionnel, verticaliste et en rien pluraliste, qui a provoqué une multitude de crises et de conflits internes et qui a affaibli les efforts visant à construire ce muscle organisateur indispensable pour parvenir à un enracinement territorial et renforcer celui qui a pu être obtenu via les réseaux sociaux et les apparitions télévisées, une chose nécessaire mais insuffisante.

Néanmoins, il n’est pas question de se flageller ni de chercher à régler les comptes. Il s’agit de reconstruire une atmosphère de solidarité et de fraternité, de respect de la pluralité et de chercher un nouveau cadre de consensus pour travailler en commun, parce que «oui, nous pouvons», bien qu’un plus grand nombre de «guerres de position» sur tous les fronts nécessaires ne manquera pas.

Il importe désormais de mener une opposition, de reformuler un discours partagé et des propositions programmatiques cohérentes sans craindre la radicalité, renforcer un municipalisme démocratique et désobéissant autour des municipalités du «changement». Il ne faudra pas retourner en arrière sur le chemin des convergences, y compris avec IU. En cherchant toujours, cela à coup sûr, à reconstruire les liens avec les organisations sociales qui mèneront des résistances face à l’austérité ordolibérale et à un régime qui est à son service. (Version amplifiée d’un article publié le 27 juin sur le site de l’hebdomadaire Diagonal. Traduction A l’Encontre)

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