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août 2017

A l'encontre

La Brèche

Etat espagnol. Le premier contretemps de Podemos

Publié par Alencontre le 28 - juin - 2016

iglesias-errejon-0607Par Manuel Garí

Le cycle électoral postérieur à l’irruption du 15M [15 mai 2011, soit le mouvement des indignados] qui a permis l’émergence d’une nouvelle force politique opposée au néolibéralisme de masse, est sur le point de se fermer. Il ne reste plus que les élections aux parlements basque et galicien. Les élections européennes [mai 2014], celles de la majorité des communautés autonomes [mars, mai et septembre 2015], les élections municipales [mai 2015] ainsi que les deux élections pour le parlement et le sénat espagnols le 20 décembre le 2016, lesquelles ont débouché sur un équilibre des forces qui empêchait la formation d’un gouvernement, sont derrière nous. Tout comme celles d’hier, 26 juin, que nous commentons ici. La participation est passée de 73,20% en décembre à 69,84% en juin.

Le premier point à souligner est que le Parti populaire (PP) a obtenu le plus grand nombre de suffrages: 7’906’185 voix (33,28%) et 137 sièges. C’est une progression par rapport aux résultats de décembre dernier (7’215’752 voix, 123 sièges) en raison de l’important transfert de voix provenant de Ciudadanos (C’s), quelque 377’000 voix, et du PSOE (plus de 100’000). Il faut certes indiquer que le PP n’atteint pas la majorité absolue qu’il a obtenue en 2011 avec 10’866’566 voix (44,63%) et 186 sièges [il faut 176 sièges pour obtenir une majorité].

Une première réflexion: en dépit des nombreux cas de corruption et des politiques d’austérité, la société espagnole possède toujours un fort secteur de droite qui reste fidèle au PP. S’agit-il d’un virage à droite? Je ne le pense pas, il est simplement question d’une réaffirmation d’une partie de la société, une fraction dont la lecture de l’incertitude et des craintes qui sont les siennes passe par un spectre conservateur, tout en étant caractérisé par une faible conscience démocratique encore présente [des secteurs significatifs de la base du PP sont originaires du franquisme]. Ce phénomène a été favorisé par le fait que nous ne sommes pas parvenus à initier le processus de rupture avec le régime de 1978 et que les mobilisations sociales faisaient figure de grand absent.

Les secteurs sociaux les plus conscients ont placé tout leur enthousiasme [et leur illusion, l’espagnol autorise les deux termes] sur le terrain électoral. Si ce dernier est effectivement important, il ne peut, à lui seul, débloquer la situation. Il est malheureusement bien possible qu’un nouveau gouvernement PP soit formé, sous une forme plus ou moins ouverte de «grande coalition» à l’espagnole.

Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) a obtenu 85 député·e·s (5 de moins qu’en décembre 2016) et a perdu 100’000 voix (22,83% des votes exprimés). Pour l’heure, il a atteint son objectif principal pour cette bataille électorale: ne pas être dépassé par Unidos Podemos ni en nombre de sièges, ni en suffrages. La crise interne du parti qui a été l’axe de la politique espagnole depuis le milieu de la décennie 1970 est toutefois profonde. Il ne dispose pas de projet et il n’est pas parvenu à renouveler sa base électorale parmi les jeunes des villes. Il a toutefois mis en marche l’ensemble de ses militant·e·s lors de la campagne, lesquels ont pu activer les vieux liens sociaux que le parti dispose parmi de larges couches des classes salariées. Le PSOE va faire face à des déchirements internes si sa direction permet la formation d’un gouvernement PP. Les pouvoirs financiers et la vieille garde du parti sont en faveur d’une option qui garantisse la gouvernabilité en cette époque de Brexit, des revendications du droit à décider en Catalogne, de nouvelles coupes budgétaires vues comme nécessaires ainsi que du remboursement de l’importante dette publique et d’ajustement fiscal pour se conformer aux normes de l’UE sur le déficit. Le PSOE n’est pas en voie de pasokisation [soit d’une trajectoire identique au parti socialiste grec, le Pasok, qui est passé de 44% à 3% des voix en quelques années], mais son existence n’a rien de facile.

Venons-en à Unidos Podemos (UP – coalition électorale entre Izquierda Unida, Podemos et diverses listes dites de convergences dans différentes communautés autonomes). Il importe de commencer par dire que tous les sondages ont fait long feu: ils situaient tous UP en seconde position, après le PP et devant le PSOE. Un tel scénario n’a été atteint qu’au Pays basque et en Catalogne.

L’effet produit par la coalition entre Izquierda Unida et Podemos n’a pas été celui qui était attendu. La coalition était et reste une nécessité stratégique dans le domaine de la construction de l’unité populaire, mais pour sa première apparition devant l’électorat, elle dispose des mêmes 71 sièges que lorsque les deux formations s’étaient présentées séparément en décembre. En termes de voix, elle est passée de 24,3% et 6’100’000 suffrages en décembre [cumul Unidad popular, le sigle d’Izquierda Unida aux élections de décembre, et de Podemos] à 21,6% et 5’049’734 en juin. Il est probable que c’est l’une des forces qui paie le plus le prix de l’abstention.

C’est un résultat excellent si nous prenons en compte que c’est la première fois dans l’histoire du pays, depuis 1977, qu’une force opposée au néolibéralisme obtient plus d’un cinquième des suffrages et qu’elle est majoritaire parmi les électeurs âgés de moins de 30 ans; c’est un résultat décevant si l’on pense à la prévision erronée qu’un «dépassement» du PSOE avait créée ainsi que celle de la possibilité de disputer le gouvernement au PP. Dans l’esprit de nombreuses personnes, cette attente est passée d’une consigne correcte: nous voulons déloger le PP du gouvernement, nous aspirons à gouverner, à un pronostic presque certain.

Le temps est venu de débattre au sein de Podemos, d’IU et bien sûr Anticapitalistas (courant de Podemos). Je veux laisser ici seulement quelques indications sur la feuille de route de cette discussion.

1° Sans une présence populaire mobilisée majeure, les progrès électoraux sont éphémères.

Il n’y a pas de progressions linéaires, les rapports de forces entre classes nous obligent à avancer en zigzag.

 Le discours de Podemos visant à récupérer, à la sauce du changement politique (et social), des termes tels que «patrie» ou de se revendiquer de la social-démocratie n’a pas fonctionné pour faire avancer la conscience populaire de son mal-être présent – toujours plus résigné – en une prédisposition au changement.

Faire appel abstraitement à la gauche face à la droite, laisser de la place au PSOE comme s’il s’agissait d’une force du changement n’a pas non plus produit d’effet positif en termes de construction d’un nouveau pouvoir populaire qui parte de l’état de conscience et d’organisation réel des masses après des années où la gauche était soit «testimoniale» [une force minoritaire contestatrice, avec une présence de «témoin», sans grande influence] ou, pire encore, s’associait au PSOE.

Il convient d’approfondir le processus de convergence Unidos Podemos. Il est indispensable de mener au sein d’IU et de Podemos un débat sur le programme en faveur d’un changement [social et politique] ainsi que sur les nouvelles formes d’organisation politique de masse à même de recueillir l’enthousiasme et l’espoir des activistes qui, après l’annonce des résultats, sont restés sur les places rassemblés et criant Sí se puede.

C’est là et nulle part ailleurs que réside le capital politique d’Unidos Podemos, un capital bien plus important que les jeux de mots et les discours que les élites universitaires qui se sont érigées en prétendus constructeurs d’un «peuple» utilisent pour parler sans rien dire [allusion aux conceptions de Laclau et autres qui attribuent un rôle performateur aux discours, idées très présentes au sein du noyau dirigeant de Podemos, dont la majorité des membres sont issus du département de sciences politiques de l’Université Complutense de Madrid]. Les projets d’un nouveau pays soit se concrétisent, soit disparaissent devant les difficultés.

L’ensemble de la direction d’Unidos Podemos, en particulier ses deux représentants principaux – qui, hier soir, ont effectivement été à la hauteur de leurs discours – Alberto Garzón et Pablo Iglesias, a une responsabilité énorme: réaliser un nouveau «Vista Alegre» (Congrès fondateur de Podemos [en octobre 2014 à Madrid]), mais cette fois-ci d’une formation nouvelle unitaire qui regarde l’avenir. (Article publié le 27 juin, traduction A l’Encontre)

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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